Accueil > Politique | Par Aude Lorriaux | 26 avril 2017

L’affiche de Marine Le Pen, ou l’art de faire genre

Déhanchée, laissant voir jupe et genou, la candidate du Front national pose à la manière des magazines féminins. Une instrumentalisation du corps calculée pour conquérir l’électorat des femmes, en jouant d’une image en contradiction directe avec ses actes.

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« Oh le genou, je rêve, je rêve… », s’écrie Marie-Pierre Badré, conseillère régionale d’Île-de-France et déléguée spéciale à l’égalité femmes-hommes, au moment de découvrir, avec nous, l’affiche de Marine Le Pen. Sur le poster, on voit la candidate du Front national, assise sur une table, devant une bibliothèque, dans une pose qui joue sur les stéréotypes féminins : un léger déhanchement, une jupe qui dévoile un genou, la tête elle aussi un peu penchée, façon magazine de mode.


Des signaux à l’électorat féminin

Cette affiche est un élément de plus dans la stratégie de grignotage progressif qu’accomplit Marine Le Pen à l’égard des thèmes féminins et féministes. Le but est simple : attirer un maximum d’électrices, alors que les femmes ont historiquement plutôt moins voté que les hommes pour le Front national.

Le tournant a eu lieu après les violences de Cologne, en janvier 2016, dans lesquels la candidate du FN a vu une occasion d’articuler sa critique de l’Islam sur une prétendue défense des femmes. Dans une tribune parue sur le site de L’Opinion, elle fustige alors ces « criminels », qui « méprisent ouvertement les droits des femmes », tout en citant Élisabeth Badinter et Simone de Beauvoir.

Depuis, Marine Le Pen ne cesse d’envoyer des signaux à l’électorat féminin. Elle s’épanche sur ses difficultés de mère sur le plateau de l’émission Ambition intime de Karine Le Marchand. Elle se choisit comme symbole une rose bleue, dont elle affirme qu’elle est « d’abord un symbole de féminité » tout en rappelant qu’elle sera « une des seules femmes candidates ». Ou se présente cheveux au vent en défenseuse des « femmes libres » sur son blog Carnets d’espérances. « Tout ce qui handicape les femmes l’avantage elle, en lui permettant de se disntinguer de son père », remarque la politologue Frédérique Matonti, contactée par Regards.

La pose et la posture

Voilà du côté des signaux. Du côté des actes, c’est le néant : au Parlement européen, elle a quasi systématiquement voté contre tous les projets visant à améliorer leur sort, ou bien séché les votes. Les élus FN à l’Assemblée nationale se sont, cinq ans durant, systématiquement opposés à toute mesure favorable à l’IVG. Et le programme de Marine Le Pen promet de remettre en cause les lois sur la parité en politique.

Sur cette affiche, la "femme libre" n’est donc là que pour dessiner en creux la femme menacée. Les droits des femmes n’existent au Front national qu’à travers une critique de l’islam, et c’est ce que cette affiche clame, en montrant une Marine Le Pen séductrice, qui semble dire "merde" à la pudeur des femmes voilées. Et qui, au passage, aguiche l’électorat masculin, en jouant sur l’aspect femme-objet, analyse Frédérique Matonti.

C’est un piège pour les féministes, qui se sont battues pendant des années pour que les femmes puissent disposer de leur corps, et qui risqueraient d’être mal comprises si d’aventure elles émettaient des critiques contre ce genou qui s’affiche. Mais prenons garde au leurre : Marine Le Pen ne libère pas les femmes. Elle instrumentalise le corps à des fins politiques.

@audelorriaux

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