Thomas Mathieu
Accueil > Société | Par Aline Pénitot | 25 novembre 2014

Censure de l’expo "Les Crocodiles" à Toulouse : place au sexisme !

La municipalité de Toulouse abandonne l’exposition "Projet crocodiles" sur le machisme de rue. Drôle de revirement au moment de la Journée internationale des violences faites aux femmes. Une élue de la majorité a trouvé les images « trop crues ».

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"Projet crocodile" est à l’origine une bande dessinée de l’artiste franco-belge Thomas Mathieu. Visibles sur le tumblr de la BD, ses dessins racontent des histoires de harcèlement et de sexisme ordinaire. Les hommes sont représentés en crocodiles verts, alors que les femmes sont croquées de manière réaliste en noir et blanc. Pour Thomas Mathieu, « le crocodile, c’est pour moi une image qui englobe de nombreuses idées comme le privilège masculin, le sexisme, les clichés sur le rôle de l’homme et la virilité, et même la peur de croiser quelqu’un dans la rue sans savoir s’il va vous faire du mal ».

Jean-Luc Moudenc, le maire UMP et président de Toulouse-Métropole, juge bon d’arbitrer en faveur du retrait du projet le 17 novembre dernier. Les élus socialistes parlent alors de censure, en vain. Julie Escudier, élue UMP, déclare à France 3 : « Qui voit ces planches concrètement ? Les enfants, les adolescents, comment est-ce que ça peut-être perçu ? Est-ce qu’on traite la violence par la violence ? Est-ce que c’est la façon de concevoir la présentation pour faire en sorte d’endiguer ou de lutter contre les violences. » Si quelques dessins du tumblr peuvent paraître un peu trash, les planches qui devaient être exposées dans les rues de Toulouse avaient été choisies par la Ville. Elle n’a pas cru bon de prévenir Thomas Mathieu.

Répondre aux violences

La bande dessinée Les Crocodiles dévoile la réalité du harcèlement de rue, elle met en scène des situations ordinaires d’agressions verbales ou physiques, de machisme et de sexisme courant. Elle est basée sur des témoignages réels. Elle indique aux femmes de multiples manières de répondre à ces violences. Nathalie Van Campenhoudt, éditrice, déclare à Livre Hebdo : « La BD Les Crocodiles participe, à sa manière, à un des combats selon moi majeurs de ce début de XXIe siècle, à savoir la lutte contre tous les comportements visant à imposer une domination aux femmes simplement parce qu’elles sont femmes, contre la violence physique et symbolique à laquelle les femmes sont encore trop souvent confrontées dans leur vie quotidienne. »

Les conséquences d’une telle annulation sont doubles. La municipalité ne fait pas que dénier aux adolescents le droit d’être sensibilisés aux combats pour l’égalité ; par son geste politique, elle légitime le sexisme au moment même de la Journée internationale des violences faites aux femmes.

Les Crocodiles, de Thomas Mathieu, éditions Le Lombard, 18 euros.

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  • Avez-vous pris en compte, avant de vous indigner, le fait que cette exposition n’était pas limitée à un lieu privée, mais offerte en pleine rue. L’expression "exposition en pleine rue" me paraît quant à moi contestable. La liberté me semble consister en le choix, ou non, d’aller dans un lieu pour se confronter à des idées. Un citoyen pourra s’interroger parce qu’il en aura pris l’initiative.
    Ici, des dessins crus, servant une cause en faisant le choix de la vulgarité (qui répond à la violence du sexisme), sont offerts aux regards de tous. Certes, un enfant, un adolescent, un adulte devront lire ces images. Mais imaginons que l’artiste en question ait choisi une approche encore plus "trash", encore plus réaliste ?
    Ce n’est pas le fond du propos qui est contestable - chaque artiste défendra sa vision, son combat. Mais il s’agit là d’imposer une vision, et non de porter à la réflexion. Cette censure n’a rien à voir avec la fermeture d’une galerie d’art, par exemple. Car oui, il s’agit de censure, mais on peut être "de gauche", et s’indigner de ce que ces œuvres soient exposées comme on le fait des panneaux publicitaires, pour lesquelles on n’hésite pas à parler de "pollution".
    Lutter contre le sexisme, oui, mais pas par le choc, par la violence imposée.

    Pierre Minus Le 26 novembre 2014 à 05:42
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  • Ce qui choque ce n’est pas le style en lui-même mais le choix du sujet.
    Il est encore quelques réactionnaires, misogynes bien placés pour faire capoter une nécessaire éducation.
    Et bien sûr, ce sont encore les femmes qui en font les frais.
    PS : M Minus, le fait que ce soit dans la rue ne change en rien que ce soit une censure indigne. Personne n’est obligé de regarder les dessins pas plus que personne n’est obligé de regarder une publicité.

    PierreP Le 29 novembre 2014 à 18:13
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  • Si personne n’est obligé de regarder les publicités, alors vous devez être bien indifférent à la décision du maire de Grenoble. Pour moi, je l’approuve.

    Pierre Minus Le 1er décembre 2014 à 14:20
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  • Cette BD est une BD raciste. Représenter les hommes en crocodiles et les noirs en singes est la même expression raciste de condamnation collective et indifférenciée : http://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/la-guenon-et-le-crocodile-160337

    Orélien Péréol Le 7 décembre 2014 à 09:00
       
    • Entièrement d’accord. L’image de l’homme représentée dans cette BD est à vomir. et tous les hommes y passent, il n’y a pas de distinction. Cette BD, c’est vraiment du sexisme.

      Toto Le 12 décembre 2014 à 18:47
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  • Un lien vers quelqu’un qui fait de la BD et qui a le même argument que moi (représenter les hommes en crocodiles et les noirs en singes et guenons est la même chose).

    Il raconte des histoires vécues de femmes harcelant des hommes en représentant la femme de l’histoire et seulement la femme de l’histoire en vipère. Une de ces femmes blesse son compagnon à coup de ciseaux et fait recevoir au commissariat une plainte en violence conjugale (elle renverse sans difficulté le bourreau et la victime).

    http://www.jaime-ca.org/article-bd-le-harcelement-de-rue-124194915.html

    J’appelle à un féminisme partagé.

    Orélien Péréol Le 13 décembre 2014 à 00:58
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  • (le 14 janvier 2015) : Et je parie qu’une bonne partie de ces chers censeurs étaient tous bien hypocritement dans la rue dimanche pour la liberté d’expression...

    jesuisla BDcrocodile Le 14 janvier 2015 à 15:10
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  • Citation de Stendhal : "Un roman est un miroir qui se promène sur une grande route. Tantôt il reflète à vos yeux l’azur des cieux, tantôt la fange des bourbiers de la route. Et l’homme qui porte le miroir dans sa hotte sera par vous accusé‚ d’être immoral ! Son miroir montre la fange, et vous accusez le miroir ! Accusez bien plutôt le grand chemin où est le bourbier, et plus encore l’inspecteur des routes qui laisse l’eau croupir et le bourbier se former."
    Remplacez roman par planches de BD et on revient au XIXème ! Ce ne sont pas ces dessins et ces bulles qui sont vulgaires ou immorales ou trop choquantes, ce sont les actes commis par les harceleurs ou les violeurs ! C’est la réalité qui est vulgaire et affreuse ! Marre de la censure, sous quelque forme que ce soit.
    Bon après, pour ce qui est de la qualité de la BD, c’est un autre débat et je ne la compare pas aux grandes oeuvres censurées du XIXème siècle.

    de Toulouse Le 3 mai 2015 à 15:23
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  • Un homme qui a protégé sa femme qui a survécu.
    Les hommes sont condamnables de naissance. On peut tous les dessiner en crocodile. Qu’en dites-vous, Mme Autain ? Qu’en dites-vous M Mathieu ? Dessinerez-vous ce crocodile-là ?
    http://m.lavoixdunord.fr/region/ludovic-boumbas-mort-en-heros-dans-les-attentats-de-ia0b0n3194909#utm_medium=redaction&utm_source=twitter&utm_campaign=page-fan-lille

    Orélien Péréol Le 6 décembre 2015 à 09:52
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  • Maryse Wolinski dit que son mari Georges l’a protégée et qu’elle s’est trouvée "dans la vraie vie" après sa mort. Elle parle de lui comme d’un homme délicieux...
    tous les hommes sont des crocodiles, selon vous.

    Orélien Péréol Le 12 janvier à 23:54
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