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Accueil > Economie | Par Jérôme Latta | 28 octobre 2015

À Bruxelles, le conflit d’intérêts comme mode de gouvernement

Une enquête de l’ONG Corporate Europe Observatory fait le compte des anciens membres de la commission Barroso recasés au sein des multinationales et de leurs officines. Des "Revolving doors" totalement banalisées entre deux mondes qui n’en font qu’un.

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Les illustrations de la très antidémocratique proximité entre les institutions européennes et les lobbies industriels ou financiers ne manquent pas. Tout récemment, l’affaire Volkswagen en a fait la démonstration : on apprenait ainsi, en début de semaine, que la Commission avait délibérément ignoré l’alerte, tandis que le Parlement votait, lundi, contre une commission d’enquête. Enfin, mercredi, l’UE accordait une marge de tolérance sur les émissions de diesel…

Pour saisir l’ampleur de la porosité entre les deux milieux – qui n’en font d’ailleurs qu’un à bien des égards –, la notion de revolving doors (portes tambour) est particulièrement efficace. L’association Corporate Europe Observatory (CEO) vient ainsi de publier une édifiante enquête sur le parcours des membres de la Commission Barroso II, dont le mandat s’est achevé en octobre 2014.

Un commissaire à l’Environnement chez les agrochimistes

On y apprend que 9 sur 27 – soit un tiers – des anciens commissaires ont pris des fonctions dans (ou auprès) de grandes entreprises privées. Pour un total de… 98 fonctions, le cumul ne les rebutant pas. Si 37 de ces transferts ont fait l’objet d’un examen par le Comité d’éthique, celui-ci n’en a empêché aucun. Selon CEO, neuf d’entre eux n’aurait pourtant pas dû être autorisés. Ne citons que le cas de la très libérale Viviane Reding, commissaire de 1999 à 2014, qui officie désormais au sein d’Agfa Gevaert, de la compagnie minière Nyrstar et de la fondation Bertelsmann, celui de Karel de Gucht, ex-commissaire au Commerce et négociateur du Traité transatlantique, qui exerce chez Merit Capital, ou de Neelie Kroes (Concurrence) salariée par Bank of America Merrill Lynch.

Le cas le plus effarant est peut-être celui du Slovène Janez Potočnik, ancien commissaire à l’Environnement, que l’on retrouve aujourd’hui au sein du Forum for the Future of Agriculture, lobby créé par… l’agrochimiste Syngenta. Parmi les secteurs rejoints par les ex-commissaires, celui de la finance se taille, sans surprise, la part du lion (lire aussi "Comment le lobby financier condamne Bruxelles à l’impuissance politique"). Et le roi de la jungle, c’est encore l’ancien président de la Commission lui-même, José Manuel Barroso, qui s’est recasé au sein de 22 organisations. Même si la plupart de ces fonctions sont honorifiques, plusieurs concernent des instances majeures de lobbying, comme les Bilderberg Conferences ou le European Business Summit.

Intérêts partagés

Comme le souligne CEO, le problème n’est pas nouveau. Quand, en 2011 à la suite de plusieurs scandales, différentes ONG s’étaient élevées contre ces allers-retours, la Commission Barroso avait affirmé que son nouveau code de conduite constituait le nec plus ultra en matière de bonnes pratiques. Ledit code a été très sévèrement évalué par un rapport parlementaire l’an passé, fustigeant son opacité, l’absence de procédures pour l’appliquer et le contrôler : « Quand d’autres systèmes éthiques contribuent à renforcer la confiance des citoyens dans les gouvernements, celui de la Commission européenne apparaît conçu pour favoriser les intérêts politiques et la carrière des commissaires. »

La "bulle de Bruxelles", écrit l’organisation, « conduit à une proximité relationnelle malsaine entre législateurs et sujets de la législation ». Les revolving doors qu’empruntent les commissaires européens sont d’autant plus problématiques que ceux-ci concentrent les plus grands pouvoirs, les lois et les règlements qu’ils promulguent affectant la vie de 500 millions de citoyens… Leur liens directs avec les intérêts des multinationales et des organisations qui les défendent démontrent que le conflit d’intérêts est quasiment le mode de gouvernement de l’Union européenne, sans même que ces liens aient besoin d’être dissimulés tant ils relèvent de la normalité bruxelloise.

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  • Ceci est le symptôme d’une fausse démocratie, qui nous livre à un processus d’élections sans retour à une élite dont la duplicité consiste à faire croire qu’elle est au service du peuple alors qu’elle est engagée à une oligarchie ploutocratique internationale de manière financière, structurelle, institutionnelle et idéologique. La mise en place de cette situation est établie dans le secret depuis plusieurs décennies par la puissance financière issue du contrôle de la monnaie, donc de l’économie et par conséquent de toutes institutions, corporatismes et contrôle médiatique dominant.
    Ce qui a induit l’abandon du pouvoir politique du gouvernement français à L’Union Européenne de Bruxelles et le pouvoir économique à l’Euro qui sont des institutions non démocratiques mais fortement influencées pour ne pas dire dirigées par cette oligarchie citée plus haut qui se dissimule derrière le système bancaire mondial et le contrôle ainsi que mécaniquement la majorité de la finance spéculative, fonds d’investissements, corporations et multinationales qui en sont liés et en inter-actions par le processus de globalisation de l’économie mondiale.
    Cette globalisation est donc une stratégie pour la destruction du pouvoir politique des nations en particulier les pays dominant de l’Europe, par l’affaiblissement de leur économie par le jeu des disparités et amplitudes économiques, sociales, fiscales, salariales, culturelles etc... en y incluant les mécanismes de l’optimisation du monopôle du commerce et de l’industrie, suivis de l’optimisation de la rentabilité, au détriment de la sous-traitance locale et du salariat consommateur et fiscalisé, suivis de l’optimisation fiscale diverse et variée dont les délocalisations dans les paradis fiscaux, coffre-forts anti-fiscalité des flux financiers, évasions fiscales légales ou non de ces pillages économiques.
    Cela aboutit donc au processus de la dette et de lois qui les rends incontournables et efficaces dans la réduction de la souveraineté des états.
    Il appartient dans l’urgence de l’intérêt général des états et de leur population de sortir de cette engrenage néfaste anti-démocratique jusqu’à la toxicité mortifère de la cupidité et corruption par :
    1) L’élection de l’exécutif gouvernemental par tirage au sort.
    2) L’écriture de la constitution, garante du pouvoir, par l’ensemble du peuple et citoyens.
    3) Le contrôle de la création monétaire et crédit par le pouvoir citoyen.
    Il faut avoir à l’idée que ces trois éléments fondamentaux de la vraie démocratie ne sont pas une finalité mais seulement le début et l’amorce, j’ose l’espérer, de la protection morale et corporelle de l’ensemble de l’humanité sans distinction et son édification intellectuelle et spirituelle par la connaissance notamment de la vraie justice en s’y imprégnant par la solidarité et honnêteté pour comprendre que cette symbiose de tout cela est la vraie richesse et le seul chemin vers le bonheur et la liberté. Ou du moins encore un début.

    Pour en savoir plus voir blog Etienne Chouard

    charlie beckman Le 30 octobre 2015 à 00:43
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  • Il faut préciser aussi que dans le processus de la dette qui affaiblit les états, outre les intérêts, cela permet aussi les crises systèmiques ainsi que les crises et attaques spéculatives sur les dettes souveraines ou les devises.

    charlie beckman Le 30 octobre 2015 à 01:22
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