Accueil > Société | Par Emmanuel Riondé | 28 avril 2015

À Marseille, la presse se retape

Menacés de disparaître ces derniers mois, Marsactu, Le Ravi et La Marseillaise entament leur relance. Avec au moins un objectif commun : ne pas laisser le monopole de l’information locale à La Provence de Bernard Tapie. Le point sur leurs situations respectives.

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Marsactu, la relance par l’abonnement

Le 3 avril, le tribunal de commerce validait l’offre de reprise portée par les 5 salariés de ce journal en ligne lancé en 2010 et mis en liquidation judiciaire le 5 mars dernier.

Leur projet est désormais porté par le "Mouvement associatif pour la recréation d’un site d’actualité corrosif tonitruant et utile". Une association transitoire avant la constitution de la structure juridique qui pourrait être une entreprise solidaire de presse. La prochaine échéance pour cette jeune équipe (deux femmes et trois hommes, un seul a plus de quarante ans) est prévue avant l’été : le lancement d’un crowdfunding (financement participatif par le recueil de dons privés via une plateforme en ligne qui, en l’occurrence, reste à choisir).

« L’idée est que les contreparties aux premiers donateurs soient des abonnements », résume Jean-Marie Leforestier, l’un des journalistes embarqués. Marsactu – soutenu, au moins moralement, par Mediapart – veut mettre en place « un modèle pour lequel l’abonnement sera la principale ressource ». En clair, passer au payant. Avant sa liquidation, 20.000 lecteurs en moyenne visitaient le site gratuit plusieurs fois par semaine. Le montant mensuel qui leur sera désormais demandé n’est pas encore fixé mais un horizon est défini : 5.000 abonnés d’ici trois ans. De quoi permettre aux six ou sept salariés prévus (dont les cinq journalistes) de « poursuivre l’aventure ». Qui, éditorialement, devrait rebondir dès le mois d’octobre prochain, afin d’être « en ordre de marche au moment des élections régionales » de décembre.

Au cours des dernières années, Marsactu s’est fait une place dans le paysage médiatique local par sa capacité à documenter et à décrypter la vie politique locale. Les régionales pourraient donc signifier le retour de leurs soirées électorale en live-tweet qui ont fait défaut lors des récentes départementales.

Le Ravi, une dynamique citoyenne

La prochaine échéance pour le mensuel est fixée au 12 mai, date à laquelle le tribunal doit se prononcer sur une prolongation de six mois de la période d’observation en cours.

« Nous sommes confiants, notre administrateur judiciaire y est favorable », assure Michel Gairaud, rédacteur en chef d’un journal qui, depuis décembre, a enregistré 600 abonnements supplémentaires ! "L’effet Charlie" a joué à plein pour ce titre dont le dessin satirique est l’un des marqueurs historiques.
Le Ravi devrait donc pouvoir continuer de travailler à la relance jusqu’en novembre sans se soucier de ses créanciers.

La tutelle administrative sera ensuite levée, mais le gel des dettes aussi. « On a six mois pour faire la preuve de notre capacité à augmenter les ressources propres et à valider des tours de table », prévient Michel Gairaud. Le tout en anticipant les nuages politiques qui se profilent avec notamment un possible passage de la région à la droite, voire au FN. « La période très délicate est maintenant derrière nous, mais justement ce n’est pas le moment de lâcher prise : l’enjeu crucial, c’est d’augmenter le nombre d’abonnés. On reste sur cet objectif de 5000 en décembre. » Soit 0,001 % de la population de PACA, rappelle Le Ravi qui compte aujourd’hui 1.400 abonnés. Parvenue à créer autour de son projet de relance une petite dynamique citoyenne (cf. le succès de la soirée de soutien le 13 mars dernier), l’équipe aujourd’hui réduite se projette sur un idéal de six équivalents temps plein.

La Marseillaise, une reprise pour la continuité

La SAS des Éditions des Fédérés, présidée par Pierre Dharréville, également secrétaire départemental du PCF des Bouches du Rhône, est le nouveau propriétaire du quotidien depuis le 15 avril. Leur offre validée par le tribunal de commerce permet de reprendre 117 des 208 salariés que comptait le journal. Aux alentours du 15 mai, l’administrateur chargé de conduire le plan social aura signifié leur départ aux 91 restant sur le carreau. Parmi eux, des départs volontaires et des futurs retraités.

En attendant, la rédaction de ce titre historique de la PQR dont un journaliste a été décoré du prix Albert Londres en 2014 [1] reste à pied d’œuvre : « L’impression ne se fait plus au journal mais à Vitrolles, explique Pierre Dharréville, on est passé de six éditions à trois et on commence à modifier la structure du journal ».

Trois axes de travail sont mis en avant : le papier avec une nouvelle formule prévue pour septembre ; le site web qui devrait s’orienter vers des formules "premium" ; et une réflexion autour d’un travail de mise en relation des lecteurs afin de leur proposer « des capacités d’initiative dans la cité », un « média de lien ».

La ligne éditoriale du journal devrait perdurer. « Nous nous y sommes engagés auprès des salariés. La Marseillaise va continuer d’être ce journal d’opinion qui fait de l’information locale à partir d’un point de vue qui est celui d’une volonté de transformation sociale et d’émancipation humaine. On veut nourrir un débat public qui se rétrécit singulièrement. Il y a aujourd’hui un flux continu d’information qui peut créer un effet de sidération. Face à cela, on assume complètement notre personnalité : on veut proposer une lecture du monde. »

Notes

[1Philippe Pujol pour sa série d’articles autour du trafic de stupéfiants dans les quartiers nords de Marseille, publiés à l’été 2013 dans les colonnes du quotidien et désormais réunis dans un ouvrage intitulé French deconnection au cœur des trafics (Robert Laffont, 2014).

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