Accueil > Culture | Par Jérôme Latta | 23 décembre 2016

2016, l’aloi des séries

De plus en plus audacieuses et sophistiquées, les séries racontent l’époque peut-être mieux que tout autre production culturelle actuelle. Sélection (personnelle) de six d’entre celles qui auront marqué 2016.

Vos réactions (4)
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Stranger Things

Le néo-spielbergisme a le vent en poupe. Dans cette veine, on a notamment pu apprécier, cette année au cinéma, Premier contact et Midnight Special, tandis que JJ Abrams, l’héritier, co-produisait Westworld (voir ci-dessous). Stranger Things, qui a aussi quelques dettes envers Stephen King ou John Carpenter, reprend pour sa part le thème classique des enfants confrontés à des phénomènes surnaturels en même temps qu’au pouvoir des adultes. Même si la conclusion de cette série en huit épisodes pèche un peu par excès de mélodrame, le charme opère, et c’est pour une large part celui des enfants qui en interprètent les rôles principaux. Celui aussi, d’un retour dans les années 80 (celles du début, les seules fréquentables) très réussi esthétiquement.

Le plaisir en plus
La présence au casting de Winona Ryder et Matthew Modine pour que le revival soit complet.

Créée par Matt Duffer et Ross Duffer, disponible sur Netflix France.

Preacher

Dieu et l’au-delà existent-il ? Peut-être, mais oubliez tout ce qu’on en a dit jusque-là. Dans une petite ville du Texas aussi dégénérée qu’on puisse l’imaginer, Jesse Custer est un ex-voyou devenu révérend en manque d’inspiration. Jusqu’à ce qu’une entité venue de l’espace choisisse d’élire domicile en lui, le dotant de pouvoirs surnaturels qui lui permettent de remplir enfin son église… tout en l’exposant à des déboires incontrôlables. Série subversive, âpre, drôle et violente, Preacher ne se contente pas de dérégler les codes du genre (un mélange de fantastique et d’horreur), elle propose aussi une galerie de personnages à la fois invraisemblables et passionnants, et suit sans complexe sa veine blasphématoire.

Le plaisir en plus
Le personnage de Cassidy, vampire irlandais et toxicomane.

Créée par Evan Goldberg, Seth Rogen et Sam Catlin pour AMC. Diffusée en France sur OCS, disponible en DVD (Sony Pictures).

Westworld

Prétentieuse, surcotée ? L’engouement autour de Westworld a été tempéré par des critiques qui ont ont tapé assez juste finalement : oui, la série a quelques prétentions, mais elle est à leur hauteur en faisant le pari d’embrasser trois des thèmes majeurs de science-fiction : le voyage dans le temps, les univers parallèles, la révolte des androïdes. Un programme classique, s’il ne se coltinait pas aussi au western… Cela requérait quelque brio de la part des scénaristes qui, en dix épisodes, déploient le récit en se jouant littéralement de la chronologie.

Dans le huis-clos des grands espaces virtuels de ce parc d’attraction qui reconstitue un décor de western (on est donc quelque part entre Monument Valley et Center Park), où les guests, humains fortunés et généralement cyniques, peuvent séjourner pour tout se permettre, surtout à l’encontre des hosts. Ces créatures hyperréalistes ont été dotés d’une conscience et de souvenirs, mais sont réparées et réinitialisées en coulisses, pour leur faire revivre la même boucle de temps scénarisée. Quand elles ne sont pas reprogrammées ou "effacées". Qui des uns ou des autres découvriront qui ils sont vraiment ?

Le plaisir en plus
L’excellent Jeffrey White, déjà vu dans Boardwalk Empire, dans un rôle à la mesure de sa subtilité.

Créée par Jonathan Nolan et Lisa Joy pour HBO. Diffusée en France sur OCS.

Mr Robot

Encore une fiction sophistiquée, sombre et paranoïaque, cette fois avec un contenu politique explicite et tout à fait contemporain : la deuxième saison de Mr Robot explore les conséquences de la révolution (une sorte de krach numérique et financier) accomplie à la fin de la première. Le propos est pessimiste, puisque la très métaphorique méga-entreprise E-Corp en profite pour conforter son pouvoir, tandis que le héros Elliot Alderson reste bouclé dans son univers mental – celui de toute la série. Les ficelles sont bien tirées, et Mr Robot figure parmi les séries qui traitent, de front et avec intelligence, les problématiques les plus actuelles : surveillance généralisée, effondrement de la démocratie, capitalisme 2.0…

Le plaisir en plus
Les allusions récurrentes à Fight Club, jusque dans la reprise au piano de la mélodie de Where is my Mind ? des Pixies.

Créée par Sam Esmail pour USA Network. Diffusée sur France 2.

The Night of

Avec ses épisodes d’ouverture et de fermeture d’une heure trente (pour huit au total), la mini-série The Night of témoigne une nouvelle fois de la prise de pouvoir des scénaristes (via les showrunners) à Hollywood. Une intrigue policière en toile de fond d’un procès dans lequel un jeune musulman que tout accuse du meurtre d’une jeune fille joue son destin : si la fiction donne dans des conventions de genre, celles-ci vont cependant être réinterprétés en s’inspirant des grands documentaires sur des affaires judiciaires. Notamment dans le rythme et la manière de ne pas donner plus de certitudes que n’en ont ceux qui enquêtent sur le meurtre. L’autre grande réussite, qui a aussi à voir avec ce parti pris de réalisme, réside dans la contagion de l’ambiguïté, qui épargne peu de personnages et dont le spectateur est pris à témoin. Entre "la nuit de…", le temps du procès et celui de la rétention en prison, le récit avance au travers des doutes.

Le plaisir en plus
John Turturro en avocat de troisième ordre, mis au supplice par un eczéma qui l’oblige à marcher en sandales.

Créée par Richard Price et Steven Zaillian pour HBO. Diffusée en France sur OCS, sortie prévue en DVD en mars 2017 (Warner Home Video).

The Get Down

Pour sortir des fictions dystopiques et des sombres peintures du monde, The Get Down est l’antidote feel good idéal. La mini-série de six épisodes (qui connaîtra une seconde partie) romance, au travers de quelques adolescents du Bronx en 1977, la naissance du hip hop en pleine effervescence disco. Avec Baz Lurhmann comme coproducteur, on est évidemment plus dans la comédie musicale que dans le documentaire, et les personnages réels sont montrés comme des figures mythologiques. Le spectacle est aussi euphorisant que son impeccable bande-son.

Le plaisir en plus
L’habile utilisation d’images d’archives qui contribuent à restituer le New York de l’époque.

Créée par Baz Luhrmann et Stephen Adly Guirgis, disponible sur Netflix France.

Vos réactions (4)
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Vos réactions

  • J’informe la direction de Regards.fr qu’il y a 48 heures, il y a eu un attentats terroristes particulièrement lâche en Allemagne.
    Pas de réaction, Pas d’analyse ? Pas d’information ?
    Il ne s’est rien passé ?

    bb Le 24 décembre 2016 à 00:20
  •  
  • Je vient de me refaire les 5 saisons de « the wire » de David Simon pour la 3ème fois : un chef d’œuvre absolu ! Entre le meilleur de Balzac et Karl Marx.
    Ça n’a pas vieillit, jamais vu un tableau du monde capitaliste actuel plus juste.

    Je trouve que tous les « breaking bad » et autres séries américaines à gros succès plus actuelles sont très bien réalisées mais qu’elles se résument à du divertissement très efficace ; leur seule ambition étant la transgression formatée pour l’instant présent.
    Sinon les séries françaises dans le genre de trépalium ou les histoires de dgse avec Kassovitz... toujours aussi navrant et mal interprété, en plus la première est une version réactionnaire et lourdingue de « animal farm » et la deuxième ressemble à une commande du service propagande quai d’Orsay/otan.

    Dans les bonnes surprises ; « The night of » avec John Turturro est intéressante et super bien mise en scène et pour ceux qui aiment la musique de la Nouvelle Orléans et les vrais musiciens (pas les paillettes du showbiz) je conseille vivement « Treme », réalisée par David Simon encore lui.

    Arouna Le 24 décembre 2016 à 11:03
  •  
  • Merci pour ce classement qui sort des sentiers battus, je n’ai personnellement vu que The Night Of, série très prenante, un 1er épisode absolument fantastique, avec un John Turturro exceptionnel, des passages moins convaincants sur la fin néanmoins.

    Le classement ne contient que des nouvelles séries il me semble, la série qui m’a le plus remué en 2016 est donc hors catégorie mais je ne peux m’empêcher de la citer : Rectify, qui a touché à sa fin au bout de 4 saisons. Peu connue, pas facile d’accès (lente et à éviter si on est dépressif il faut l’avouer) mais portée par des acteurs remarquables (Aden Young en tête). Je la classe dans mon top 3 all time avec treme et la saison 4 de the wire cités précédemment.

    Romain Le 29 décembre 2016 à 22:51
  •  
  • Je recommande aussi deux séries scandinaves : "the killing" (forbrydelsen en danois) et "bron" visibles sur netfix et servies par d’excellents acteurs-trices, des scénarii et des intrigues fouillées et haletantes. De la série policière de très bonne facture (attention, éviter la pale copie US de "the killing")

    marc Le 30 décembre 2016 à 10:03
  •