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Accueil > Politique | Par Laura Raim | 3 mai 2014

Arnaud Montebourg, ou l’art d’habiller les renoncements

Les négociations autour du rachat d’Alstom illustrent une fois de plus l’impuissance du ministre de l’Économie aussi bien que ses reculades idéologiques. L’ancien candidat de la démondialisation est porté disparu.

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Bercy sera « particulièrement ferme sur ses exigences de maintien et de créations d’emplois, d’investissement et de R&D en France, ainsi que le maintien des centres de décision en France », a prévenu Arnaud Montebourg dans un avertissement adressé à General Electric et Siemens. Il n’est pas certain que l’un ou l’autre des candidats au rachat de la branche énergie d’Alstom ait été très impressionné… De fait, l’épisode Alstom a de nouveau mis à nu le décalage entre les gesticulations verbales et l’impuissance objective du ministre de l’Économie. Celui qui défendait une alliance avec Siemens a bien invoqué la « souveraineté économique », affirmé que les « entreprises françaises ne sont pas des proies », formulé des « exigences » et juré que le dossier n’était « pas plié ». Cela n’a manifestement pas beaucoup perturbé le conseil d’administration d’Alstom, qui a tranquillement approuvé mardi soir l’offre de GE.

Menaces et réprimandes

Sans doute le ministre commence-t-il à s’habituer au gouffre entre son volontarisme affiché et ses échecs répétés sur le terrain. N’avait-t-il pas menacé ArcelorMittal de nationaliser le site industriel de Florange ou encore traité le PDG de Titan d’« extrémiste » pour avoir critiqué « les soi-disant ouvriers » français de l’usine Goodyear d’Amiens-Nord qui « ne travaillent que trois heures » par jour ? Des coups de menton qui n’avaient pas évité les plans sociaux ou les fermetures d’usine de Florange, Goodyear, mais aussi PSA Aulnay, Doux, Petroplus… Montebourg n’a d’ailleurs pas laissé cette raffinerie de Petit-Couronne en Seine maritime fermer sans avoir dûment « réprimandé » le directeur général de la Banque publique d’investissement (BPI), coupable d’avoir jugé que Petroplus n’était pas un projet porteur d’avenir.

Il faut bien avouer que la nomination au ministère du "Redressement productif" avait tout d’un piège. On se demande presque s’il n’y avait pas chez François Hollande une part de sadisme dans le fait de confier au député de Saône-et-Loire cette mission héroïque tout en le privant soigneusement des moyens de réellement peser – la nationalisation comme le protectionnisme étant exclus de son arsenal. Et ceci dans un contexte où les politiques d’austérité et de déflation salariale menées aussi bien en France que dans le reste de l’Europe annihilent toute perspective de croissance et d’investissement.

Entre reniements et déni

Reste que Montebourg aurait pu — et pourrait encore — sortir de ce piège en dénonçant ouvertement ces politiques de rigueur sociale et salariale qui, asphyxiant la demande, expliquent en grande partie la fragilité d’entreprises comme Alstom. Désireux de se maintenir au gouvernement, l’ex-candidat de la démondialisation a au contraire choisi de s’accommoder de l’orientation libérale de François Hollande. Un revirement idéologique qui a nécessité quelques réajustements discursifs et une bonne dose de déni.

Sur le TSCG qui visait à constitutionnaliser les politiques d’austérité, par exemple, l’ex candidat était sans appel : la règle d’or est « la signature d’un dogmatisme délétère (…). Elle risque de devenir un fardeau lourd comme du plomb pour les peuples européens. Si la seule politique économique commune est celle qui précipite notre continent dans la récession, c’est le meilleur moyen de détruire la construction européenne », disait-il encore en février 2012. Quelques mois plus tard, il apporte son soutien sans faille au même traité, pourtant ratifié quasiment tel quel par Hollande. « Il y a eu à côté un certain nombre d’avancées et il devient particulièrement absurde de voter contre ce que nous avons obtenu », assure-t-il en toute mauvaise foi.

« Laisser la politique de compétitivité s’accomplir »

Celui qui en 2010 affirmait que le Pacte de compétitivité était « stupide pour l’Allemagne, dangereux pour la France et suicidaire pour l’Europe », estime lors des quatrièmes Assises de l’industrie, organisées par L’Usine nouvelle en novembre 2013, qu’il « faut laisser la politique de compétitivité s’accomplir », notamment grâce au Crédit d’impôt compétitivité emploi (CICE). Logiquement, il est désormais un fervent partisan de la politique de l’offre qu’incarne le Pacte de responsabilité : « En contrepartie de cette réconciliation de la nation autour de l’entreprise, on peut obtenir que l’entreprise secoure la nation », a-t-il même osé en février.

Mais c’est sur son terrain de prédilection, la condamnation du libre-échange, que le déni est le plus spectaculaire. « Économiquement et écologiquement, la mondialisation est un désastre car elle survalorise l’exportation (…). Il faut donc assumer un certain protectionnisme comme un outil pour le développement, au Nord comme au Sud », expliquait le député socialiste au Monde en novembre 2010. Alors que Patrick Cohen lui fait remarquer début février que le projet de grand marché atlantique en cours de négociation est « l’apogée de la mondialisation », le ministre lui répond, droit dans ses bottes : « Non, c’est le rétrécissement de la mondialisation ».

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  • Ma foi, rien de nouveau dans le monde politique, et le parti socialiste fait fort dans ce domaine.

    À propos d’habillement, voyez la veste et le pantalon de "L’opportuniste", chanté par Jacques Dutronc

    Lucignolo Le 4 mai 2014 à 07:33
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