photo cc DIEM25
Accueil > Politique | Par Fabien Perrier | 10 février 2016

Avec DiEM25, Varoufakis veut refonder l’utopie européenne

À Berlin, Yanis Varoufakis a lancé le mouvement DiEM25 pour combattre l’échec de l’UE et fédérer une nouvelle génération capable de refonder un rêve politique pour le continent.

Vos réactions (5)
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Incontestablement, Yanis Varoufakis aime les symboles. Il l’a encore prouvé le 9 février. Dans le "salon rouge" de la Volksbühne, littéralement la "scène du peuple", un des théâtres les plus fameux de l’ex-Berlin Est, l’ex-ministre grec des Finances a lancé DiEM2025 (Democracy in Europe Movement). Cette initiative paneuropéenne se veut, explique-t-il, « réellement horizontale » (lire aussi Yanis Varoufakis : « Nous voulons démocratiser l’Union européenne »). Lui qui a résisté à l’ordolibéralisme allemand pendant ses six mois au sein du gouvernement grec est venu parler de la nécessité d’un nouvel ordre européen dans ce lieu historique de la gauche allemande, connu entre autres pour son rôle lors de la révolution pacifique de 1989 dans l’ex-RDA.

L’urgence d’une refondation

Une nouvelle "révolution" est-elle alors en marche, un "tournant" visant à se débarrasser de l’oppression bruxelloise ? Il est trop tôt pour l’affirmer, explique en substance Yanis Varoufakis au lendemain du rendez-vous (entretien à paraître dans Regards trimestriel). Il reconnaît que ce mouvement « pourrait échouer », mais pour lui, « il n’existe pas d’alternative ».

Le mot, d’ailleurs, est souvent questionné par les participants au cours des trois conférences qui se sont enchaînées pendant la journée. Une des causes de ce manque de politiques alternatives : les institutions européennes, régulièrement prises pour cible lors des conférences. Et la critique a été renouvelée lors de la soirée de lancement, au cours de laquelle se sont exprimés, trois heures durant, des intervenants aussi divers que des philosophes – le Croate Srećko Horvat et le Slovène Slavoj Žižek –, des personnalités politiques comme l’Allemande Katja Kipping (Die Linke), la Française Cécile Duflot (Les Verts) ou le Danois Rasmus Nordqvist (Les Alternatifs), mais aussi des syndicalistes comme Hans-Jürgen Urban (IGMetall) ou encore une représentante allemand de Blockupy, pour n’en citer que quelques-uns.

Le devoir de l’utopie

Aux yeux de tous, le moment est crucial. S’il n’y a pas des changements fondamentaux au sein de l’UE, le projet européen court droit à la catastrophe. Guest star présent par écran interposé, l’activiste Julian Assage a ainsi expliqué : « Après la deuxième guerre mondiale, il y avait le rêve de ce que l’Europe pourrait être. Ce rêve a été perdu. » Plus tôt dans la journée, le tonitruant ex-ministre grec des Finances avait estimé que l’UE doit se refonder... ou elle mourra. Après elle, le chaos. « Une désintégration de l’UE susciterait un effondrement ressemblant terriblement à ce qui s’est passé dans les années 30 » avec l’arrivée des nazis au pouvoir, pronostique-t-il. Et d’enfoncer le clou un peu plus tard, micro en main :

« Je dis à mes amis communistes, ou de gauche, qui pensent que le retour à l’État-nation serait une solution qu’ils se trompent. À chaque fois que l’histoire a emprunté cette voie, le résultat fut catastrophique. C’est systématiquement le fascisme qui l’emporte ».

Ou encore, l’économiste iconoclaste expliquait dans une de ces formules dont il a le secret :

« La volonté de changer l’Europe est peut-être utopique, mais c’est un devoir que d’essayer. Sinon, la plus sévère des dystopies [contre-utopie, NDLR] surviendra : celle connue dans les années 1930 ».

Refaire le pari de l’Europe

"Fédérer" des citoyens et de personnalités aux parcours et idées politiques potentiellement divergentes, mais ayant tous un point commun : être démocrate. Telle est l’ambition formulée pour inverser le mouvement. C’est toutefois sur ce point qu’émerge une première critique. Lors de la longue soirée de lancement, des personnalités se sont succédées à la tribune... mais les citoyens n’ont eu que peu accès à la parole. « C’est un processus en construction », explique Julien Bayou. Le jeune écolo, en tout cas, soutient l’initiative

« Personne au monde n’aurait plus de raisons d’être anti-européen que Varoufakis. Mais quand il se donne les moyens de démocratiser l’Europe à l’horizon de dix ans, je signe des deux mains ».

Pour le porte-parole d’Europe Ecologie-Les Verts, la démocratisation de l’UE est l’affaire de la jeune génération :

« Une l’a construite, l’autre doit participer à la sauver alors qu’elle est prise entre les tirs croisés de la social-démocratie qui la tue à petit feu, l’extrême droite qui veut la tuer, et une partie de la gauche qui devient eurosceptique ».

Le repli national n’est, en tout cas, pas l’option de Katja Kipping. « Nous avons besoin de plus d’Europe, pas de moins, pour résoudre les questions qui se posent à l’humanité », a-t-elle déclaré à la tribune. Avant de s’en prendre au néolibéralisme et à appeler à une « Europe sociale ». Une nouvelle utopie européenne est-elle en marche ? DiEM25 a en tout cas montré, à la Volksbühne, qu’il veut vivre l’instant européen... en le changeant fondamentalement.

Vos réactions (5)
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Vos réactions

  • C est incroyable !

    L’ article sur Vafourakis et son DieM 25 ne connait aucune réaction

    Celle sur la candidature de Mélenchon en recueille 25 !

    hypothèse 1 : les supporters de Mélenchon et les anti Mélenchon ont envahi l’ article Mélenchon

    hypothèse 2 : les gauche - radicalistes en France sont franco français

    c est fou car pour la première fois , un homme pose la bonne question : comment créer un mouvement politique démocratique et égalitaire de portée européenne , hors des états - nations ?

    A méditer !

    STORA Antonin Le 12 février à 23:24
  •  
  • Non !
    Les réactions sont effacées par la censure du site.
    Ceci explique cela.

    claire Le 13 février à 07:32
       
    • Je ne crois pas - Certains de mes commentaires acerbes sur le front de gauche à marseille n’ ont pas été supprimés - et je ne vois pas quel type de commentaire pourrait être censuré sur Varoufakis

      Le problème est ailleurs : les questions européennes de gauche n’ intéressent pas bcp de monde dans les milieux militants de gauche - il suffit de voir le nombre très faible de manifestants en juillet pour soutenir Syriza dans son bras de fer avec la Troika ...Gens qui ensuite sont capables de critiquer au chaud Tsipras pour sa soi disant trahison .

      STORA Antonin Le 13 février à 10:10
  •  
  • Bien sûr qu’il faut critiquer Tsipras, maintenant qu’il est passé "de l’autre côté", c’est-à-dire côté TroÏka et memorandum, avec armes et bagages ! Que par ailleurs on doive le considérer comme un traître, ou comme une victime (consentante quand même) de l’odieux chantage exercé sur la Grèce par l’UE et la BCE de Draghi, n’a en soi aucun intérêt. L’essentiel est de comprendre qu’il n’y a aucun espoir d’une politique progressiste en Europe dans le cadre des traités, comme le montrent les exemples de la Grèce et de Chypre. Varoufakis ne le nie pas, il veut seulement voir venir, en organisant en Europe un mouvement inter-peuples qui fasse prendre conscience au grand nombre du caractère radicalement anti-démocratique des institutions de l’UE et de la nécessité de remettre en cause toutes les politiques qui en découlent. Il n’y a pas de réenchantement possible d’un "rêve européen", fût-il rose-vert pâle, sans remise en cause radicale des traités et du fonctionnement de l’UE, si bien décrit dans les précédentes prises de position de Varoufakis, et sans refus résolu d’accepter les politiques euro-TINA.
    Heureusement qu’une partie importante de l’ex-Syriza a refusé de céder, et s’est constituée en Unité populaire, opposée au memorandum et aux traités. Au fait, savez-vous que le 4 février a eu lieu en Grèce une grève générale monstre et un ensemble de manifestations contre le démantèlement des assurances sociales imposé par la Troïka et le gouvernement Tsipras ? Non, vous ne le savez pas car les médias aux ordres n’en ont pas soufflé mot, tellement ils ont peur que se développe en France aussi un vrai mouvement social et politique contre les traités. Et pourtant nous avons voté NON en 2005, et la suite des événements nous a donné raison !
    Voir ICI.
    Et qui, en France, défend la nécessité d’un plan B, fidèle à l’indépendance nationale, à la souveraineté populaire, et en même temps internationaliste ? Avec engagement de tenir tête à l’UE ? Et qui veut à tout prix empêcher que cette réflexion ne devienne un cheval de bataille pour une victoire de la vraie gauche ? Silence radio sur l’événement...Alors, voir la déclaration ICI .
    Je n’ose pas penser que l’article publié par Regards ci-dessus ait pour seul but de donner des espérances à ceux qui rêvent de diviser le camp du NON de gauche au TCE , pour le trahir une seconde fois ...

    Autrement Le 13 février à 10:54
  •  
  • Les questions européennes intéressent peu en effet. Et pourtant, environ 70% des lois françaises correspondent à de la transcription de décisions prises à l’échelle européenne. Et pourtant, comme l’histoire la plus récente de la Grèce l’a révélé, l’Union Européenne a le pouvoir d’obliger à un gouvernement de prendre les décisions et orientations politiques que quelques dirigeants d’autres pays d’Europe, mais de plus grande taille, veulent imposer dans ce pays.
    Les questions européennes intéressent peu, et Yanis Varoufakis, qui n’est pas forcément des plus appréciés dans son pays, a au moins un mérite : celui d’avoir compris que plus rien n’était gérable à l’échelle nationale. C’est peut-être ce qui gêne dans sa démarche. Il ne manquerait plus que ça marche... Car ça obligerait à revoir certaines alliances nationales (le gouvernement français ne s’est-il pas vanté d’avoir tenu la main de Tsipras pour qu’il signe le 3ème mémorandum obligeant la gauche grecque à appliquer les pires mesures jamais prises depuis 2010 ?), et ça forcerait à une prise de conscience que le bien-être de la majorité est le cadet des soucis des dirigeants (français compris) et peut-être bien des députés aussi : http://www.huffingtonpost.fr/denis-dupre/comment-97-des-deputes-ont-fait-capoter-la-loi-pour-lutter-contre-levasion-fiscale_b_8911440.html
    Il faudrait quand même savoir où étaient tous ceux, dits de gauche, qui n’ont pas fait la bascule pour que ce texte passe, par exemple. Ils ne voulaient pas que la France montre l’exemple ?

    Benoît Le 16 février à 21:16
  •