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Accueil > Monde | Par Fabien Perrier | 26 juin 2015

À Athènes, l’étau européen se resserre sur Syriza

Alors que les négociations se prolongent, la volonté des créanciers d’acculer le gouvernement grec aux concessions provoque une tension politique croissante et soumet Alexis Tsipras à des exigences contradictoires. Reportage.

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« Nous n’allons pas passer notre vie à payer les capitalistes ! Pourtant, ce sont eux que le gouvernement sert. » Dimitris, dix-neuf ans, manifeste avec quelques centaines de ses camarades d’Andarsia, un des partis grecs d’extrême gauche, sous des banderoles dénonçant le FMI et l’Union européenne, ou prônant la sortie de l’euro. Il ne décolère pas, affirmant que, depuis le 25 janvier, Syriza, le parti d’Alexis Tsipras, a préféré honorer sa dette que d’améliorer le sort d’une population harassée par cinq années d’austérité. « Nous savions bien qu’il n’y avait rien à en attendre : il a déjà cédé sur tout », explique Dimitris. L’issue ? « La sortie de l’euro et de l’Union européenne », déclare le jeune homme, comme si elle était une panacée pour ce pays au bord du défaut de paiement.

Des tensions multipliées

Au même moment, ce jeudi 25 juin, Alexis Tsipras et ses ministres étaient à Bruxelles pour tenter de parvenir à un accord. Après avoir présenté, le 22 juin, une série de propositions, Alexis Tsipras a dû accuser la fin de non-recevoir des créanciers (Union européenne, BCE, FMI). Depuis, alors que la Grèce est au bord du défaut de payement, les réunions "au sommet" se succèdent. Les créanciers jouent la montre, dangereusement. D’une part, car nul ne sait ce qu’il adviendra à l’échelle européenne sur le plan bancaire, financier et économique si Athènes ne peut honorer l’échéance du 30 juin au FMI, d’un montant de 1,6 milliard d’euros. D’autre part car en Grèce, les tensions se multiplient... et pas seulement du côté de l’extrême gauche.

Le 22 juin, chemisettes Lacoste, polos Ralph Lauren et montres Breitling s’exhibaient... dans une manifestation sur la place de la Constitution. « Je suis ici pour dire qu’il faut que la Grèce reste dans l’euro », expliquait une coquette octogénaire, collier en or autour du cou et sac Longchamp en main. « Je suis anticommuniste. Ils sont dangereux. Ils vont baisser les pensions », poursuivait-elle. Pas les plus faibles ? « Et alors ? Le gouvernement précédent travaillait d’arrache-pied, ça portait ses fruits. Ils détruisent tout », tranche-t-elle. Victime, sans doute, d’un trou de mémoire : entre 2010 et 2014, sur injonction des créanciers, les retraites ont été amputées de 40%.

La veille, les partisans de Syriza étaient, eux-aussi, descendus dans les rues pour soutenir leur gouvernement et « dénoncer le chantage des institutions européennes et du FMI contre la Grèce », selon le mot d’ordre. Quand des ministres ou la présidente du Parlement se joignent à eux, ils ne tarissent pas d’éloges. Mais la présentation du texte grec à l’Eurogroupe, le lendemain, a ravivé les débats internes.

Pour Syriza, la menace des divisions

Syriza, qui a recueilli 36,34% des voix aux élections législatives de janvier, survivra-t-elle à cette épreuve du pouvoir et des négociations ? « Tout le monde comprend que la situation est difficile et sait que le premier ministre fait tout pour tenir les lignes rouges fixées par peuple grec », répond Rania Svigou, porte-parole de Syriza. « Il est plus que temps que chacun prenne ses responsabilités et ait une attitude responsable, pas seulement pour le peuple grec, mais aussi pour l’Europe dans son ensemble », explique Gavriil Sakellaridis, le porte-parole du gouvernement. Tout en reconnaissant : « Si quelqu’un comparait l’accord que nous proposons avec notre programme, il verrait que nous avons fait de nombreuses concessions. »

Si ce que tous appellent « le chantage des institutions » contribue à souder le parti, il se pourrait que « les nombreuses concessions » le divise. Déjà, en février, des tensions étaient apparues, symbolisée par une fronde de députés et de cadres estimant que le gouvernement avait capitulé en acceptant l’accord du 20 février. En mars, Yannis Albanis, membre du Comité central, a écrit pour sa part un texte dans lequel il explique : « Un Grexit est préférable à un nouveau mémorandum ». Le comité central des 23 et 24 mai se solde par un renforcement de la plate-forme de gauche, la ligne la plus dure de Syriza, dont la motion remporte 45% des voix (33% précédemment). Membre de cette plate-forme, Stathis Kouvelakis déclarait le 22 juin : « Les dernières propositions qui ont envoyées par Athènes signifient que l’essentiel des demandes des créanciers a été accepté. » Il en appelait à la mobilisation.

C’est là, sans doute, que le bât blesse. Syriza, passé de 4,5% en 2009 à 36,34% en 2015 n’a qu’une faible base militante et sa représentation est faible dans les syndicats. En outre, le KKE (parti communiste très dogmatique) refuse toute alliance, y compris au Parlement. Syriza apparaît donc de plus en plus isolé face à une stratégie des créanciers chaque jour plus claire : faire échouer Syriza pour montrer qu’il n’y a pas d’alternative – soit en le poussant hors de la zone euro, soit en le forçant à signer un accord qui revienne sur ses promesses de campagne.

Vers un appel au peuple grec ?

« Nous avons fixé nos limites et devons respecter les engagements pris devant le peuple », rappelle Tassos Koronakis, le secrétaire général de Syriza. Kostas Issychos, ministre délégué à la Défense, s’interroge : « Comment pouvons-nous continuer à gouverner ce pays quand les Européens nous disent qu’il faut poursuivre les coupes dans les retraites et les salaires, augmenter les taxes y compris sur les produits de première nécessité ! » Dimitris Stratoulis, ministre en charge de la Sécurité sociale, répète : « Nous voulons un accord qui n’annule pas notre programme électoral. Si nous ne trouvons pas d’accord qui le respecte, nous nous adresserons au peuple grec soit par référendum, soit par élections. Si l’accord proposé par l’Union européenne n’est pas satisfaisant, nous appellerons le peuple grec à le rejeter. »

Le 25 juin au soir, sur la place de la Constitution, quelques dizaines de personnes se rassemblaient ayant eu vent, sur les réseaux sociaux, d’un nouvel appel à occuper les places. C’est ainsi que les "Indignés" étaient nés en 2011. Reste à savoir si ce vent de protestation exprimant une volonté des citoyens de reprendre leur avenir en main soufflera jusqu’à Bruxelles.

À moins que les créanciers n’aient, eux, d’autres desseins pour la Grèce, comme un scénario de type ukrainien. Le journaliste Yannis Androulidakis le craint : « Dans la rue manifeste actuellement aussi une mouvance très médiatisée, très pro-européenne, populiste et anticommuniste » qui reprend « les mots d’ordre des institutions européennes, néolibéraux mais contre le pouvoir grec ». Pour lui, cette mouvance « sera prête à jouer le pari d’un renversement du gouvernement en cas d’accident dans les négociations ».

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Vos réactions

  • @ Jérôme Latta
    Pour te paraphraser dans ta mise au point brutale et injustifiée concernant les quatre commentaires sur le décès de Delapierre, la décence la plus élémentaire eût voulu que Regards demande un texte à un(e) militant(e) proche de ses valeurs et non à une comparse homonyme de Pierre Laurent fière de faire état de ses désaccords avec l’intéressé et le traitant "affectueusement" de patron...Ces petites bassesses dont vous êtes gourmands passeraient s’il ne s’agissait d’un camarade fauché à 44 ans et dont la disparition a plongé dans la peine nombre de militants et de vos lecteurs. Merci à Roger Martelli d’avoir été des nôtres jeudi matin au "Père Lachaise".

    Fulgence Le 26 juin 2015 à 23:13
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  • Cet article sur la Grèce est une bassesse de plus de Regards, dont c’est désormais la spécialité. Tsipras vient d’annoncer un référendum : place au peuple en Grèce. Place au peuple en France.

    Mac Cullers Le 27 juin 2015 à 09:18
       
    • Pouvez-vous préciser votre position aujourd’hui ?

      sporos Le 20 septembre 2015 à 12:41
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      Katie Quentin Le 22 août à 23:45
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  • La Grèce risque très gros dans ce processus. Mais il n’y en a pas d’autres. L’évolution depuis le 25 janvier a manifestement empêché Syriza de mettre en application le programme de Thessalonique. Le peuple Grec veut rester dans l’euro. On s’aperçoit que pour cela, les conditions exigées par les créanciers dont le FMI sont draconniennes. Cela rend toute évolution impossible, favorisant une meilleure répartition des richesses. D’où ce choix qui se pose désormais devant le pays tout entier : sortir de l’euro et remettre en place un système économique relançant l’activité (voir la position de Krugman). On en est là. Syriza ne l’ignore pas et sait que le chapitre suivant qui démarre ne peut se faire qu’avec le peuple Grec. D’où le referendum. Quelle réaction des institutions, de l’eurogroupe ? C’est là que notre solidarité peut jouer un rôle important, il va falloir rester très vigilants. Vive la lutte du peuple Grec !

    morellenoire Le 28 juin 2015 à 18:29
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