Manifestation à Chicago, le 4 décembre 2014 - photo cc Samantha Lotti.
Accueil > Monde | Par Laura Raim | 27 août 2017

À Chicago, le Black Power remis sous tension

Le fief politique d’Obama reflète les paradoxes d’une Amérique qui se rêvait post-raciale : malgré la consolidation d’une élite afro-américaine, Chicago reste minée par la ségrégation et les inégalités. Mais une nouvelle génération tente de redonner souffle au combat pour l’égalité.

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Reportage paru dans le numéro d’automne 2016 de Regards

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« J’ai honte de le dire, mais en 2012 je faisais campagne pour encourager les jeunes à s’inscrire sur les listes électorales et voter Barack Obama », avoue avec un sourire embarrassé Jennifer Pagan, une militante métisse de vingt-trois ans rencontrée sur un terrain occupé en face de Homan Square, dans l’Ouest de Chicago, pour contester un projet de loi local criminalisant les manifestations anti-police.

Cette enseignante se souvient du bonheur de ses parents, en 2008, lorsque "leur" sénateur fut élu pour son premier mandat. Comme tous les Chicagoans, ils entretiennent une affection particulière pour celui qui s’était installé en 1985 dans la capitale de l’Illinois pour travailler dans le South Side comme organisateur de communautés. Obama avait alors pu observer la carrière de Harold Washington, premier maire noir à être élu dans une grande ville, dont la candidature avait déclenché un torrent de réactions racistes qui n’est pas sans rappeler celui qu’il connaîtra lui même.

L’élection 2016, perspective d’une régression

« La représentation politique c’est important, bien sûr, concède Jennifer, mais… » L’accession d’un Noir aux plus hautes sphères du pouvoir, indéniable victoire symbolique, n’a pas empêché en 2014 le meurtre à Ferguson de Michael Brown par la police. Ce jour-là, elle prend conscience de l’ampleur du « racisme personnel et structurel dans la société américaine ». Aujourd’hui, elle se fait une idée autrement plus concrète d’une politique antiraciste efficace : depuis fin juillet, elle campe au milieu d’une vingtaine de tentes, déterminée à ne pas partir tant que ce projet de loi ne sera pas retiré. Déçue par le premier président noir américain, la jeune organisatrice du collectif Let Us Breathe (Laissez-nous respirer) n’est pas certaine de voter en novembre prochain. « Je me sens plus puissante quand j’occupe une place que quand je mets un bulletin dans l’urne. » Il faut dire que l’alternative de novembre apparaît difficilement comme autre chose qu’une vaste régression : face au nationalisme blanc à peine voilé de Donald Trump, la WASP [1] Hillary Clinton fait, au mieux, figure de moindre mal.

Malgré ses efforts pour se construire une aura de “candidate des noirs”, invitant les mères d’adolescents afro-américains tués par la police à parler à la Convention nationale de son parti, la candidate démocrate ne dupe personne ici, sur Homan Square. « Elle a toujours soutenu l’incarcération de masse et, en 1964, elle faisait campagne pour le Républicain archi-conservateur Barry Goldwater, qui a voté contre la loi sur les droits civiques », rappelle Damen, jeune artiste appartenant au même collectif que Jennifer. Comme la majorité des électeurs démocrates de Chicago, il a voté pour Bernie Sanders aux primaires. Mais « sans enthousiasme », car le candidat socialiste, privilégiant des propositions sociales plus universelles, était opposé aux demandes de réparations pour l’esclavage. Pour Damen, « Trump a au moins le mérite de révéler le vrai visage de cette Amérique : raciste et violent ».

À quelques kilomètres de là, toujours dans le Sud noir de la ville, un rassemblement modeste célèbre sur un trottoir l’anniversaire du défilé de Martin Luther King dans Marquette Park. À peine le pasteur était-il descendu de sa voiture, ce 5 août 1966, pour entamer sa marche contre la ségrégation du logement, qu’il avait reçu en pleine tête une pierre jetée par l’un des sept cents manifestants blancs venus “l’accueillir”. Cinquante ans après, une trentaine de manifestants noirs, blancs et latinos sont décidés à poursuivre le combat pour l’égalité. Cette jeune génération n’a connu le mouvement des droits civiques que par le récit de leurs parents, mais se situe sans hésitation dans la continuité des figures mythiques de Martin Luther King, Malcom X et surtout du Black Power des Black Panthers. Une lycéenne membre de l’historique National Association for the Advancement of Coloured People (NAACP, créée en 1909 pour mettre fin aux lynchages et à la ségrégation, et obtenir le droit de vote), lit son discours sur l’écran de son téléphone portable, le mégaphone à la bouche : « Ceux qui nous mettaient des chaînes nous mettent aujourd’hui derrière les barreaux ! », articule-t-elle avec l’application et la timidité des débutants.

Le mythe d’une société post-raciale apaisée

La veille, la police municipale a diffusé une dizaine de vidéos très attendues permettant de reconstituer les circonstances de la mort de Paul O’Neal, un jeune Noir abattu d’une balle dans le dos lors de son arrestation par un policier blanc, une semaine plus tôt. « Tous les policiers racistes en prison », « Stop la guerre à l’Amérique noire », lit-on sur les pancartes. Les voitures qui passent à côté ralentissent et klaxonnent en guise de soutien. Une conductrice baisse la vitre et tend le poing tandis que Shanti nomme, les unes après les autres, les victimes noires de la police de Chicago, la plus importante du pays – 12.000 agents, un quart du budget de la ville. La liste est longue.

Le meurtre, en octobre 2014, de Laquan McDonald, dix-sept ans, par un policier blanc déjà reconnu coupable d’abus en service a particulièrement marqué les esprits. La police avait maquillé les faits durant un an et la municipalité versé cinq millions de dollars à sa famille, le temps de laisser passer les élections. Lorsque la justice lui a finalement enjoint, fin 2015, de rendre publique la vidéo de la scène, on a pu voir le policier vider son chargeur sur l’adolescent alors que celui-ci n’était pas armé et gisait déjà au sol. Tout le monde en convient : Rahm Emanuel, le bras droit et ami proche d’Obama, élu maire en 2011, n’aurait sans doute pas pu être réélu si ces images avaient été diffusées plus tôt.

Dans la capitale noire – en termes démographique, politique et économique – du pays, la question raciale occupe de nouveau le devant de la scène, dans un contexte national plus que jamais polarisé par l’ascension d’un candidat républicain xénophobe qui appelle à déporter tous les immigrés, et par la consolidation d’un mouvement autour du slogan “Black lives matter” (BLM – Les vies noires comptent). Un mouvement créé après l’acquittement en 2013 du vigile qui avait tué Trayvon Martin en Floride, alors que l’adolescent noir n’avait sur lui qu’un sachet de Skittles et une canette de thé glacé. À Chicago, BLM s’est organisé comme une coalition horizontale de divers collectifs parmi lesquels Black Project 100, Lost Voices, Assata’s Daughters, We Charge Genocide ou encore Let Us Breathe.

C’est donc paradoxalement sous le premier président noir que naît le premier mouvement noir d’ampleur depuis les droits civiques, faisant voler en éclats le mythe d’une société post-raciale apaisée. En réalité, la présidence Obama a eu l’effet inverse : en éveillant les espoirs de changement chez les Afro-Américains, la déception et la colère provoqués par les signes le plus flagrants d’une inégalité de traitement institutionnelle persistante ont été d’autant plus intenses. Les violences policières n’en sont que l’aspect le plus émotionnel et médiatique. Depuis 2008, le revenu médian moyen des Noirs a chuté de 11% à 33.500 dollars, contre une baisse de 3,6%, à 58.000 dollars, pour les Blancs. Obama n’avait pourtant jamais prétendu être le président de la grande transformation. « C’est le paradoxe minoritaire, analyse le directeur du département des études américaines à Sciences-Po, Pap N’Diaye. Le candidat d’une élection membre d’une minorité ne peut se faire élire qu’à condition de faire silence sur la question minoritaire. C’est le prix à payer pour arriver au pouvoir. »

Chicago, laboratoire des politiques libérales

Non seulement la présidence d’Obama a réactivé chez une partie de la population blanche un racisme viscéral que reflète le succès de Trump et de la rhétorique suprématiste, mais elle n’a pas empêché une discrimination plus structurelle de perdurer : les taux de pauvreté, de chômage, de maladie, de criminalisation et de mortalité demeurent plus élevés dans la population noire. Les conséquences des politiques inégalitaires et sécuritaires de ces trente dernières années frappent les minorités encore plus fortement que les Blancs.
Or Chicago a la particularité d’avoir subi ces politiques avant le reste du pays, ce qui permet d’en observer les effets les plus aboutis. « Les mesures mises en œuvre par la “machine” politique démocrate de la dynastie des Daley, en place depuis les année 1950, ont fait de la capitale du Midwest un laboratoire et un modèle pour les politiques fédérales », estime Andrew Diamond, co-auteur de L’Histoire de Chicago. Selon lui en effet, « La répression policière agressive contre les manifestants pour les droits civiques, l’exploitation des peurs et des préjugés raciaux des blancs et la criminalisation des jeunes Noirs liée à la “guerre contre les gangs”, à la fin des années 1960, préfigurent les caractéristiques de la révolution conservatrice des présidents républicains Richard Nixon et Ronald Reagan ».

Richard J. Daley, maire entre 1955 et 1976, a également été à l’avant-garde en matière de réformes urbaines en faveur des classes moyennes blanches. Il a en effet su placer les logements sociaux et tracer une autoroute de manière à “protéger” les quartiers blancs – y compris le sien, Bridgeport – de la “Grande migration” des Noirs du Sud après la seconde guerre mondiale. Son fils, Richard M. Daley, maire entre 1989 et 2011, a pour sa part été un pionnier de la privatisation, notamment des écoles publiques, fréquentées quasi-exclusivement par les minorités.

La troisième ville du pays étant une loupe du reste de l’Amérique, les inégalités sociales, raciales et géographiques y sont plus visibles qu’ailleurs. Malgré l’abolition légale de la ségrégation dans l’Illinois dès les années 1870 et 1880, Chicago reste la ville la plus ségréguée des États-Unis. Il existe bien “deux Chicago”, comme le disait en 1999 Bobby Rush, un ancien des Panthères noires. Les élégants gratte-ciels du Loop, dans le centre, rappellent que Chicago est une ville prospère — la huitième du monde en terme de PIB — parfaitement insérée dans l’économie financière globale. Mais on ne le devinerait pas en se promenant dans le Sud et le West Side, à 90% noirs, à faibles revenus, minés par les difficultés sociales et la violence des gangs. Les étudiants de la riche et prestigieuse université de Chicago, véritable bulle quadrillée par une police privée surarmée, ne s’aventurent jamais de l’autre côté de la 60e rue.

Lorsqu’on traverse le quartier limitrophe de Woodlawn, défilent les currency exchange (ces “banques du pauvre” où les habitants viennent échanger leur chèque de l’assistance publique), les liquor stores et les petites églises évangéliques, seuls bâtiments durablement implantés dans ces rues dépourvues de tout commerce alimentaire ou café, et dans lesquels une maison sur dix est murée. Des panneaux jaunes de safe passage indiquent les couloirs de sécurité pour les écoliers, qui sont désormais accompagnés par des intérimaires munis de talkies-walkies pour éviter de se faire tirer dessus en se rendant à l’école. Pendant l’année scolaire 2008-2009, Chicago a décroché le triste record du nombre d’élèves d’écoles publiques tués dans des meurtres liés à des gangs. Et les hôpitaux d’urgence étant rares dans le South Side, où sont pourtant concentrées les fusillades, un blessé par balle a peu de chance d’arriver à se faire soigner à temps.

Au-delà de la question raciale

Il faut se garder toutefois de se contenter d’une grille de lecture uniquement raciale des inégalités. « L’idée de l’existence d’une “communauté noire” ayant des intérêts communs, au delà des clivages de classe, était plus facile à défendre avant la fin des lois ségrégationnistes Jim Crowe », écrit Ahmed Shawki, dans son ouvrage Black and Red, pointant l’émergence d’une classe moyenne et supérieure noire, issue des luttes des années 1960 et des politiques de discrimination positive des années 1970. Les coquettes maisonnettes en briques joliment entretenues de certains quartiers du South Side comme Pullman en attestent.

Surtout, comme l’explique la chercheuse de Princeton Keeanga Yamahtta-Taylor, auteur de From Black Lives Matter to Black Liberation, « il existe une petite élite politique noire qui s’est formée au moment où le Parti démocrate a voulu intégrer les modérés du mouvement des droits civiques de manière à isoler les éléments radicaux et réduire les revendications à la question du droit de vote. Or à force de jouer le jeu des négociations et des recherches de financement, cette élite nationale comme locale est devenue plus conservatrice, défendant, dans un contexte de restrictions budgétaires, les politiques néolibérales et sécuritaires qui pénalisent pourtant de manière disproportionnée les Noirs pauvres ». Jesse Jackson en est un exemple parfait. Candidat aux présidentielles en 1984 et 1988, le pasteur de Chicago qui avait commencé sa carrière politique à l’aile gauche des démocrates ne cessera de dériver à droite au fil des années, se faisant le promoteur d’un capitalisme noir dynamique.

Loin d’avoir un “effet locomotive” pour les autres membres de la communauté, l’accession d’une fraction des Noirs à l’élite renforce au contraire l’idéologie méritocratique de la responsabilisation individuelle, renvoyant les pauvres à leurs défaillances comportementales ou encore à un problème de “culture de la pauvreté”. Obama n’est pas le dernier à se placer dans ce registre. « Trop de jeunes hommes de notre communauté continuent de prendre de mauvaises décisions, avait-il dit à des étudiants de l’université de Morehouse en 2013. Ça n’intéresse personne de savoir si vous avez souffert de discrimination (…) On n’a pas le temps de trouver des excuses. »

À Chicago, c’est précisément dans le but de désamorcer tout mouvement de contestation que la “machine” municipale place les représentants des minorités aux postes de direction des agences d’éducation et de logement dont les politiques sont susceptibles de s’attirer les foudres des plus démunis. Pour sa campagne de réélection, Rahm Emanuel a ainsi pu compter sur le soutien actif de tous les prêcheurs, hommes d’affaires et conseillers de quartiers noirs de la ville, alors même qu’il venait d’annoncer un plan de fermeture de cinquante écoles publiques, toutes situées dans les quartiers afro-américains. De même, le projet de loi criminalisant les manifestations anti-police que combat BLM est appuyé par les conseillers municipaux noirs Derrick Curtis et Willie Cochran.

L’ébauche d’un tournant anticapitaliste

Si une grille de lecture uniquement raciale néglige les intérêts de classe divergents au sein des minorités, elle empêche également d’avoir une compréhension plus globale de la situation. L’analyse des violences policières, au cœur de Black Lives Matter, est à ce titre emblématique : si un Américain noir a 2,5 fois plus de chances d’être tué par la police (non pas en en chiffres bruts, mais proportionnellement à sa part dans la population) qu’un Américain blanc, ce dernier a 26 fois plus de chances d’être tué par la police qu’un Allemand. « Car ce qui est en cause ici, c’est le système de formation décentralisé de la police et surtout la culture des armes, qui pousse un policier à agir avec le présupposé que l’individu en face est armé, explique Cedric Johnson, professeur d’études afro-américaines à l’université de l’Illinois à Chicago. Or ces problèmes affectent aussi les classes populaires blanches et latinos. Il faut comprendre cela pour être en mesure de nouer des alliances interraciales plus larges, notamment avec les Latinos immigrés qui osent moins se plaindre de la police de peur de perdre leurs papiers ».

Pour cet intellectuel noir qui dit ne pas « être traité de la même manière qu’un jeune noir à capuche », l’adversaire est moins le suprématisme blanc que le capitalisme néolibéral. Il se méfie donc de la tentation “nationaliste”, qui se manifeste par exemple lorsque les militants de BLM chantent ce qu’ils appellent “l’hymne national noir” au début de leurs rassemblements. « Oui, la police a historiquement servi à capturer les esclaves des planteurs du Sud, mais elle a aussi servi à écraser les révoltes ouvrières dans les mines et les usines, poursuit-il. La situation actuelle n’est pas le produit direct de l’héritage raciste de Jim Crow mais des dispositifs sécuritaires de type “tolérance zéro” et du recours à l’incarcération de masse comme moyen principal de gestion de la population surnuméraire, rendue obsolète par la désindustrialisation et l’automatisation, à une époque où l’État a renoncé à lui fournir un minimum de protection sociale. »

L’engagement contre ces politiques qui allient retrait de la main gauche de l’État et renforcement de sa main droite est variable selon les individus et les branches régionales de BLM. Sur un panneau exposé à Homan Square, le collectif Let Us Breathe a inscrit quelques règles : « Pas de racisme, pas de sexisme, pas de classisme », laissant penser qu’à la lutte contre le capitalisme se substitue un plus inoffensif respect de la dignité des pauvres. Mais Aislin Pulley est affirmative : la coalition de Chicago est en majorité « explicitement anticapitaliste ». Pour la militante de We Charge Genocide (Nous dénonçons le génocide), le rapport entre racisme et capitalisme est évident : « La blanchité et le racisme anti-noir n’ont rien de naturel. Ce sont des idéologies qui ont été fabriquées et encouragées par les propriétaires pour empêcher les fermiers blancs de s’allier avec les esclaves noirs, explique-t-elle. Pour se débarrasser du racisme, il faut se débarrasser du capitalisme. »

Peser pour un changement

La jeune femme, qui s’était fait remarquer en début d’année en refusant l’invitation de la Maison blanche à l’occasion du Black History Month, se réjouit de la teneur antilibérale radicale de la feuille de route nationale de Mouvement for Black Lives, publiée fin juillet. Dépassant la thématique – mobilisatrice mais étroite – des violences policières, le long document développe dans le détail des propositions dans les domaines du logement, de la santé, du chômage, de la prison et de la redistribution, prenant position notamment contre les traités de libre-échange et pour une économie de coopératives. « Cette plate-forme pourrait servir de base à une alliance avec d’autres composantes des classes populaires, réactivant la très prometteuse Rainbow Coalition de Fred Hampton », espère-t-elle. Comprenant que la municipalité de Chicago misait sur le maintien de communautés séparées et concurrentes, Hampton, ce jeune dirigeant du Black Panther Party de l’Illinois avait commencé à se rapprocher, en 1968, de militants portoricains et blancs autour du mot d’ordre “pouvoir au peuple”. L’année suivante, il est tué dans son sommeil d’une balle dans la tête par un commando de police.

À Chicago, cette nouvelle génération de militants remporte des petites victoires : la non réélection de la procureure du comté de Cook, Anita Alvarez, qui avait escamoté les circonstances de la mort de Laquan MacDonald, ou encore l’annulation d’un meeting de Trump. Ils parviennent désormais à contrer systématiquement la version officielle à chaque nouvelle bavure policière. Au niveau national, ils ont réussi à infléchir le discours dominant sur la police, obligeant même Obama à abandonner en partie sa réserve sur les questions raciales et à reconnaître explicitement les inégalités dans le système pénal.

Au-delà d’une échéance électorale qui a peu de perspectives à offrir en matière d’amélioration des conditions de vie des citoyens ordinaires, il reste à Black Lives Matter du travail pour transformer cet élan en mouvement antiraciste et anti-néolibéral qui pourra maintenir la pression sur le vainqueur de novembre, afin d’exiger des changements institutionnels concrets. Comme l’écrivait l’historien militant Howard Zinn : « Ce qui compte, ce n’est pas qui siège à la Maison blanche, mais qui fait des “sit-in” et marche devant la Maison blanche pour que les choses changent ».

Notes

[1White anglo-saxon protestant, stéréotype des Blancs des classes supérieures.

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