Accueil > Résistances | Par Guillaume Liégard | 2 mai 2018

1er Mai : le lumpenmanifestant en burqa paramilitaire

Le défilé parisien de la Fête des travailleurs a été une nouvelle fois cannibalisé par des autonomes et des black blocs dont la violence nourrit le spectacle médiatique et nuit aux mouvements sociaux qu’elle parasite.

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Les images tournent en boucle : mobilier urbain saccagé, concessions automobiles détruites, McDonald’s en feu. Pourquoi se priver ? Ce genre de scènes fait le miel des chaînes d’information en continu. Au-delà de l’instrumentalisation politique bien réelle, les faits sont là et ne peuvent être éludés, ce 1er Mai à Paris a bien été confisqué par la mouvance autonome et autre black blocs.

Exit la mobilisation sociale, les revendications contre la politique de Macron, place au spectacle désolant et totalement contre-productif d’une pseudo guérilla urbaine à bon compte. Tout de noir vêtu, cagoulé, muni de l’indispensable sac à dos, il y a tout de la burqa paramilitaire dans le dresscode des "vedettes" du jour.

Nihilisme régressif

La police a-t-elle sous-estimé, en amont, l’afflux de ces black blocs qui, pourtant, avaient annoncé de longue date vouloir faire de ce jour un lieu de confrontation ? La question est légitime. A-t-elle été débordée ou s’est-elle laissée déborder ? Le débat n’est pas sans importance. Lorsque le secrétaire national de l’UNSA police, David Michaux, indique que « Les consignes, pour la plupart du temps, étaient d’intervenir rapidement dès lors qu’il y aurait des mouvements, précisant que là, le problème est que l’ordre n’est pas venu tout de suite », on ne peut que s’interroger.

Qu’un pouvoir politique cherche à utiliser à son profit de tels agissement, cela s’est déjà vu. Mais à moins de sombrer dans un complotisme absurde et faux, ce n’est pas Gérard Collomb qui est à l’origine des débordements, mais bien une mouvance habituellement qualifiée d’"ultra gauche". Comme tout parasite, cette dernière vient se greffer sur des mobilisations en cours auxquelles à vrai dire, elle n’accorde que peu d’intérêt.

Quel bilan tirer de la journée d’hier ? Poser la question, c’est déjà y répondre. Le gouvernement vacille ? Wall Street s’effondre ? Le Medef tremble ? À l’évidence non, au contraire. De plus en plus, certains hésiteront à se rendre à une manifestation en famille – avec quelques raisons. Vue de loin, cette violence nihiliste ne peut produire qu’une distanciation vis-à-vis de la mobilisation sociale et une aspiration à l’ordre, c’est à dire à de nouvelles régressions démocratiques. Quel succès !

Impasse stratégique

La violence envers l’État ne se manie pas impunément, elle doit être comprise, légitime. Rien de tout cela dans le cas présent, mais plutôt une fascination inquiétante pour la violence, voire une résurgence dégénérée de ce que fut le blanquisme en France au XIXe siècle : l’idée qu’un petit groupe déterminé, à lui seul, sans chercher à convaincre ni à rallier la masse de la population, pourrait obtenir des victoires décisives. Des narodniks russes à la fin du XIXe siècle, en passant par les Brigades rouges italiennes, on connaît de longue date l’impasse d’une telle stratégie.

Pourtant, il faut le reconnaître, celles et ceux qui accompagnent le "cortège de tête" étaient plus nombreux que d’habitude. Cela relève parfois d’une forme de voyeurisme, de curiosité malsaine, mais aussi pour une certaine frange de la jeunesse, d’une volonté d’accompagner ceux qui recherchent l’affrontement en ne partageant pas leurs méthodes, mais sans pour autant vouloir se dissocier d’eux. Ce constat est sans doute le résultat de trop longues années où les mobilisations traditionnelles ont été systématiquement défaites, faisant grandir tout à la fois un sentiment de rage et d’impuissance.

Au fond les black blocs ont la même fonction que les bandes qui détroussaient les lycéens – surtout de banlieue – il y a quelques années : celle de la destruction du mouvement social. Ceux qui, hier comme aujourd’hui, voient dans ces agissements une forme d’action, certes exagérée, mais qui serait le signe d’une radicalisation tout de même positive se trompent lourdement.

Après le lumpenprolétariat apparaît donc désormais un lumpenmanifestant, tout aussi nocif aux combats pour l’émancipation. Les mobilisations victorieuses ne pourront advenir à nouveau qu’en le combattant et le marginalisant politiquement.

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Vos réactions

  • C’est Le Point qui vous souffle vos titres ou ça vient tout seul ? (Diane, un peu éberluée.)

    scott Le 3 mai à 14:52
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  • Sans parler de l’aberration consistant à qualifier de parasitique un cortège qui représentait en nombre près des trois quarts du cortège dit normal, vous êtes sérieux sur le titre ? Je rejoins Diane, on croirait lire le Point.

    Un lumpenlecteur halluciné Le 3 mai à 16:58
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  • 3/4 du cortége ? environ 20 milles , ç’est ça ? tchué sur ? everything goes to hell anyway

    Gonzo Le 3 mai à 17:34
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  • Je suis en désaccord profond avec le texte et (nuance) absolument scandalisé par son titre "air du temps".
    Je n’arrive pas à comprendre ce qui arrive à Regards.

    Alain Bertho Le 4 mai à 17:16
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  • "Ce constat est sans doute le résultat de trop longues années où les mobilisations traditionnelles ont été systématiquement défaites, faisant grandir tout à la fois un sentiment de rage et d’impuissance."
    On peut partir de là, déjà, et s’interroger, du coup, sur l’intérêt des mobilisations traditionnelles !

    C’est beau de faire la leçon ! Qui vient aux piquets de grève, le matin ? Qui prend part aux AG ? Qui fait encore le lien entre les luttes ? Qui est de toutes les mobilisations et soutient les cheminots, les étudiants, les hospitaliers, etc. ? Qui se charge de loger les migrants ? Qui vient empêcher les expulsions ? Qui occupe encore des lieux ? Qui se bat depuis des décennies en regardant les mouvements s’essouffler par l’absence de relais politique de ces luttes ?

    Et cette phrase dégueulasse qui pue la bourgeoisie rance et le mépris des banlieues : "Au fond les black blocs ont la même fonction que les bandes qui détroussaient les lycéens – surtout de banlieue – il y a quelques années : celle de la destruction du mouvement social."
    Quel est le rapport entre le mouvement social et le racket des lycéens ????

    Les Black Block sont la face émergée de l’iceberg de personnes en lutte quotidiennement pour réinjecter de la politique dans le combat social. Parce que la perspective qui viserait à la simple sauvegarde de nos acquis est une perspective mortifère, c’est de conquête dont nous avons besoin et de transformation politique, de révolution et nous visons la chute du capitalisme.

    On peut ne pas être d’accord avec les méthodes employées ; devant l’accusation d’être trop on peut toujours retourner celle de n’être pas assez - l’histoire n’est pas faite de preuves mais d’intuition ! Simplement, devant le courage désespéré de ces individus, les éditorialistes planqués feraient bien de se taire et de commencer à interroger leur histoire et leur pratique. Parce que le PCF (dont Regards était une émanation - aujourd’hui on ne sait plus trop) a complètement abandonné le terrain des luttes depuis longtemps, a complètement déserté le militantisme quotidien et rompu avec les populations les plus marginalisées de la société, pour préférer siéger aux sein des institutions, au prix des alliances les plus suspectes et de toutes les trahisons, dont on peut dire qu’elles l’ont ironiquement plus desservi qu’autre chose !

    L’époque est à la convergence des luttes, l’ennemi est le capital et les forces de l’ordre qui le servent ! La foule grandit des individus prêts à l’affronter pour vivre autrement. Que vous ne le soyez pas est simplement le signe que vous avez déserté l’aventure révolutionnaire. Ce n’est pas grave, regardez-les faire et passer, mais, de grâce, ne les entravez pas !

    PS : il serait de très mauvais goût que vous usiez de l’adresse mail que je suis contraint de vous laisser afin de réagir à votre article dégueulasse, pour m’envoyer votre newsletter et spamer ma boîte mail !

    en lutte Le 4 mai à 19:58
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  • Mais qu’est ce qui arrive à Regards ?

    Job Le 4 mai à 19:59
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  • Surtout, ne pas remettre en question "le spectacle désolant" - pour reprendre vos termes - qu’offrent les politiques de gauche et les syndicats ces dernières années.

    Non, si les jeunes rechignent à se ranger derrière les banderoles des partis et des syndicats, c’est pas du tout parce qu’ils ont perdu toute confiance en ces organisations, c’est parce qu’ils sont animés d’une sorte de perversion malsaine (propre à la jeunesse ?) qui les fait kiffer la violence.

    Belle analyse, bravo ; - )

    Hélène Le 5 mai à 16:49
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  • L’interview des 3 femmes par les Mutins de Pangée, présentes à la "Fête à Macron" et contant leur mésaventure du 1er mai, où, pour avoir regardé les restes du Mac Do saccagé, se sont retrouvées "otages "de la police "pour raison politique" (dixit un policier) et placée en garde à vue, 48 h pour l’une d’entre elles, pour finir relaxées, en dit long sur l’utilisation des forces d’appoint en noir. Depuis les casseurs de la manif des sidurgistes dont la carte de policier de l’un d’entre eux était à la une de l’Huma le lendemain, jusqu’aux brassards jaunes des "infiltrés" des manifs Devaquet, il convenait sans doute de se renouveler dans l’art de la provocation !

    Gilbert MONDIOT Le 8 mai à 16:15
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