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Accueil | Par Fabien Perrier | 26 janvier 2015

À Athènes, la victoire déjà au pied du mur

Dans la capitale grecque, Syriza a fêté sa victoire avec des larmes de joie et de soulagement, mais l’absence de majorité absolue et l’impossibilité d’une alliance avec le KKE y a enfoncé une pointe d’inquiétude face aux défis à relever.

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Au stand de Syriza, sur la place des Pleureuses en plein centre d’Athènes, les larmes qui coulent sur les joues n’ont plus rien à voir avec l’origine du lieu, quand les fonctionnaires venaient pleurer ici pour obtenir un poste fixe. Ces larmes sont celles de la joie et de la victoire.

À l’annonce des premiers résultats, c’est l’euphorie. Syriza est en tête, largement. « C’est magnifique ! « C’est historique ! C’est un grand jour pour la Grèce et pour l’Europe ! », explique la députée Zoe Konstantopoulou.

En finir avec « cinq années d’humiliation et d’angoisse »

Rompant avec la tradition instaurée par ses prédécesseurs, Alexis Tsipras s’exprime dans le centre d’Athènes, devant une foule milliers de supporters et non devant les journalistes, au centre de presse de Zappeion. « La Grèce laisse derrière elle une austérité catastrophique, elle laisse derrière elle la peur et l’autoritarisme, elle laisse derrière elle cinq années d’humiliation et d’angoisse », affirme-t-il.

Les résultats sont effectivement clairs et nets. En accordant 36,34% des voix à Syriza, l’ancienne coalition de la gauche radicale devenue parti en juin 2012, les Grecs ont dit leur refus de prolonger avec les politiques d’austérité qui, depuis 2010, produisent une hausse dramatique du chômage et de la pauvreté (lire "Austérité en Grèce : les chiffres du désastre" et "La Grèce malade du démantèlement de son système de santé").

Ils ont aussi fait savoir qu’ils n’étaient pas dupes du slogan de Nouvelle démocratie (ND), le parti de droite à la tête de la coalition sortante : « L’espoir est en marche. » Le premier ministre Antonis Samaras a d’ailleurs admis sa défaite : « Le peuple grec a parlé et nous respectons sa décision. » Avec 27,81% des voix, ND sera la première force d’opposition.

Le KKE ne laisse que l’option de l’alliance avec les indépendants

Les néo-nazis d’Aube Dorée arrivent en troisième position (6,28%), suivis des centristes de To Potami (La Rivière). Pour ce parti, la vie politique n’est pas un long fleuve tranquille. Créé ex-nihilo avant les élections européennes de 2014, il ne recueille que 6,05%, bien en deçà de son premier score.

Le parti communiste KKE, particulièrement dogmatique, semble ne conserver que sa base électorale, à hauteur de 5,47%. Alors que la gauche remporte les élections, il a toujours fait savoir qu’il refuserait toute alliance gouvernementale. « J’ai été longtemps membre du KKE. Mais depuis 2011, je suis au Syriza », expliquait Kostas Katramanos à regards.fr avant de se rendre au bureau de vote, tout en précisant qu’il souhaitait une coopération entre les deux partis. Elle n’aura pas lieu. Comme il était impossible d’envisager une coalition avec le Pasok (4,68%), qui a ratifié les mémorandums conditionnant les politiques d’austérité, il ne reste à Syriza que les Grecs indépendants desquels se rapprocher. Avec 4,75% des voix, et 13 sièges, ceux-ci seront les alliés de Syriza au gouvernement.

Le plus dur commence donc. Avec 149 sièges, malgré son score impressionnant, Syriza manque de peu la majorité absolue (151 sièges) et devra donc composer avec un parti souverainiste, né pour partie d’une scission avec Nouvelle démocratie.

Faute de majorité, une action bridée ?

Au fil de la soirée, les sourires interrogatifs prenaient la place des larmes de joie. « C’est comme si nous étions arrivés à la fontaine et que nous ne pouvions pas y boire », explique une cadre de Syriza. Si les Grecs indépendants et Syriza partagent un dénominateur commun qu’est le refus des mémorandums, de l’austérité et la volonté de renégocier la dette, ils sont fondamentalement différents sur d’importantes questions : politique étrangère de la Grèce (notamment positionnement par rapport à la Turquie et à la Macédoine), immigration et naturalisation des immigrés, taxation de la riche Eglise orthodoxe et mariage homosexuel. « Ce sont des questions qui touchent à l’identité même de Syriza. Nous allons être bridés dans notre action politique. Et c’est le KKE qui nous jette dans leurs bras en refusant toute coopération ! »

Entre joie, déception relative, conscience du défi qui s’impose à la gauche grecque, les électeurs ont découvert dès le 26 au matin qu’il y aurait bien un gouvernement avec les Grecs indépendants. « De toute façon, nous en avons marre des élections », témoigne une proche du KKE. Avant de poursuivre : « Mais rien ne changera avec Syriza. » Comme s’il s’agissait à la fois de mettre des bâtons dans les roues du parti vainqueur…

Une chose est sûre. Alors que les revenus réels ont baissé de 35% en moyenne depuis 2010, que les minima sociaux, salaires et pensions ont été considérablement diminués quand les impôts ont augmenté, Syriza a promis de passer au plus vite le salaire minimum à 751 euros. C’est-à-dire de le rétablir à son niveau de 2010. Une action hautement symbolique : sociale et moteur de croissance. Un vent nouveau souffle sur la Grèce, et l’Europe.

Lire aussi :
Portrait d’Alexis Tsipras, meilleur espoir européen

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Vos réactions

  • pourquoi finir par "moteur de croissance" ? la croissance est une chimère dangereuse.

    Maïeul Le 26 janvier 2015 à 18:46
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