Accueil > Economie | Par Jérôme Latta | 26 janvier 2016

35 heures : décryptons le décrypteur

Tous les matins sur France Info, dans sa chronique “Le décryptage éco”, Vincent Giret, du Monde, évangélise les fidèles avec son catéchisme libéral. À notre tour, décryptons-le avec cet extrait d’une chronique tout à fait exemplaire sur les 35 heures.

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Les évangélistes du marché et autres apôtres de la soumission montent en chaire tous les jours pour délivrer leurs homélies médiatiques. Beaucoup sont plus connus que Vincent Giret, journaliste économique du Monde qui intervient dans la matinale de France Info, mais peu sont aussi symptomatiques d’une doxa qu’il serait facile de démonter en direct si on lui opposait un tant soit peu de contradiction.

Faute de quoi, lui et ses semblables peuvent psalmodier leurs mantras et les présenter comme la seule "réalité" qui vaille, la seule vérité disponible dans le débat public. Leur discours bénéficie de l’infaillibilité des textes sacrés, le crédit qu’on leur accorde est celui des "experts" qui condescendent à nous délivrer la bonne parole (et dieu sait que les écritures sont confuses, sans l’intercession des ministres du culte). Écoutez avec quelle onction, quelle bienveillance ils parlent à leurs ouailles.

L’idéologie, c’est les autres

C’est donc dans un confort maximum et en toute bonne conscience qu’ils peuvent faire l’office : leurs énormités, leurs contresens, leurs travestissements et leurs omissions, aussi grossiers soient-ils, passent comme lettre à la Poste (avant l’ouverture à la concurrence). Dans un monde qui rendrait un minimum justice au débat contradictoire, à l’examen critique des arguments, jamais la chronique de Vincent Giret ne pourrait s’appeler "décryptage". Au mieux, on la baptiserait "opinion", "tribune", voire "sermon".

Mais voilà, quand on est assis du côté de l’opinion dominante, l’idéologie, c’est toujours les autres. Vincent Giret le dit d’ailleurs en introduction de la chronique en question : « Tentons de nous situer au-delà de vieilles querelles idéologiques ». Car l’expert plane au-dessus des contingences, les problèmes dont il traite sont de nature strictement technique et il les résout de manière scientifique, en toute objectivité. Pour ceux qui l’ignoreraient, la "fin de l’histoire" a atteint l’économie avant toutes les autres sciences humaines – ni la politique ni l’histoire n’y ont plus de place.

Si la guerre est donc présentée comme perdue, mais il y a encore de petites batailles à mener. Aussi a-t-on décrypté le décryptage, en pariant que l’exercice a plus de chances de faire ressortir quelques vérités. Expérience tentée avec la chronique du lundi 25 janvier portant sur les 35 heures [1]. Par manque de place plus que par charité, l’intégralité de celle-ci (que l’on peut lire ici, ou écouter-regarder ci-dessous) n’a pas été reproduite. [2]

[cliquez sur l’image pour l’agrandir]

Notes

[1Notons que ce lundi, France Info organisait "une journée pour transformer la politique"… sans évoquer une seule fois le sommet du plan B… En revanche, Alexandre Jardin était interviewé

[2Tout juste retiendra-t-on cette assertion liminaire, qui contient l’escroquerie majeure des discours sur la création d’emplois dans les pays où le droit du travail est plus dérégulé que le nôtre : « L’emploi est bloqué en France, le secteur privé ne crée presque plus d’emplois depuis des années, alors qu’ailleurs en Europe, presque tous nos voisins ont réussi à faire diminuer le chômage ou sont en plein emploi. » Il manque en effet une information essentielle : au Royaume-Uni ou en Allemagne, la baisse du taux de chômage s’est accompagnée d’une précarisation générale, d’une hausse du taux de pauvreté et du nombre de travailleurs pauvres. On peut tout à fait défendre un tel "modèle", après tout. Encore faudrait-il le faire honnêtement. Évidemment, cela impliquerait d’assumer son cynisme, et d’avouer que ce que l’on défend, ce n’est pas du tout l’intérêt général.

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  • Comment Le Monde contribue à la propagande néolibérale.

    En titrant sur 5 colonnes à la une "Macron veut enterrer les 35 heures" le 25 janvier, le Monde reprend le camouflage développé par la droite.

    En effet, le titre exact aurait dû être "Macron veut enterrer la durée légale", que celle-ci soit de 35 heures ou de 40.

    Mais un tel titre soulèverait les hostilités.

    Il serait temps que la vraie gauche dénonce le subterfuge avec autant de répétitions que ce que l’on entend sur les soi-disant 35 heures.

    Pierre MONNIN Le 28 janvier à 19:42
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