Accueil > Idées | Par Gildas Le Dem | 23 février 2018

Bourdieu et la "rationalité" libérale

La parution de Anthropologie économique, cours au Collège de France inédit, confirme l’importance et la force très contemporaines de la critique du capitalisme néolibéral par Pierre Bourdieu.

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La sociologie de Pierre Bourdieu habite encore notre actualité. Une actualité intellectuelle et éditoriale, d’abord. Cet hiver, pas moins de trois essais lui ont été consacrés : dans Le danger sociologique, c’était à son héritage, que s’en prenaient encore (et avec beaucoup de confusion) Gérald Bronner et Etienne Géhin ; Pour Bourdieu, de Marc Joly, se veut, lui, l’équivalent du Pour Marx d’Althusser ; dans Bourdieu, Foucault et la question néolibérale, Christian Laval fait s’affronter les points de vue du sociologue et du philosophe sur le néolibéralisme. Enfin, et c’est évidemment le plus important, les éditions du Seuil ont fait paraître un cours inédit de Pierre Bourdieu, intitulé Anthropologie économique.

Bourdieu reste, également, présent dans notre actualité politique. Comment, en effet, après le démantèlement du code du travail, puis la "réforme" généralisée des retraites qu’annonce celle de la SNCF, ne pas songer, à nouveau, à ces mots vibrants, pleins de « fureur légitime », et adressés par le sociologue aux cheminots grévistes, un soir de décembre 1995, Gare de Lyon ? Ceux d’un soutien et d’une solidarité inconditionnelle à une lutte « contre la destruction d’une civilisation associée aux services publics, celle de l’égalité des droits ».

Une volonté de destruction dont, déclare alors Bourdieu (et on ne peut que rester stupéfait devant la justesse, tenace, du diagnostic), il faut considérer qu’elle est fondée sur l’opposition entre une « une vision éclairée des élites », une rationalité néolibérale d’une part, et les « pulsions du peuple » d’autre part, c’est-à-dire en fait un peuple raisonnablement attaché au maintien de l’État social en dépit de l’injonction, cent fois réitérée, à consentir à sa disparition. C’est même pourquoi, ajoute Bourdieu, il appartient au mouvement social et aux intellectuels de combattre, ensemble, la rationalité néolibérale de ces « technocrates » qui ont « fait main basse sur l’État ».

La rupture avec « cette noblesse d’État qui prêche le dépérissement de l’État et le règne sans partage du marché » signifie, en effet, « rompre avec la foi en l’inévitabilité historique » du néolibéralisme, en opposant notamment à la science et l’expertise économique, mutilante et mutilée, dont se prévalent ses apôtres, « une connaissance plus respectueuse des hommes et des réalités auxquelles ils sont confrontés ».

La société capitaliste à la lumière des sociétés précapitalistes

Lorsque donc, durant le printemps 1993, lors d’un cours au Collège de France intitulé Anthropologie économique, Bourdieu revient sur les fondements sociaux et historiques de l’économie – avec pour ambition de réintégrer « les conduites économiques dans l’univers des conduites humaines » –, il faut garder à l’esprit ce paradigme d’une « connaissance plus respectueuse » des hommes et de leur réalité.

Sans doute Pierre Bourdieu n’est-il pas encore le sociologue militant de l’hiver 1995. Il vient pourtant tout juste de faire publier La Misère du monde, état des lieux des formes de la souffrance sociale contemporaines après deux décennies de ralliement des socialistes à l’ordre néolibéral. Surtout, ce cours mobilise les acquis d’une connaissance des sociétés précapitalistes, que Bourdieu avait élaborée lors de son séjour dans l’Algérie des années 60, celle de la guerre d’indépendance.

On aurait tort, en effet, de s’imaginer que Bourdieu fut, avant la rupture de 1995, un sociologue entièrement voué à la connaissance pour la connaissance. Si Bourdieu a toujours maintenu que, pour être un savant engagé, légitimement engagé, il lui fallait d’abord engager un savoir acquis dans le travail savant, soumis aux règles et à la rigueur du travail scientifique, reste que l’engagement de Bourdieu dans le savoir sociologique s’est lui-même largement opéré à la faveur d’un contact avec une expérience politique, celle d’une Algérie qui se voulait révolutionnaire.

Pierre Bourdieu qui (contrairement à Sartre ou à Fanon) refuse de se payer de la fausse monnaie de rêves révolutionnaires, s’interroge alors. Quelles sont les conditions sociales et économiques d’une véritable révolution dans une société précapitaliste comme l’est encore la société algérienne, c’est-à-dire l’Algérie, encore largement paysanne, des années 60 ?

S’il est vrai qu’une révolution suppose un projet de transformation rationnel, encore faut-il que les conditions d’accès à une vision rationnelle de l’avenir, et à une prise transformatrice sur l’avenir, soient également distribuées. Or, comme le fait remarquer Bourdieu, l’anticipation de l’avenir, les chances et les espérances de le transformer rationnellement l’avenir suppose des conditions sociales et économiques, tout un style de vie aussi.

Le paysan ou le sous-prolétaire algérien des années 60, parce qu’ils restent en effet prisonniers de dispositions temporelles, d’un rapport au temps qui est le produit d’une économie agraire soumise au cycle des saisons, d’un futur entièrement inscrit dans le présent des travaux et des jours, ne sauraient tout à fait se donner l’anticipation d’un à-venir, fondé sur des dispositions durables à prévoir et organiser l’avenir (notamment à travers l’obtention durable d’un salaire, sur lequel peut par exemple tabler l’ouvrier citadin dans un projet, un crédit).

Ne pas céder au mythe de « l’impérialisme du marché »

À travers une analyses des conduites, qui mobilisait aussi bien les acquis de la phénoménologie que ceux de la science économique et sociale, Bourdieu découvrait donc que des dispositions économiques, sociales, mais aussi politiques, qui paraissaient, et nous paraissent encore évidentes, sont le produit d’une construction historique, liée à l’émergence d’un monde, d’un cosmos économique – le capitalisme – qui ne nous apparaît comme une nécessité historique que parce qu’il a façonné les catégories de perception et d’action à travers lequel nous l’appréhendons comme allant de soi.

Faut-il en conclure, pour autant, que notre univers économique en soit désormais réduit à n’être plus qu’un vaste marché, une entité autonome et auto-organisatrice fondée sur des dispositions, notamment économiques et sociales, à en reproduire les lois d’airain ; et où les agents n’agiraient plus qu’en fonction du seul calcul rationnel, d’« anticipations rationnelles » comme le prétendent les théoriciens néolibéraux ?

Non, répond Bourdieu, car l’homo œconomicus que nous sommes nous-mêmes, mais qu’ont façonné les sociétés capitalistes, est une construction historique dont la figure, qui n’est sans doute pas prête de s’effacer comme à la limite de mer un visage de sable, n’est pas le tout de l’humanité et des humanités possibles. Du fait que la logique du marché telle que la décrit l’économisme néolibéral ne s’applique totalement nulle part, et qu’il y a des « univers à l’intérieur du monde économique moderne où elle ne s’applique pratiquement pas » (Bourdieu pense notamment au monde de l’art et de la recherche, mais aussi à l’État social, où les agents ont intérêt au désintéressement et au dévouement, à la générosité), il est possible, et donc souhaitable, de ne pas céder à ce que Bourdieu appelle le mythe de « l’impérialisme du marché ».

S’il est vrai que le marché n’est pas un empire dans un empire, que ce que la société et l’histoire ont fait, l’histoire et la société peuvent le défaire, on peut et il faut inventer les nouvelles formes d’un travail politique et social, capable de prendre acte des nécessités économiques, mais pour les combattre et, le cas échéant, les neutraliser.

C’est si vrai en effet que, comme le remarque Bourdieu, lorsqu’il analyse l’histoire du marché au sens moderne, la concurrence entre les producteurs suppose, en droit, une concurrence pour la construction du marché qui s’exerce, notamment, par l’action de l’État (notamment l’octroi de monopoles, à travers la possession d’un titre garanti par l’État, mais aussi, à travers la politique monétaire, l’accès au crédit, etc.). C’est dire que le marché est en fait « un artefact social construit en grande partie par l’État pour la concurrence entre les producteurs ».

Autoritarisme néolibéral

C’est même pourquoi on pourrait relire, au fond, ce cours d’anthropologie économique comme une interrogation sur la rationalité néolibérale. S’il est vrai que la rationalité néolibérale est une rationalité qui ignore le fondement social de son autorité, à savoir le monopole de la définition des limites légitimes du marché – et, par conséquent, passe sous silence l’action de l’État, sinon même le pouvoir d’État, seul à même pourtant d’en assurer la régulation ou, au contraire, la domination totale et sans partage – la rationalité libérale se présente, en fait, comme une forme d’assujettissement qui, pour se donner comme rationnelle – ou plutôt avec toutes les apparences de la rationalité, notamment économique – n’en suppose pas moins l’imposition d’une forme de gouvernementalité arbitraire.

C’est même pourquoi la gouvernementalité néolibérale appelle, non par accident mais par une nécessité historique, quelque chose comme un autoritarisme ou un césarisme bureaucratique. Au fond, l’on pourrait dire, suivant Bourdieu, que le fondement mystique de l’autorité néolibérale – la croyance dans la main invisible du marché, dans sa vertu auto-organisatrice spontanée – repose sur le pouvoir d’État que, tout ensemble, les dirigeants néolibéraux les plus charismatiques instrumentalisent et refoulent, renient (on ne peut pas ne pas penser au populisme autoritaire d’une Margaret Thatcher ou, plus près de nous, d’un Emmanuel Macron).

Mais ce cours, avant d’être le laboratoire théorique où Bourdieu a sans doute puisé des ressources de connaissance historiques et économiques qu’il a par la suite travaillé à retourner contre les néolibéraux, reste d’abord une formidable travail d’anthropologie moderne (il faut lire les magnifiques analyses du don, détaillées dans une discussion extrêmement serrée avec les analyses de Jacques Derrida). Et en ce sens, il reste un discours sur l’homme et les humanités.

Mieux, sur l’irréductible pluralité des humanités, des sens de ce que veut dire être un homme. Sans doute Pierre Bourdieu, contrairement à Lévi-Strauss, ne fait-il pas profession d’humanisme et de nostalgie pour les sociétés précapitalistes (mais, pas plus, d’antihumanisme). Simplement rappelle-t-il qu’une figure de l’homme (serait-elle parée des vertus de la rationalité, comme l’est celle de l’homo œconomicus) ne saurait en effacer, en épuiser le sens et l’histoire possible. Sauf, bien évidemment, au nom de l’humanisme et de l’efficacité, à ne donner un brevet d’humanité qu’à ceux qui remplissent les conditions sociales et économiques de l’humanité ainsi définie, et à « rejeter les autres dans la barbarie ». Sans doute est-ce ce rejet qui était au principe de la fureur, politique et théorique, de Pierre Bourdieu.

Anthropologie économique (Cours au Collège de France, 1992-1993), Pierre Bourdieu, Le Seuil, 25 euros.

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  • Le hors-série exceptionnel de 84 pages édité par l’Humanité est proposé avec en cadeau la dernière traduction du Manifeste du Parti communiste. Commander en ligne

    Dix ans après le « retour de Marx » lors de la crise de 2008, un récent rapport de la banque Natixis explique en quoi son analyse des crises du système capitaliste se trouve avalisée. Quelle actualité ! Déjà, depuis le coup de maître du cinéaste Raoul Peck, c’est un jeune Karl Marx qui s’affiche. Jeune et très actuel, Marx l’est en raison de sa grille de lecture de classes ! Face aux réponses austéritaires et inégalitaires des pouvoirs politiques et aux semeurs de divisions et de guerre, l’économiste des crises, l’historien de la lutte des classes et le philosophe de l’émancipation humaine revient totalement rajeuni dans les débats qui agitent la vie politique, économique et sociale.

    Grâce aux travaux universitaires récents, il devient même pertinent pour répondre à des questions dont il semblait éloigné tels les défis environnementaux, les enjeux humains et sociétaux. Pour souffler ses 200 bougies, l’Humanité, journal de Jean Jaurès, a donc décidé d’éditer un hors-série. Notre directeur-fondateur aimait dialoguer avec le penseur, à qui il attribuait l’expression « l’évolution révolutionnaire », qu’il a faite sienne. Démarche moderne s’il en est pour qui veut transformer le monde. Marx, le coup de jeune fait donc la part belle à la jeune génération d’universitaires avec les contributions des doctorants en philosophie Saliha Boussedra, Jean Quétier et Guillaume Fondu, de l’historien Jean-Numa Ducange, du professeur de philosophie Florian Gulli, des philosophes Emmanuel Renault et Franck Fischbach ou encore de l’économiste Frédéric Boccara. Et parce que Marx et le marxisme ne sont pas conçus comme une icône à vénérer ou comme la recette magique qu’il faudrait de façon mécanique appliquer à la lettre, ce numéro donne de la place au débat dans une table ronde avec l’écrivaine Pascale Fautrier, auteure des Rouges, Alain Bergounioux, président de l’Office universitaire de recherche socialiste (Ours), et Guillaume Roubaud-Quashie, le directeur de la revue Cause commune. C’est aussi une formidable invitation à (re)découvrir Marx, à savoir d’où il parle, en suivant le récit des grandes périodes de sa vie d’intellectuel, de mari, de père et d’ami. Son dialogue avec Friedrich Engels est ainsi retracé par Mohamed Moulfi, professeur de philosophie à l’université d’Oran. Plusieurs autres spécialistes de Marx, au travers d’articles de référence, apportent leur pierre à une pensée toujours en construction.

    Au-delà des idées reçues, le philosophe Lucien Sève aborde la question de l’individu. Le sociologue et philosophe franco-brésilien Michael Löwy relève le gant du débat sur Marx écologiste. Tel un hommage rendu à Gramsci et à André Tosel, la réflexion de la philosophe Isabelle Garo définit les idées comme « langage de la vie réelle ». Débat actuel encore sur la démocratie et le communisme, avec les contributions des philosophes Étienne Balibar et Yvon Quiniou et du secrétaire national du PCF, Pierre Laurent. La vitalité des concepts marxiens sera rappelée dans des domaines inattendus ou plus connus avec onze pages, « Les mots pour dire Marx de A à Z », concoctées par Maurice Ulrich et Pierre Ivorra. Le docteur en philosophie Claude Morilhat revient sur la pertinence de la théorie de la plus-value. Enfin, deux pépites : un extrait du texte fondateur du philosophe Daniel Bensaïd sur le vol de bois et le poème Karl Marx blues de Jean-Pierre Lefebvre. Si l’historien Raymond Huard revient sur le centenaire en 1918, le philosophe Jacques Bidet s’interroge, lui, sur la « trace féconde » de Marx, évoquant Foucault, Althusser et Bourdieu. L’entretien de Raoul Peck place ce hors-série dans le faisceau de lumière du film le Jeune Karl Marx. Un numéro à se procurer absolumen

    buda Le 23 février à 20:53
       
    • @buda

      P Bourdieu a écrit un ouvrage dont le titre est « La Noblesse d’Etat » . Il y démontre entre autres que les diplômes fonctionnent comme des titre de noblesse et tracent une véritable frontière , entre le dernier reçu et le premier recalé sans réel fondement.

      Visiblement tous ces diplômes et tous ces diplômés semble rudement vous impressionner, votre révérence à leur égard démontre la justesse de l’analyse de P Bourdieu .

      A propos de Marx , beaucoup de gens très diplômés ont écrit beaucoup de conneries , et ont fait beaucoup de conneries en son nom , tout en se réclamant de lui . On ne compte plus le nombre de thèses universitaires dont la seule vocation est de garnir des étagères . Il’faut donc rester très prudent. Les travaux de Marx ne sont la propriété de personne , et il ne me semble pas que P Laurent et le PCF soit les mieux placés pour en parler .

      P Bourdieu qui reconnaissaient l’apport très important de Marx aux sciences sociales, a écrit toutefois qu’ il avait « confondu la logique des choses , avec les choses de la logique »

      Gege Le 24 février à 09:58
  •  
  • CQFD , en publiant l’annonce concernant les entretiens autour du Marxisme tenus à la Bellevilloise à l’initiative du PCF, on allait faire réagir bans et arrières bans des gauchos et petits bourges qui se retrouvent dans le Mélenchonisme ,un rassemblement disparate de mouches du coche , incapable de théoriser , réduit à des anathèmes et incantations . Un faux ennemi du Capitalisme, du charlatanisme politique , un leader qui a usé durant 40 ans ses fonds de costars sur les bancs de socio-traîtres .

    buda Le 24 février à 11:37
       
    • D’accord avec Buda

      milhac Le 24 février à 17:01
    •  
    • @buda

      Je n’ai pas me justifier auprès de vous , si je le faisais vous seriez très surpris. Je constate que ne me connaissant pas du tout , vous avez instruit mon procès , comme au bon vieux temps du stalinisme.

      A part ça vous avez un argument, une idée, une proposition à mettre en avant ? La pauvreté intellectuelle de votre réponse est consternante .

      Sachez que je vous vaux bien , sans plus , mais pas moins .

      Gege Le 24 février à 19:29
  •  
  • À l’heure du bicentenaire de la ­naissance de Karl Marx, l’Humanité édite un hors-série et organise un forum le samedi 17 février, à la Bellevilloise, à Paris 20e.

    Dans le Capital, Karl Marx écrivait : « Le capital est semblable au vampire, ne s’anime qu’en suçant le travail vivant et sa vie est d’autant plus allègre qu’il en pompe davantage. » Sa théorie économique, dont sa puissante critique de la suraccumulation capitaliste, source de crises, rejaillit à la face du monde alors que nous célébrons le bicentenaire de sa naissance.

    Des clés de compréhension historique et scientifique
    Déjà prise en référence lors de la crise financière de 2008, cette analyse des crises du capitalisme est, chaque jour, confirmée. C’est le cas de la toute récente note de Natixis (voir ci-contre). De quoi s’agit-il ? Sur quelles réalités cette dangereuse fuite en avant économique du système libéral s’appuie-t-elle ? On trouvera toutes les clés de compréhension historique et scientifique dans le hors-série Marx, le coup de jeune, que va éditer l’Humanité. Cette publication sera proposée dès le samedi 17 février prochain à la Bellevilloise, à Paris, lors du Forum Marx qui ouvrira l’année en coorganisation avec le comité « Marx 2018 » et tous les partenaires associés. Un hors-série de 84 pages où les contributions des spécialistes de Marx, en particulier celles et ceux de la nouvelle génération, permettront d’éclairer la pertinence des travaux de Marx et des penseurs qui s’inscrivent dans sa « trace féconde ».

    Alors venons-en au fond de l’affaire : en quoi le capitalisme est-il générateur de crises systémiques ? À la lettre C de l’abécédaire de ce numéro exceptionnel, on trouve le mot « Crise » avec cette définition : « C’est l’un des aspects les plus méconnus de la pensée de Marx. Il n’est pas seulement le grand penseur de l’exploitation capitaliste, ou plutôt, parce qu’il l’est, il est aussi le fin analyste des crises du capitalisme. Il les explique par la baisse tendancielle du taux de profit. Les capitalistes, accumulant sans cesse davantage de machines et de moyens de production pour réduire le coût du travail, en viennent à dégager relativement insuffisamment de plus-value.}

    Ils baissent leur taux de profit en voulant sans cesse l’augmenter. Marx n’a connu que les cycles de moyenne période, d’environ dix ans, se concluant par une crise. C’est l’économiste soviétique Kondratiev qui mettra en valeur les cycles de longue période (...), aboutissant à des crises plus profondes et s’accompagnant de transformations du système lui-même (...). »

    En avançant le concept de « suraccumulation capitaliste » dans le Livre III du Capital, Marx « désigne une situation où il y a trop de capital accumulé à rémunérer par rapport au profit dégagé ». Cela permet d’expliquer les crises qui secouent régulièrement le capitalisme. Pour sortir de ces crises, les capitalistes « mettent en sommeil », voire détruisent une partie de ce capital accumulé, tout en s’efforçant de relancer la production de « plus-value » résultant de l’exploitation dans le travail. Cette recherche d’une sortie de crise, que l’économiste communiste Paul Boccara appellera la « dévalorisation » du capital, s’accompagne de fermetures d’entreprises, d’une montée du chômage et d’une aggravation des conditions d’exploitation des salariés. à la lettre S comme « Suraccumulation » du hors-série, on lit :« C’est à partir de cette théorie de la suraccumulation et de la dévalorisation que la crise des années 1930 a été surmontée, notamment grâce aux nationalisations et aux grandes mesures sociales prises après la Seconde Guerre mondiale. Dans la crise systémique actuelle, cette théorie est plus que jamais d’actualité. »

    buda Le 25 février à 04:08
  •  
  • Quand un étalage forcé de connaissances (bien digérées ? En tout cas flottant dans le vide...) sert à masquer l’essentiel : www.legrandsoir.info/melenchon-disjoncte-et-se-prend-pour-johnny-quoi-ma-gueule-qu-est-ce-qu-elle-ma-gueule.html (rajouter https:// pour avoir le lien).

    Autrement Le 25 février à 11:26
  •  
  • Gégé ne t’énerve pas BUDA est en crise sévère !

    il recopie sur le net un fratas de salmigondis qu’il assemble laborieusement, le front plissé, la langue sortie sur le coté .

    Une fausse barbe grise trouvé dans un magasin de farces et attrapes et le voila qui se prend pour Marx ou Engel ;

    Ce n’est pas grave ca mange pas de pain !

    Ca lui passera , il recopie sur tous les billets de regards cette fausse pub pour un très médiatisé " forum a la belleVilloise" ???

    C est un peu relou, mais bon !

    buenaventura Le 25 février à 12:27
  •  
  • Merci à Buenaventura et à quelques autres de se renouveler en permanence et de donner une bien belle image de la FI !!!

    milhac Le 25 février à 12:53
  •  
  • A Milhac

    Je ne sais pas quelle image «  quelques autres et moi-même » nous donnons de la FI, Milhac mais a l évidence vous semblez être un spécialiste en terme d image médiatique.

    Il est vrai qu’en matière d image, le PC et ses zélateurs sévissant sur ce blog, sont des modèles en ce qui concerne ce qu il convient de véhiculer en terme d image pour s’adresser et convaincre le grand public.

    A ce titre les 2,74 % récoltés aux législatives 2017 sont éclairants a bien des égards, les masses laborieuses n ont pas été totalement sensibles a vos critiques envers la FI mais l’amorce de la « remontée » dans les sondage est bien présente : 1,92 a 2,74 en 10 ans a peine, voila qui est significatif d’une communication maîtrisée.

    « Vous et d’autres » sur ce blog, ne veulent pas admettre que le « marxisme » dont Buda se gargarise avec ses copiés- collés pompeux, fumeux et décalés ne sont pas la préoccupation première des électeurs.

    « Vous et d’autres » pensez que tout passera dans le futur par un renouveau des thèses marxistes, et évidement par la lutte des classes et le PCF, vous avez le droit de le penser, mais « quelques autres et moi-même » n’en sommes absolument pas convaincus et nous pouvons le dire n’est pas ? Désolé mais la Pravda et les yzestias c’est fini depuis 1989.

    La FI que vous le vouliez ou non avec son porte parole JLM, ont ouvert une voie nouvelle depuis 2008 a gauche et désolée de vous le dire, mais vous etes devenus seulement des « compagnons de route » sans préemption ni prépondérance.

    Vous aviez l habitude dans les années 70 de satelliser les autres, depuis 1981 et encore plus en 2018, vous n êtes plus en mesure de faire marcher au pas de l’oie de l’armée rouge, les autres formations politiques a gauche.

    Le parti socialiste vous l’a d’ailleurs rappelé a maintes reprises en vous accordant des strapontins ici et en présentant la bas des candidats dans vos « fiefs ».

    La FI est son « leader » vous insupporte, sa façon de ne pas vouloir d’accord au sommet aussi ? Mais quel sommet avez-vous encore la prétention d’incarner ? Un sommet a 2,74 % ?

    Merci a vous Milhac de donner l image ici de votre lucidité politique .

    buenaventura Le 25 février à 14:43
       
    • et qu’en pense Aude Rossigneux qui vient de se faire virer avec brutalité de Média ( la télé de la FI ) ?

      nontron Le 25 février à 18:49
    •  
    • @nontron - le Media n’est pas la télé de la FI... Renseignez vous.

      carlos Le 27 février à 11:48
  •  
  • la Pravda et les yzestias c’est fini ....(sic)

    Communistes pas Français !"....même l’extrême droite n’utilise plus ce jargon.

    buda Le 25 février à 17:54
  •  
  • Bonjour
    Sur Marx , je rejoins, un peu Gege....certes le Marxisme-léninisme a fait du tort a la pensée marxiste, mais, pas seulement ,la version, Staline, Mao, Trotsky aussi anarchiste, ont pas mal déformé le marxisme. Il y a aussi, il faut le dire, tout un marxisme officiel, ou officieux, partidaire, et universitaire, qui à pas mal détourné la pensée marxiste, de ses capacités révolutionnaires.
    La aussi , il y a des effets de mode, ...pendant des années Marx était à la mode, mêmes si on l’avait pas lu, ou mal lu , ou on lisait Marx a travers les lunette de Althusser, Gramsci, Mao, ou d’autres...
    Puis Marx, deviens l’idole a abattre, triomphe du libéralisme, chute du communisme...... maintenant il revient....parait-il
    Est-il pour autant lu, bien lu !?
    Pour info , pour sa culture marxiste ; Comment (re)lire le capital aujourd’hui de Alain Bihr vidéo sur ou tube conférence
    Ou lire Tom Thomas sur le site www.démystification.fr, qui a écrit de nombreux ouvrages , réactualisant la pensée marxiste.

    BOB Le 26 février à 17:58
       
    • Notre monde connaît de grands bouleversements et une importante crise de civilisation : mondialisation capitaliste, financiarisation, bouleversements écologiques, transformations du travail et du salariat… Il est impératif de renouveler les représentations, les idées et même les concepts anciens pour rendre compte de ce monde et de le comprendre pour le transformer. Les difficultés que connaît aujourd’hui le mouvement progressiste résultent en grande partie du décalage entre les réalités complexes et la capacité du mouvement de transformation sociale à les comprendre pour mener efficacement les luttes émancipatrices dans les conditions d’aujourd’hui.

      Créé en 1995, Espaces Marx s’est donné l’objectif de contribuer aux recherches et aux confrontations indispensables dans cette situation. C’est un lieu de rencontre, un laboratoire d’idées neuves, un espace largement ouvert à tous ceux qui veulent travailler à faire avancer une pensée émancipatrice.

      Espaces Marx est aussi parmi les initiateurs et les membres de Transform !, réseau européen de vingt-deux organisations de quinze pays européens, qui explorent les voies d’un rebond historique du mouvement émancipateur. La revue semestrielle « Transform ! » éditée en plusieurs langues dont le français par Espaces Marx se veut une contribution à l’émergence d’une culture politique de gauche en Europe.

      buda Le 27 février à 12:20
  •  
  • Le fondement de l’autorité néolibérale n’est pas la croyance en l’auto-organisation spontanée du marché par une main invisible ! ça c’est celui de l’Etat libéral...

    Les confondre conduit à établir des raisonnements "psychologisants" sur la contradiction au recours à un "autoritarisme" ou "césarisme bureaucratique" par l’Etat néoliberal. Ce qu’il va falloir commencer par admettre, c’est que lorsque l’éthique libérale entend défendre une justice "universelle" qui respecte la hiérarchie des normes fondant l’Etat de droit (le droit y reste l’expression de la "volonté générale" au sens du plus grand nombre), le néoliberalisme apparut dans les années 70, y répond à contrario par la nécessaire soumission du droit à un "ordre rationnel" du marché qui doit s’imposer à tous et notamment ceux qui ne le nourrissent pas... Or, cet "ordre rationnel" ne s’impose pas par l’opération du saint-esprit mais à travers des "vecteurs" qui affirment le déséquilibre des forces en faveur de la capacité d’influence mondiale et de contrôle planétaire des principaux détenteurs du pouvoir économique et financier.

    Dès lors, pour en venir à se pérenniser, cette logique impose d’éloigner les centres décisions de la sphère démocratique pour les intégrer à une approche technocratique (bureaucratique et inhumaine), afin de parvenir à faire ainsi du droit, non plus l’expression de la "volonté générale", mais celle du pouvoir d’un petit nombre de possédants...

    Si pour le libéralisme, on recherche la "sécurité" de tous sans Etat, le néolibéralisme lui aura besoin d’un Etat fort pour instituer par la force au besoin de nouveaux marchés, et encadrer au plus près les libertés individuelles en empêchant ainsi toute tentative de remise en cause de lois contestables en terme de bénéfice quant à l’intérêt Général ! Ce qui fait que le néolibéralisme s’accommode aussi bien de régimes dictatoriaux que de régimes plus démocratiques... Le néolibéralisme est une idéologie totalitaire que je n’hésiterai pas à qualifier de barbare car son potentiel mortifère et anesthésiant nous empêche même de réfléchir à des solutions viables pour que l’humanité ne fasse pas partie des espèces disparues au cours de la 6ème grande extinction qu’il a contribué lui-même à accélérer en cédant à une idéologie prédatrice...

    carlos Le 27 février à 13:04
  •  
  • Le néolibéralisme est une idéologie totalitaire

    Merci Carlos de le rappeler et j ajoute que Macron un est dictateur d une nouvelle espèce, un " dictateur économique "

    buenaventura Le 27 février à 14:16
       
    • "monarque technocratique" comme dirait son ministre de l’économie... j’y ajouterai "néolibéral" histoire d’en préciser l’espèce.

      carlos Le 27 février à 17:36
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  • Carlos, bonne synthèse de la différence entre le libéralisme de l’Etat de droit et le néolibéralisme contemporain du tout-marché appuyé sur des Etats privatisés/privatisants ! En effet, dés la fin des années 1970, avant mème Reagan, le néolibéralisme des Chicago Boys, élèves de Milton Friedmann, a été promu par le regretté Augusto Pinochet, l’ami de Margareth Thatcher (tant admirée par Emmanuel Macron). On est loin du "moins d’Etat" (libéral).

    jompise Le 28 février à 12:15
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