photo PDCat
Accueil > Monde | Par Francis Viguié | 7 octobre 2017

Catalogne : une crise majeure dans l’État espagnol

Avec un PP qui a opté pour une intransigeance aveugle, le roi qui la légitime et un PSOE qui s’aligne, les compromis ne semblent plus possibles. Un référendum négocié permettrait pourtant de sortir de la crise et de définir l’indépendance catalane.

Vos réactions (5)
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Le référendum du 1er octobre est une défaite politique pour le gouvernement et le PP ! Voilà l’élément nouveau, et très important, dans la situation actuelle. Malgré l’envoi de milliers de policiers et de la Guardia Civil, le referendum a pu se tenir dans de nombreux bureaux avec une participation de 2,2 millions d’électeurs et des centaines de milliers de personnes regroupées devant les bureaux de vote.

Nous avons toutes et tous vu les images d’une Guardia Civil forçant les portes des écoles et des bâtiments publics à la recherche des urnes et des bulletins de vote, nous les avons vus aussi charger et frapper des milliers de personnes pacifiques ne cherchant qu’à assurer leur droit démocratique, celui de voter. Nous avons vu un gouvernement espagnol isolé, n’ayant que la force de sa police pour empêcher le droit à décider d’un peuple.

Ce succès du referendum s’est confirmé le mardi 3 octobre avec la grève générale. Les manifestations ont été considérables, la presse annonce 700.000 à Barcelone, 60 à 70.000 à Gérone et 10.000 à Figueras, ce qui pour ces deux dernières villes correspond à leur population. Il s’agit des manifestations les plus importantes depuis la fin du franquisme.

Déclarations guerrières du PP et du roi

Le roi, dont on nous dit qu’il a un rôle de fédérateur, a, dans un discours violemment anti-catalan, donné des gages à la droite dure et refusé toute forme de dialogue. Seule la répression et la fidélité à la "grande Espagne" trouvaient place dans son discours.

Le gouvernement PP cherche aujourd’hui les moyens juridiques et politiques contre le "droit à décider" du peuple catalan. Il vient d’inculper pour sédition le responsable des Mossos (la police catalane) et les responsables des associations ANC et Omnium. Il est décidé à aller bien plus loin. Les discussions portent sur l’utilisation de l’article 155 ou de l’article 116 de la Constitution espagnole.

[Lire aussi : "Respect du "droit de décider" pour le peuple catalan"

L’article 155 permet de supprimer un statut d’autonomie, dans la situation actuelle il s’agit de celui de la Catalogne ! Dans ce cas, la gestion est reprise par l’État espagnol en attendant de nouvelles élections, dont les partis indépendantistes comme le PDCat, ERC ou la CUP pourraient être exclus. Le PP a les moyens légaux de prendre cette décision étant donnée sa majorité absolue au Sénat, mais… pour le PSOE et le PNV, cela irait trop loin. Ne souhaitant pas affaiblir son rapport de forces, le PP n’a pour le moment pas fait ce choix.

L’article 116 valide l’état d’exception, il doit être voté en Congrès. Le volet répressif politico-juridique est des plus forts, les deux possibilités sont évoquées en attendant un choix précis. Le gouvernement a déjà de fait créé une rupture démocratique en mettant sous tutelle politique, financière et policière la Catalogne. Nous avons déjà une sorte d’état d’exception sans un vote formel du Congrès.

Le PSOE complice

Ce parti, très affaibli mais toujours à plus de 20% et 85 députés, a un rôle déterminant dans la situation. Il a choisi de coller au gouvernement du PP et, dépourvu de ligne indépendante, de rester dans le camp du bloc refusant tout débat, toute ouverture.

Pourtant, avec un peu de courage, ce parti aurait pu défendre l’estatut négocié avec le gouvernement Zapatero, voté aux Cortes par les députés PSOE, voté au parlement catalan et validé par referendum. Ce fameux estatut, qui en étant vidé de son sens à la suite de la plainte du PP, a ouvert un nouveau cycle de mobilisations. Il pourrait aussi accepter la proposition d’une motion de censure faite par Podemos. Elle permettrait de faire tomber le gouvernement de Rajoy et ouvrir une autre perspective concernant la Catalogne et les questions sociales. Mais non ! Le PSOE reste satellisé par le PP et participe directement au blocage de la situation.

Le PSOE / PSC n’est déjà plus l’ombre de ce qu’il était quand Pascal Maragall était maire de Barcelone (courant qui a scissionné pour créer le MES) : nous assistons là au final de son suicide.

Quelle indépendance pour la République catalane ?

Le Parlement catalan a voté une série de lois organisant la "déconnexion", autrement dit la rupture avec l’État espagnol. Il était prévu une annonce de la déclaration unilatérale d’indépendance dans les 48 heures suivant le referendum. Un bras de fer a eu lieu entre les partis du gouvernement (PDCat et ERC) et la CUP lors de l’élaboration de cette déclaration. Le gouvernement catalan a choisi de prendre un peu de temps et d’établir un bilan des élections le lundi 9 octobre. Cette réunion du parlement catalan se fera finalement le mardi 10, après l’intervention juridique du PS. Des hésitations se font jour sur l’annonce de la déclaration d’indépendance au sein du PDCat.

En effet, l’annonce d’une République indépendante de Catalogne ne signifierait pas que cette indépendance deviendrait réelle. Une indépendance effective suppose des négociations globales et une reconnaissance par l’Espagne, l’Union européenne, la communauté internationale… La Generalitat, l’ANC et Omnium ont démontré qu’ils dirigeaient le processus et que, jusqu’à présent ils avaient la confiance de la masse des Catalans. Après le succès des manifestations, du référendum et de la grève générale, il faut trouver une traduction politique répondant aux nouveaux besoins.

Il est maintenant trop tard pour trouver un compromis qui aurait peut-être été acceptable il y a quelques mois. Après tout ce chemin parcouru, un nouveau pacte fiscal accordant aux Catalans ce que les Basques ont acquis – comme le prélèvement de l’impôt – a peu de chances d’être satisfaisant. La mobilisation s’est construite et consolidée autour de la revendication de République catalane. Elle est mise en avant par tous les courants politiques et les puissantes associations.

L’exigence d’un "référendum négocié"

Elle peut être indépendante, mais elle peut aussi exister dans le cadre d’un état confédéral. "Une république catalane dans une confédération espagnole", telle est la position de Catalunya en Comu, le parti dirigé par Ada Colau. Podemos vient de proposer un cadre commun pour un référendum négocié donnant toutes les garanties politiques en terme de reconnaissance – l’exemple fréquemment invoqué étant l’Écosse. Dans la déclaration de Zaragoza, nous retrouvons le PDCat, ERC, Catalunya en Comu, Podemos, IU, Compromis (coalition de Valence).

La Catalogne est la manifestation la plus évidente de la crise du régime. Les trois piliers de la Transition sont aujourd’hui en plein marasme : le bipartisme n’existe plus, le régime des autonomies ne satisfait plus personne, le roi et sa famille sont au cœur des scandales de la corruption. Cette constitution ne peut rester en l’état.

Sortir de la crise suppose de donner une perspective politique. Un référendum négocié peut être la réponse à la hauteur. Le peuple catalan a démontré une capacité de mobilisation impressionnante et une auto-organisation qui l’est tout autant. En restant puissamment mobilisé, de manière pacifique mais très déterminée, il a imposé une défaite politique au gouvernement du PP, qui n’a trouvé rien d’autre que l’envoi de 10.000 Guardias Civiles pour réprimer les manifestants.

Une semaine décisive

Le gouvernement du PP est minoritaire au Parlement et le niveau de corruption de son appareil est énorme. Il est un parti fragile qui ne tient que par l’abstention des députés du PSOE. La demande de la démission de Rajoy monte dans le pays, demandée par Iglesias et Colau, et une pétition signée par 440.000 personnes en un temps record reprend cette exigence.

Nous connaîtrons mardi la déclaration du Parlement catalan et les décisions politico-judiciaires du gouvernement concernant la Catalogne. L’héritage franquiste du PP, comme nous venons de le voir, doit nous rendre très vigilants. Rajoy semble vouloir demander de nouvelles élections au Parlement catalan. Elles ne peuvent constituer une solution politique à la crise, à moins de penser qu’une nouvelle majorité PP-Ciudadanos-PSOE pourraitt sortir des élections catalanes. La faiblesse du PP et maintenant du PSC en Catalogne, la mobilisation actuelle du peuple catalan rendent ce scénario hautement improbable. De nouvelles élections ont plutôt toutes les chances de conforter les positions actuelles et de renvoyer à la situation de blocage actuel.

Nous devons intensifier notre soutien au droit à l’autodétermination, à la solidarité contre la répression et à un débouché politique comme le référendum négocié.

Vos réactions (5)
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Vos réactions

  • Perplexe...
    Avant, ne disait-on pas :
    Les prolétaires n’ont pas de patrie ?
    Le nationalisme c’est la guerre ?

    Faudra-t-il dire bientôt ?
    La Catalogne aux catalans !
    Vive le capitalisme catalan, à bas le capitalisme apatride !
    Capitalistes, prolétaires d’un pays unissez vous contre les capitalistes et prolétaires qui n’en sont pas (de ce pays) !

    Dubitatif, sur ce qui se passe las-bas et ce qui s’en dit, ici et là...

    Marc B (vaguement marxiste, je crois...)

    marc Le 7 octobre à 12:06
       
    • Il faut rappeler que Marx avait défendu en 1869 l’indépendance de L’Irlande vis à vis de l’Angleterre et que Lénine a écrit un article célèbre sur le droit des nations à disposer d’elle-même.
      Pour moi, qui ne suis pas un vrai ML..., et sans soutenir le nationalisme catalan, il est essentiel de poser comme principe de base (avant les arguties légales d’un Rajoy sur une constitution espagnole douteuse et dictée par le roi) le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes : et sans sélection ( Tibet, Kossovo, Tchétchénie, Donbass, Catalogne, Corse, Ecosse etc).
      Si le référendum qui a eu lieu en Catalogne est discutable ; la seule solution durable et pacifique passe par un référendum - sous contrôle de l’ONU s’il le faut- sur l’indépendance de la Catalogne.
      Et tout se passera bien, comme en Ecosse, quelque soit le résultats, car les peuples ne sont pas des mineurs.

      communard Le 12 octobre à 14:23
  •  
  • Bonjour
    Oui, je pense comme vous Marc, tout cela me laisse perplexe.
    Retour a des nationalismes identitaires ?, aux tribus....

    bobby Le 8 octobre à 10:42
  •  
  • Que le gouvernement leur autorise leur référendum, mais controlé par l’ONU, pas par les independantistes.

    Aprés, s’il veulent rester libre, sortir de l’Espagne, de l’Europe, qu’ils fassent, et se débrouillent par la suite tout seul avec des nationalistes au pouvoir.

    Quand à leur référendum effectué, il est illégal, controlé par les factions indépendantistes. Les résusltats, sont je suppose, truqués.

    Les minorités qui prennent le pouvoir de manière forte, je n’aime pas cà. Franco l’avait fait militairement.

    bdpif Le 8 octobre à 12:57
  •  
  • Podemos porté disparu ?

    Monsieur HR Le 11 octobre à 18:36
  •  
Forum sur abonnement

Pour poster un commentaire, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d'indiquer ci-dessous l'identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n'êtes pas encore enregistré, vous devez vous inscrire.

Connexions’inscriremot de passe oublié ?