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Accueil > Politique | Par Guillaume Liégard | 11 mars 2015

2017 : Hollande et Sarkozy en fossoyeurs de leur camp

Des deux protagonistes du second tour de la présidentielle 2012, l’un aspire à se succéder à lui-même quand l’autre ne rêve que de revanche. Pourquoi faire ? Peu importe : leur sort est lié car chacun est l’adversaire indispensable de l’autre.

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Le 21 avril 2002, la qualification de Jean-Marie Le Pen et l’élimination du candidat socialiste Lionel Jospin avaient généré un état de sidération. L’événement relevait de l’impensable, presque de l’effraction et avait suscité deux semaines d’intenses mobilisations dans tout le pays. Deux quinquennats plus tard, la présence de Marine Le Pen au second tour de 2017 ne fait guère de doute et même son arrivée en tête du premier tour est presque déjà entérinée. Loin de remettre en cause les politiques qui ont permis un tel désastre, les petits Machiavel de l’UMP ou du PS n’ont donc qu’une obsession : arriver en seconde position et espèrent ensuite bénéficier du rejet du FN pour emporter la mise.

À gauche, enfin si l’on peut dire, le pari de François Hollande est assez simple à défaut d’être glorieux. Il n’a pas de concurrence sur sa gauche de type Syriza ou Podemos et la capacité du Front national à capter une partie de la grogne antisystème rend très hypothétique l’émergence d’une telle réponse sans mouvements de masse qui viendraient redistribuer les cartes. Cette hypothèse exogène, toujours possible, est sans doute une des raisons du caractère inflexible, voire brutal, du gouvernement vis-à-vis de toutes les mobilisations sociales. Pour le gouvernement, il faut éviter tout abcès de fixation.

Hollande, au nom de la menace Le Pen

Au sein du Parti socialiste, Hollande n’a pas de concurrent. Ou bien la situation est tant bien que mal stabilisée et le président sortant sera évidemment le candidat naturel de son parti. Ou bien l’aggravation de la situation sociale atteint un tel degré que l’élection d’un socialiste deviendra mission impossible. Dans ces conditions, il suffit à l’actuel président de discréditer toute autre candidature de gauche au nom de la menace que représente Marine Le Pen. Jean Christophe Cambadélis, depuis plus d’un an, et le premier ministre Manuel Valls s’y emploient activement.

Dans cette stratégie au petit pied, il reste deux écueils à surmonter. Le premier est de dépasser le candidat de la droite parlementaire. C’est là que le rôle d’épouvantail de Nicolas Sarkozy est indispensable à François Hollande. Qui mieux que l’ancien président, avec ses multiples casseroles et la détestation qu’il suscite, pour rabattre les voix de l’électorat de gauche sur le candidat socialiste envers et contre tout ?

Le second écueil, autrement plus inquiétant, est la capacité du Parti socialiste à battre le Front national au deuxième tour d’une élection présidentielle. Toutes les études indiquent désormais qu’une fraction significative de l’électorat UMP se reporte sur le candidat frontiste en cas de duel PS / FN. La victoire de justesse du candidat socialiste lors de la législative partielle dans le Doubs a montré que la marge était désormais ténue. En bref, dans une telle hypothèse, il n’y a plus de garantie d’une victoire du président sortant.

Sarkozy, le boulet de l’UMP

À droite, l’inquiétude ne porte pas sur l’issue d’un second tour face à Marine Le Pen. Certes beaucoup à gauche ont été échaudés par l’épisode de 2002 et n’entendent pas rééditer un tel vote. Mais nul doute que face au danger FN, il se trouverait une fraction suffisante de l’électorat de gauche pour barrer la route à l’extrême droite. Le résultat serait certes très en deçà des 82,2% de Jacques Chirac, mais la victoire ne fait pas beaucoup de doutes.

Cette réalité aiguise les appétits, d’autant que par nature dans l’opposition, il n’y a pas de candidature incontournable. C’est parce qu’il a pris en compte cette réalité que Nicolas Sarkozy a voulu reprendre les rênes de l’UMP. Diriger le puissant appareil de l’UMP, c’est prendre une option sur les modalités, voire le résultat, de la désignation du candidat.

Il faudra au moins cela à l’ancien président. Lourdement lesté par ses multiples affaires, doté d’un entourage qui passe beaucoup de temps en garde à vue et incapable de résister à une avidité maladive qui le conduit de Doha à Abu Dhabi, une candidature Sarkozy n’est en rien assurée de franchir le cap du premier tour. Son positionnement très à droite, son passif engendrent mécaniquement un espace pour une candidature centriste qui de facto affaiblira l’UMP.

2017 c’est encore loin

Sans idée, sans projet, Nicolas Sarkozy ne compte en réalité que sur un seul allié, François Hollande et son bilan.

L’élection présidentielle est un long marathon qui ne fait que commencer. La configuration politique n’est pas encore stabilisée. La situation en Grèce, les élections à venir en Espagne mais aussi au Royaume-Uni, voire au Portugal peuvent venir modifier la situation politique et sociale pour l’ensemble de l’Europe. En France même, l’atonie du mouvement social aura tôt ou tard une fin sans qu’on puisse prédire ni quand, ni sur quel sujet viendra la fronde.

Une chose est sûre, il faut casser le couple infernal Hollande-Sarkozy. S’ils ont besoin l’un de l’autre, le pays peut, lui, s’affranchir du duo. Se débarrasser de l’un, c’est sans doute éliminer les deux. Reconnaissons-le, il n’est pas à notre portée d’influer sur ce qui se passera à droite, à chacun son domaine. En revanche, faire émerger à gauche la possibilité d’un rassemblement alternatif qui rompt avec les politiques d’austérités sera le meilleur antidote à l’inquiétante poussée du Front national

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  • Il faut s’unir autour du candidat de 2012 pour 2017 ! C’est tellement évident qu’on a peine à le dire ! Tout autre attitude est suicidaire. Qui d’autre fera le poids face aux chiens ! Qu’on le veuille ou non le comportement des citoyens est orienté par les présidentielles qui structure ces comportements et leur donne une dynamique. Dès maintenant, il faut aller vers des inscriptions directes à une structure commune qui -si elle n’est pas le FDG du fait du PCF- doit être mise en place sans tarder et au minimum au début de 2016 avec tous ceux qui soutiendront JLM autour d’un programme.Si le PCF finit par s’y mettre , c’est tant mieux sinon ce sera sans lui ! TOUT LE RESTE EST BAVARDAGE. En avant vers un mix de Syriza et Podemos à la française...Faire du tir dans le dos de Mélenchon est suicidaire et nous mènera ...à 2007 !

    Dominique FILIPPI Le 12 mars 2015 à 17:44
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