Accueil > Politique | Par Nathanaël Uhl | 28 mai 2015

Cambadélis, l’homme du vieux monde

Portrait. Le premier secrétaire du PS est un homme d’appareil, à l’ancienne, qui arpente les fédérations pour cultiver les réseaux et garde le goût des combinaisons. Avec lui, le PS n’implose pas, mais il est de plus en plus déconnecté du réel.

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Extrait du numéro 33 de Regards, hiver 2015.

* * *

Il n’a pas de crainte à avoir. Ce jeudi 28 mai 2015, vers une heure du matin, Jean-Christophe Cambadélis pourra fêter, dans son bureau de la rue de Solferino, son sacre. Enfin, il aura été élu premier secrétaire du Parti socialiste et, cette fois, par les militants. Le vote qui débute à 17 heures ne laisse planer aucun doute après le ralliement de deux des trois motions qui concouraient face à celle dont il était le premier signataire (lire "PS : la motion A plutôt que le plan B").

Opposé à Christian Paul, Cambadélis a juste l’objectif de faire au moins aussi bien que lorsqu’il a été élu par le conseil national, en remplacement d’Harlem Désir, soit 63%. « Quand on veut vraiment quelque chose, ça finit par arriver », lui fait dire Pascale Fautrier, dans son roman Les Rouges. Cet homme d’appareil est l’un des derniers de son espèce. Un insubmersible aussi.

L’appétit du survivant

Il a survécu à deux condamnations pour abus de biens sociaux et emploi fictif. La première d’entre-elles remonte aux années 90 et à un poste dans une société gestionnaire de foyers d’immigrés, dont le président est un ancien membre actif du Front national… Délicat pour le fondateur du Manifeste contre le Front national, créé à la fin des années 80 pour faire pendant à SOS-Racisme, l’organisation du frère ennemi et ancien de la LCR Julien Dray. La seconde date de 2006 et concerne son emploi fictif à la Mutuelle nationale des étudiants de France (Mnef).

De ces deux affaires, Cambadélis garde la certitude d’être encore vivant, au sens politique. « Ma femme dirait que je me crois immortel », confie l’intéressé aux journalistes. Il raconte à l’envie, pour ne pas contredire son épouse, cette chute première, lorsqu’il a huit ans et qu’il vit au Canada où son noceur de père est parti faire fortune. Quatre étages, une voiture amortit le choc, il en ressort indemne.

Depuis, Cambadélis garde un appétit féroce pour la vie. Mais cette vie rime avec la politique, à laquelle il donne tout. « Il est extrêmement, entièrement, politique », résume Patrick Mennucci, qui le connaît depuis la fin des années 70 et la création de l’Union nationale des étudiants de France indépendante et démocratique (Unef-ID). Avec Manuel Valls, Jean-Marie Le Guen et Julien Dray, ils rassemblent, dans cette organisation étudiante, trotskistes lambertistes de l’Organisation communiste internationaliste (OCI), "pablistes" de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) et socialistes. Le tout pour faire pièce aux communistes de l’Unef renouveau et pour « chasser les gauchistes des facs ». Cambadélis, issu de l’OCI, en prend la tête.

À l’école du trotskisme

Il s’est taillé une solide réputation à l’occasion de son combat initiatique contre la réforme Saunié-Seïté en 1976. C’est dans ce contexte que le rencontre Yann Couvidat, membre à l’époque des comités communistes pour l’autogestion (organisation trotskiste minoritaire) et délégué de son campus de Bordeaux 2 à la coordination étudiante. « Mon premier souvenir de Cambadélis est très graphique : il vient d’interrompre la coordination pour aller faire sa gymnastique pendant trente minutes. »

Celui qui est alors le camarade Kostas s’entretient toujours. Dans les années 2000, il fait « cent longueurs de bassin » le matin pour conserver cette allure qui est un des éléments de sa réussite. « Il est très attentif au regard des autres, notamment celui des femmes », explique un de ses camarades de la "fédération étudiante" lambertiste.

Ce côté séducteur : grand gabarit, moue boudeuse, yeux noirs qui vous fouillent jusqu’aux entrailles, il s’en sert encore. Ainsi, ces « mille » militants réunis en décembre pour conclure trois mois d’états généraux des socialistes – les mêmes qui ont applaudi à chaque critique lancée contre la politique gouvernementale -, se lèvent et l’ovationnent à tout rompre. Matois, « retors » pour certains, Cambadélis n’ignore rien de la psychologie de masse. Sa formation initiale encore : le trotskisme cette « ENA de la politique », selon le mot de Christian Piquet, ancien de la LCR, adversaire puis comparse de "Camba" à l’époque du manifeste contre le Front national puis des Assises de la transformation sociale dès 1994 – assises qui vont déboucher sur la gauche plurielle.

L’artisan des synthèses improbables

"Camba" est en effet le type qui a l’intuition d’une nouvelle alliance avec les communistes, les écolos, les chevènementistes, les radicaux de gauche, un an à peine après la déroute électorale de 1993 qui lui a valu de perdre son siège de député du 19e arrondissement de Paris. La dissolution inattendue de 1997 lui permettra de retrouver son mandat, mais pas de prendre la tête du Parti socialiste, qu’il semble pourtant attendre comme un dû de la part de son ancien camarade en lambertisme Lionel Jospin.

Las, pour lui, Cambadélis est « victime de sa réputation ». Celle d’un animal à sang froid, manœuvrier, tacticien à l’extrême. Quitte à assumer des positions contradictoires. Karel Yon explique dans sa thèse consacrée à Convergence(s) socialiste(s), le groupe que fonde et dirige Cambadélis en sortant de l’OCI : « La rigidité du lambertisme permet (…) des dispositions à gérer des discours et des positions contradictoires. »

Ce substrat permet à Cambadélis, dès son entrée au PS, de se poser en artisan des synthèses improbables entre la ligne droitière, qui le verra fidèle lieutenant de Dominique Strauss-Kahn, et social-démocratie redistributrice. En homme-orchestre du congrès de Reims, en 2008, il rassemble les strauss-kahniens, les amis de Martine Aubry et les fabiusiens dans une alliance tactique "tout sauf Ségolène Royal".

« Un homme d’appareil à 100% »

Le congrès de 2015 a été une nouvelle occasion de faire synthèse entre les libéraux sociaux de Manuel Valls et les socio-démocrates de Martine Aubry. En bâtissant cette alliance, il s’est positionné, encore et toujours, au centre de gravité du PS, « le seul endroit où il estime que l’on peut agir », résume Guillaume Balas, proche de Benoît Hamon et co-animateur de la motion "À Gauche pour gagner". Le député européen poursuit : « Jean-Christophe est très attentif aux rapports de forces qu’il décortique pour trouver le centre de gravité et c’est là qu’il cherche toujours à se situer. »

Contrairement à Julien Dray qui rentre au PS en même temps que lui, Cambadélis ne cherchera jamais à y créer un courant de gauche. Comme s’il avait aussi compris qu’un tel courant ne lui permettrait jamais de devenir patron du PS. « Être premier secrétaire, c’est son rêve depuis que je le connais », témoigne Isabelle Thomas, députée européenne, ancienne présidente de l’Unef-ID, qui l’a rencontré autour de 1984.

Dans un parti exsangue, guetté par le surpoids des énarques, l’apparatchik Cambadélis détonne. Pas uniquement en raison de ses méthodes, que résume Marie-Pierre Vieu, en observatrice avisée : « C’est un homme d’appareil à 100% : il fait et défait les alliances, il joue avec les gens comme avec du lego. » Le nouveau montage politique s’adosse aux discours de la gauche du PS pour mieux le contrôler, dixit Guillaume Balas, donner des gages « à une droite du parti qui a l’intelligence de se cacher derrière Jean-Christophe », constate Isabelle Thomas.

Les idées au filtre de sa stratégie

Cambadélis sait récupérer les idées qu’il voit grandir et se les approprier, pour en maîtriser la progression. C’est ainsi qu’il a impulsé un tournant "éco-socialiste" et "alter-européen" à un parti socialiste nouvellement promoteur de la « la société du bien vivre », écho assumé au buen vivir développé par Paul Ariès et les décroissants. Si tout le monde reconnaît à l’actuel premier secrétaire du PS « une des meilleures formations politiques parmi les dirigeants du parti », "Camba" n’est pas un créateur d’idéologie. « Il passe toutes les idées au filtre de sa stratégie : unité du parti et rassemblement de la gauche », précise un bon connaisseur des arcanes solfériniennes.

Isabelle Thomas acquiesce sur la capacité de synthèse mais pointe que c’est là la faiblesse du premier secrétaire : « Il a horreur de la bi-polarisation des idées. » Guillaume Balas : « Jean-Christophe n’a pas le sens du moment politique », celui où tout peut basculer. « Il préfère la pérennité de l’appareil. » Le principal intéressé confirme dans Le Monde : « Les gouvernements passent, le parti reste. Le PS, c’est la seule trace constante à travers l’histoire de ce qu’est la gauche. »

C’est donc ce parti qu’il a labouré, de sections en fédérations, à l’ancienne, pour séduire les cadres mis à mal par les défaites de mars 2014 et du printemps 2015. Il les a fait rêver d’un parti socialiste hégémonique à gauche et fort de 500.000 adhérents « d’ici 2017 ». Dans leurs yeux, il peut « lire leur consentement à son désir », selon les mots de Pascale Fautrier. Mais, au final, le vrai ressort de la victoire de Cambadélis a été de déconnecter le PS de la politique du gouvernement. En ce sens, il est le symbole de cette période où « le vieux n’en finit pas de mourir et le neuf peine à éclore ». Tout comme le PS, il est ce « vieux » et ne veut pas mourir.

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  • " Mais, au final, le vrai ressort de la victoire de Cambadélis a été de déconnecter le PS de la politique du gouvernement." Ah bon ? Même le plus basique des Français lambdas ne distingue pas, et à juste titre, l’un de l’autre, sauf bien sûr Pierre Laurent, fanatique de l’acharnement thérapeutique pour son parti/maison de retraite. Les branlées successives du PS, y compris "frondeurs" en peau d’ lapin, en parallèle à la montée en flèche de l’abstention populaire infirment cette idée fantaisiste de déconnection attribuée comme victoire à un magouilleur sans charisme ni conviction ! Un tel article, vu son sujet, aurait plus sa place dans Gala ou Voici sous la signature de Pascale Fautrier.

    Fulgence Le 31 mai 2015 à 10:03
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  • Et les hyper-mégas-ultra branlées du pédégé ?
    800 militants pour toute la France,aucun élu.C’est ça le pédégé !
    Ta haine anti-PCF te fait délirer.
    Le rapport des forces actuel en France : est de 1/3 pour le Fhaine,1/3 pour lesRéps,1/3 PS et fdg-PCF.C’est notre réel politique,avec sur 600000 élus que quelques centaines pour le fdg-PCF.
    Pour le QI,c’est 10/10 à Pierre Laurent, 0/10 à Fulgence.
    Ce site où tu t’exprimes d’aprés toi,qui le finance ?

    Maurice Le 31 mai 2015 à 18:45
       
    • Pauvre mec, va délirer chez ton psychiatre qui doit s’inquiéter depuis ta dernière fugue et arrête la bibine, ça devient plus que lourd ta débilité sénile et tes diarrhées verbales sans queue ni tête. Dégage !

      Fulgence Le 1er juin 2015 à 00:43
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  • Alors,brute trotskyste,tu veux cogner du PCF ?
    Prends une douche froide et calmes toi.
    Fulgence,c’est toi qui a rien à faire ici.
    Tu n’es qu’un minus inculte.Ton ignorance,ne sera pas compensée par tes insultes anti-PCF.
    Tiens,apprends,tu me remercieras plus tard.
    Mais ne te gène pas continue de baver sur le PCF,j’envoie direct tes commentaires à Pierre Laurent pour qu’il mesure la réalité des pensées du pédégé..
    En introduction,puisque tes appréciations négatives sont trop souvent émises sur ce PCF dont je suis membre,voici quelques unes de mes appréciations .
    Des 35h,à la CMU,du mariage pour tous,à l’enterrement civil,de la conservation des allocations sociales, au 57% du PIB consacré au collectivisme en France,le bilan du PCF est superbe.
    Sans compter le bilan anti-raciste législatif qui sanctuarise l’antiracisme et permet aux victimes du racisme de se défendre et de gagner à coup sûr devant les tribunaux(cf:lois gayssot et corpus législatif).
    Merci au PCF dont je suis membre..et aux anciens membres du PCF comme Aubert ;total respect pour son attitude respectueuse de Georges Marchais .

    Maurice Le 2 juin 2015 à 07:35
       
    • Merci, on ne m’avait encore jamais traité de "brute trotskiste", ça me touche beaucoup et surtout ça me galvanise ! Quel humour !

      Fulgence Le 2 juin 2015 à 22:10
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  • OCI jospin cambadelis et d’autres en ont ete membres
    lors de la campagne des presidentielles de 1981 j’ai assiste au meeting du P C à Besançon l’OCI etait à l’ entree provocant le service d’ordre communiete armes de nerfs de boeuf ...la democratie socialiste en marche

    daumy roland Le 3 juin 2015 à 11:40
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  • Signez l’appel pour un rassemblement citoyen pour les élections régionales en Ile-de-France : http://www.rassemblementcitoyenidf.fr/

    Mac Cullers Le 4 juin 2015 à 11:47
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  • La question de fond est :
    peut on faire alliance ,localement,avec des membres du PS,critiques ?s’ils le veulent,car vu que le fdg-PCF, disparait,sans élus visbles,il ne peut exister,et ça renforce le monopole d’élus de gauche au PS.
    Certains se demandent,quelle différence, entre des écologistes désireux de s’associer à un gouvernement PS et des communistes désireux de s’associer à un Conseil Municipal PS ?
    C’est trés différent.Au gouvernement ,revient la responsabilité de diriger.Pas au niveau local. Il est indispensable de mettre carte sur table, de crever l’abcès pour cesser de piétiner.Car la différence est immense.
    Un conseil communal,est local.
    Un gouvernement est national et européiste.
    Au fond quoi de plus normal pour un communiste français,non-bolchévik , de s’investir dans sa commune.
    Or avec les pédégés,il ne faut pas,avoir des alliés locaux,de gauche c.a.d PS,car le parti de’ gauche(?)’,les a ex-communié.
    A ce compte,vu que les électeurs de gauche votent PS au second tour,seuls le PS aura des élus,ou l’UMP ou le FN.
    C’est d’ailleurs le cas après la stratégie suicidaire anti-électoraliste’.
    Aucune alliance,même avec des ilitants locaux PS,en phase avec le fdg-PCF,c’est un comble quand on base sa stratégie sur les élections..
    Cette perspective est inacceptable.
    Qui peut se réjouir que sur les 600000 élus de la république,seuls quelques dizaines soient de la gauche du PS ?en France ?

    adeline Le 7 juin 2015 à 07:34
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