photo Louis Camelin
Accueil > Résistances | Par Nathanaël Uhl | 22 avril 2016

Banlieue debout se lève doucement

Petit à petit, les initiatives Nuit debout fleurissent en banlieue, avec des résultats aussi contrastés que les situations locales. Qui permettent au moins de mesurer le chemin à parcourir pour que le mouvement s’y étende en trouvant sa propre forme.

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Plusieurs centaines de personnes à Ivry ou Saint-Denis, une initiative plutôt portée par des militants syndicaux au Blanc-Mesnil… À Vitry, première ville du Val-de-Marne, la première édition a eu lieu le 19 avril, surtout portée par des militants politiques. Elle ambitionne de s’inscrire dans le temps.

À une demi-heure de transports de la place de la République, par petits groupes, l’assistance se forme devant le théâtre municipal Jean-Vilar. Au micro, ce mardi 19 avril, Luc accueille la première édition de Nuit debout à Vitry. Ce #Vitrydebout a été préparé par le bouche-à-oreille, sans tracts ni affiches, contrairement à ce qui a eu lieu la semaine précédente à Ivry-sur-Seine.

En petits comités

Alors que la banlieue commence à se mettre debout, chaque ville confirme sa spécificité. À Vitry, on retrouve des lycéens, quelques étudiants, des militants politiques. À Saint-Denis, ce sont surtout les parents d’élèves en lutte qui étaient moteurs de la Nuit debout quand, au Blanc-Mesnil, ce sont des militants syndicaux qui sont en première ligne.

Il apparaît donc que c’est la lutte phare du moment qui est à l’initiative des répliques banlieusardes du mouvement né place de la République à Paris. À Vitry, les diffusions au cinéma municipal local de Comme des lions le 13 avril puis de Merci patron !, la veille du premier rassemblement, ont contribué à attirer l’attention sur la démarche citoyenne. On est encore loin du grand soir. Selon les estimations les plus optimistes, ce sont jusqu’à quatre-vingt personnes qui ont passé plus de quinze minutes sur la place Jean-Vilar. Cependant, de 18h30 à 20h30, c’est une grosse quarantaine de Vitriots qui est restée, en permanence, sur le parvis du théâtre.

Vitry ne semble pas faire partie des villes que les militants des quartiers populaires impliqués dans Nuit debout version originale ont visité pour tenter de « faire bouger la banlieue ». La mairie s’est tenue prudemment à l’écart de l’initiative, pour prévenir toute accusation de récupération. À Saint-Denis, la ville a mis à disposition des barnums. À Montreuil, la municipalité dirigée par Patrice Bessac avait mis les petits plats dans les grands pour que "sa" nuit debout constitue un événement.

Un débat à égalité

Retour à Vitry où le micro, mis à disposition par la section communiste locale, intimide. « C’est extrêmement difficile de prendre la parole au micro, avec ces gens qui nous regardent », confirme une participante. Qui demande que l’on s’assoie et qu’on soit plus proches les uns des autres au prochain rendez-vous. Les échanges naissent pourtant autour de la loi travail. Isabelle, travailleuse indépendante, demande timidement : « Pourquoi il faut s’y opposer ? Dans le travail, on voit bien qu’il y a une modulation de l’activité. Pourquoi ne pas moduler les formes d’emploi ? » Bien plus rodé à la prise de parole, Christian lui répond « facilitation des licenciements », « destruction de la protection collective », « primat des accords d’entreprises sur le code du travail »

Une lycéenne vient ensuite témoigner des mobilisations qui ont lieu, depuis le début du mois, dans les trois lycées de la ville. Pas plus que les autres militants présents, elle ne met en avant sa carte. Pour le moment, chacun joue le jeu d’un débat à égalité, auquel on participe sans préjugé et sans mettre en avant son engagement politique. Sauf si cela devait faire sens.

C’est le cas de Philippe, militant associatif et parent d’élève, qui se déclare « marxiste, membre du PCF mais bien mal représenté par lui » avant d’appeler à développer « l’action directe, la prise de pouvoir partout où on peut, quitte à flirter avec l’illégalité pour faire avancer les alternatives ». Ce mardi soir, les militants sont majoritaires à #Vitrydebout. Ils s’observent à la dérobée, comme s’ils guettaient le faux pas de la boutique concurrente.

Niveaux et modes de vie

Il y a finalement peu de ceux qui font le succès récurrent des assemblées de "Répu" : les vingt-trente ans. Valentin glisse : « Ceux qui veulent et peuvent participer à Nuit debout sont à Paris depuis un bail. Vitry n’est pas une ville dont la population se prête à ce genre de mouvement ». Pourtant, aucun des présents du soir ne semble se satisfaire du niveau de la participation et encore moins de sa relative homogénéité.

Rapidement, une intervenante propose d’aller à la rencontre des « gens » dans « les quartiers populaires de la ville ». Les précaires sont, à Vitry aussi, les grands absents des Nuits debout. À Reporterre, Yessa, très active à Mantes-la-Jolie, explique que la faiblesse des niveaux de vie n’aide pas : « Les habitants des quartiers populaires sont pris dans un quotidien qui ne leur permet pas financièrement, ni en termes de temps, de se déplacer et de rester plusieurs jours à République. Le niveau de vie des jeunes de banlieue n’est pas le même que celui des étudiants de la place ».

À Vitry, après débat et vote à main levée, un rendez-vous à date fixe est adopté : le mardi soir à 19h, au même endroit. « Pour donner un point fixe. » La proposition émerge de calquer le fonctionnement de l’assemblée locale sur celle de Paris avec des commissions et une assemblée générale hebdomadaire. L’idée fait son chemin d’un rassemblement devant le théâtre, jeudi 28, pour aller à la prochaine manifestation contre la loi travail.

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Vos réactions

  • On peut juger un mouvement à l’aune
    — de mouvements similaires dans l’histoire de notre pays
    — de mouvements similaires dans d’autres pays
    Il y a 65 millions de gens en France (+85 M de touristes ...)
    et tant que des millions ne descendront pas dans la rue = des dizaines de millions ...
    on peut rêver.

    clara zavadil

    * d*aucun/es ajoutent : "et 65 millions d’abruti/es .." je ne vais pas jusque là : attendons les elections (comme dit Melenchon)

    clarazavadil Le 23 avril à 07:15
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