Accueil > Politique | Par Jérôme Beltar | 13 avril 2015

Aubry, Duflot : même (non-)combat !

Parties pour offrir au moins un semblant d’opposition à la politique du gouvernement, Martine Aubry et Cécile Duflot ont finalement battu en retraite avant même d’ouvrir les hostilités, pour rester au chaud dans le giron de leurs partis.

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« L’immobilisme est en marche et rien ne peut l’arrêter. » Edgar Faure.

Martine Aubry, Cécile Duflot, les deux femmes s’apprécient, paraît-il. En tout cas, l’une et l’autre viennent de mettre en pratique l’amusante mais peu flatteuse maxime d’Edgar Faure : la première en ralliant piteusement la motion majoritaire pour le congrès du Parti socialiste, la seconde en enfilant un costume de pom-pom girl d’Emma Cosse.

Martine s’en va-t-en guerre

Le suspense était insoutenable. Mais qu’allait donc faire Martine Aubry pour le prochain congrès du PS ? Depuis des semaines, des échos médiatiques savamment entretenus bruissaient du mécontentement supposé de l’ancienne première secrétaire.

Au mois de décembre dans une tribune parue dans Le Monde, elle s’était attaquée à la loi Macron. Se positionnant sur les enjeux de société, elle affirmait entre autres : « Ce n’est pas une réforme subalterne, c’est un moment de vérité autour de la seule question qui vaille : dans quelle société voulons-nous vivre ? Veut-on faire de la consommation –  encore plus qu’aujourd’hui – l’alpha et l’oméga de notre société ? La gauche n’a-t-elle désormais à proposer comme organisation de la vie que la promenade du dimanche au centre commercial et l’accumulation de biens de grande consommation ? »

Avant de conclure martialement : « Je combattrai cette régression pour notre société au niveau national, comme dans ma ville. » Bigre, voilà qui était sérieusement envoyé, le ton montait, il allait se passer quelque chose.

Martine range les armes

À l’issue de la prévisible raclée des élections départementales, la maire de Lille ainsi que sa garde rapprochée s’en sont donnés à cœur joie. Ainsi, au soir du second tour, Martine Aubry déclarait que la défaite « était un vote de protestation par rapport à la politique nationale ». François Lamy, ex-ministre recyclé à Lille, affirmait quant à lui que le vote des français exprimait « une critique fondamentale vis-à-vis du gouvernement et du président », quand Gilles Pargneaux, secrétaire fédéral du PS du Nord pointait une « sanction gouvernementale ».

Bref on allait voir ce qu’on allait voir. Et puis pschittt, après Martine pas contente, puis Martine va s’énerver, c’est finalement Martine est dans la majorité. Vendredi 10 avril dans une conférence de presse, cette dernière a annoncé qu’elle ralliait la motion présentée par Jean-Christophe Cambadélis, c’est à dire la motion du tandem Valls-Hollande complété des amis de Laurent Fabius, Pierre Moscovici et Ségolène Royal.

Même Le Monde s’afflige d’un tel scénario en soulignant que « les congrès du PS produisent rarement des instants de sublimation de la pensée socialiste ».

Cécile entre en résistance

En avril 2014, les écologistes décident de quitter le gouvernement. Un vote au sein de l’exécutif dégage une majorité fragile avec 7 contre, 3 pour et 5 abstentions dont celle d’Emmanuelle Cosse qui, déjà à l’époque, ne sait pas grand chose. C’est peu, mais suffisant pour que Cécile Duflot emmène l’ensemble d’EELV dans une configuration de "majorité présidentielle qui ne participe pas au gouvernement". C’était il y a un an, le premier avril – la date aurait peut-être dû nous alerter.

À la fin de l’été, l’ancienne ministre du Logement publie son livre, intitulé De l’intérieur et sous-titré Voyage au pays de la désillusion : une chronique sur les deux premières années du quinquennat qui n’est pas sans rappeler une partie des critiques venus du Front de gauche sur la nature de la politique menée. Bien sûr, on aurait pu prévenir Cécile Duflot plus tôt qu’avoir des illusions sur François Hollande, ce n’était pas bien sérieux. Bien sûr aussi, deux ans pour se rendre compte du désastre de la politique menée, c’est un peu long – mais après tout, mieux vaut tard que jamais.

Ensuite et tout au long de l’automne se dégage la perspective d’un rassemblement possible entre écologistes et Front de gauche. Une hypothèse qui n’est pas sans écho au sein de la base d’EELV puisqu’aux élections départementales, une moitié des candidatures seront portées avec le FdG, un tiers en autonomie et le reste seulement avec le Parti socialiste. Mais l’offensive menée après le second tour des départementales a sonné le glas d’un quelconque rapprochement national entre ces deux courants.

Cécile rentre dans le rang

Le spectre d’une scission pouvant être pilotée en sous-main par le couple infernal Valls-Hollande a littéralement tétanisé le ventre mou du parti écologiste. Entre ceux qui aspirent à revenir au plus vite au gouvernement et ceux qui souhaitent un pas de côté sur la gauche, il n’y a qu’un seul point d’équilibre, c’est le ni-ni et le rassemblement autour du paradigme écologiste. Un compromis au demeurant en trompe-l’œil, n’ayant d’autre fonction que d’empêcher le rassemblement à la gauche de la gauche.

Une fois cette perspective enterrée, il ne restera plus qu’à préparer (ou à monnayer) le ralliement à une candidature François Hollande. Car une candidature autonome en 2017, chacun le sait, ne bénéficiera d’aucun espace politique. Explorer la galaxie écolo, c’est souvent replonger dans La vie des 12 césars de Suétone, chapitres Caligula et Néron.

Cécile Duflot, à défaut d’avoir des convictions sociales fortement ancrées, a eu des velléités d’un pas de côté sur sa gauche. Cette affaire est désormais terminée. Samedi 11 avril, c’est en groupie qu’elle twittait « En AG Ile de France #EELV choisir la stratégie et notre tête de liste. Pour moi c’est @emmacosse ».

L’immobilisme est en marche et rien ne pourra l’arrêter.

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Vos réactions

  • Vache !

    Vous en faites, des découvertes !

    Vous allez finir par vous rappeler que ce sont les « sociaux »-« démocrates » qui ont fait assassiner Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht.

    Si, si, je vous assure, c’est eux !

    Neuré Mudont Le 13 avril 2015 à 21:22
       
    • "On ne peut construire le socialisme sans en finir avec la social-démocratie et ses agents dans le mouvement ouvrier" (J.Staline Xe Congrès du P.C.U.S)

      Dominique FILIPPI Le 13 avril 2015 à 21:58
  •  
  • "y a d’la joie, bonjour, bonjour les hirondelles..." C. Trénet

    Fulgence Le 14 avril 2015 à 00:14
       
    • c qui, Charles Trenet
      un écologiste * ?

      clara z

      * ce serait le seul point commun avec Fulgence ? —(comme dirait mon Oncle...)
      j’en vois p’tête un autre point.

      clarazavadil Le 14 avril 2015 à 11:43
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  • Découvre-t on,enfin sur le site de regards,que la forme-parti évite l’érosion des idées,modes ou mouvements politiques,éphémères contrairement aux partis ?
    Encore un effort,et vous découvrirez ’l’eau chaude’..

    Heavy dan Le 14 avril 2015 à 08:12
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  • Au conseil de Paris hier, seuls les verts et le Parti de gauche ont voté contre la candidature de Paris aux futurs JO. Le PCF a voté avec le PS et la droite. La régression est en marche et rien de pourra l’arrêter à part une ligne claire de rupture avec le PS, ce qui n’est semble-t-il pas à l’ordre du jour ni au PC ni à Ensemble (cf. la position de Autain au 2ème tour des départementales désistement sans nécessité pour le PS).

    Mac Cullers Le 14 avril 2015 à 10:49
       
    • Ce commentaire est factuellement faux par méconnaissance je suppose.

      Clémentine Autain ne s’est pas désistée puisqu’elle ne pouvait pas se maintenir.
      Le sortant un EELV (allié au PS) qui a été battu a même attribué sa défaite à l’attitude de C. Autain dans l’entre deux tours. C’était dans le Parisien.

      Quant à donner en exemple les écologistes parisiens... Pour les JO ça va, pour l’indépendance avec le PS et le gouvernement c’est une bonne blague.

      Jérôme Beltar Le 14 avril 2015 à 16:21
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  • C’est en effet consternant tout même si cela ne laissait que peu de doute sur les effets de manche. Le Syriza à la française est bien l’issue. Mais la voie pour y parvenir est des plus ténue. Toute cela est bien consternant, oui..

    Luc Quinton Le 15 avril 2015 à 08:29
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