Accueil > Politique | Entretien par Catherine Tricot | 10 février 2015

Clémentine Autain : « Un de nos défis est de redonner goût à la politique »

Clémentine Autain mène une vie sur plusieurs fronts. Directrice de Regards, elle est élue de Sevran et porte-parole d’Ensemble, amoureuse des livres et des idées. De tout cela, elle a tiré un ouvrage singulier, "Nous avons raison d’espérer". Qu’elle présente.

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Regards. Ton nouveau livre Nous avons raison d’espérer ressemble à un carnet de bord, une chronique de tes expériences, réflexions, lectures des derniers mois. Pourquoi cette forme éclatée ?

Clémentine Autain. La vie politique est aujourd’hui perçue comme un espace clos sur lui-même. Les grandes idéologies ont failli, et singulièrement à gauche, et l’idée que la politique peut transformer positivement nos vies a pris du plomb dans l’aile. Les représentants politiques apparaissent enfermés dans leur monde et dépourvus d’intérêt véritable pour la société, sa réalité et son avenir. De ce constat, je retire que l’un de nos défis est de redonner goût à la politique, au sens fort du terme. C’est elle qui façonne nos vies. Pour mener à bien cette entreprise, je crois qu’il faut trouver des manières nouvelles, différentes, de raconter le monde et notre projet. Partir du quotidien est une façon de redonner du concret, de la chair au récit politique. Alors qu’elle semble perchée dans le monde technocratique ou abstraitement idéologique, la politique est présente au bureau comme au supermarché, dans le métro ou dans nos amours. C’est une façon d’expliquer par le menu ce que le néolibéralisme, le consumérisme ou le sexisme produisent sur nos vies, et de tenter ainsi de susciter le désir de transformer cet ordre des choses injuste et aliénant. C’est aussi une façon de donner à voir ce qui, dans la société, résiste et invente, comme autant de points d’appui pour construire un autre monde.

« Une tentative pour s’adresser à d’autres publics que les militants aguerris »

Il s’agit aussi de faire le lien entre tous ces fragments ?

Le caractère fragmenté du livre part d’un autre constat : nous cherchons les voies pour articuler, dans un nouveau tout, les combats émancipateurs, c’est-à-dire la critique du capitalisme mais aussi du productivisme, de l’hétéro-sexisme, de toutes les formes de racisme ou du développement inégalitaire des territoires. Après les échecs des expériences de type soviétique et les impasses de la social-démocratie, nous cherchons la stratégie de transformation du XXIe siècle. J’ai voulu écrire un livre sincère, qui ne raconte pas de salades mais porte des convictions, une cohérence, une stratégie et exprime aussi des doutes – qui sont utiles pour avancer. J’ai voulu montrer que nous sommes en chemin et que nous avons le devoir de réussir. Et pour y arriver, il faut espérer. Car nous nous mobilisons d’autant plus et mieux que nous sommes portés par une projection collective dans un avenir meilleur.

Mi-livre politique, mi-journal, parfois assez littéraire, ne crains-tu pas de déboussoler tes lecteurs ? À qui t’adresses-tu ?

Ce livre est une tentative pour s’adresser à d’autres publics que les militants aguerris, même si ce livre s’adresse aussi à eux. Nous avons à convaincre celles et ceux qui pensent comme nous ou pas loin de nous – et ils sont nombreux, je veux même croire qu’ils sont potentiellement majoritaires dans le pays – mais ne trouvent pas leur compte dans nos discours formatés, parfois datés ou répétitifs. Je n’ai pas peur de déboussoler, car j’assume de prendre ce risque : mon angoisse profonde, c’est de ressasser les mêmes formules et de tomber sur les mêmes murs, ceux qui ne nous permettent pas de sortir des cercles de convaincus. Et je fais le pari que "mes" lecteurs, c’est-à-dire ceux qui me connaissent, retrouveront dans ce livre mes boussoles et ma quête d’autrement pour parler et faire de la politique.

Tu vas renoncer à faire des livres classiques, des essais ?

Non ! Sans doute le prochain sera-t-il plus classique…

En général, les dirigeants politiques de la gauche disent "nous". Toi, ici, tu dis "je". Que cherches-tu ? Nous faire rentrer dans ta vie quotidienne ? Créer un sentiment de proximité ?

Je crois cette forme très contemporaine. Dans les romans de notre époque, l’autofiction a le vent en poupe. Les réseaux sociaux porte aussi le sceau de ce récit personnel qui cherche à rencontrer l’histoire commune. Le lien entre le personnel et le politique est l’une des marques de fabrique féministes. Ainsi, à partir de nos quotidiens, nous avons inventé la critique du patriarcat et invité dans le débat public des questions enfermées dans la sphère dite privée. Je suis faite de ce bois-là. J’emprunte ce va et vient entre l’individu et le collectif au féminisme car je suis convaincue que cette articulation entre le "je" et le "nous" est l’une des questions clés du moment et l’un des leviers pour que notre espace politique grandisse. Ce n’est pas un hasard si le slogan le plus arboré dans les manifestations ces dernières années est : « Je lutte des classes ». La subjectivité est aussi un moyen de faire passer un message plus authentique. La politique connue aujourd’hui pour sa langue de bois en a besoin.

« Les exemples de Syriza et de Podemos montrent que tout peut aller très vite »

Tu affirmes en titre « Nous avons raison d’espérer ». Quand on termine la lecture on se dit que tu as la foi du charbonnier : les raisons d’espérer ne sont pas si nombreuses… C’est ton côté volontariste ?

Je préfère les discours lucides aux promesses de grands soirs pour demain qui ne viennent pas. La période que nous traversons en France est difficile : la situation sociale, économique, environnementale, démocratique, morale, est préoccupante. La peur domine. Tout est au rouge. Et pourtant, notre gauche n’a pas la main. Les forces qui résistent et inventent sont nombreuses dans le pays, mais elles sont éclatées. Dans ce moment de grandes tensions, nous devons regarder les freins à notre percée comme les potentialités pour parvenir à percer. Même si les situations des pays sont différentes, les exemples de Syriza et de Podemos montrent que tout peut aller très vite. C’est pourquoi nous avons raison d’espérer. En réalité, nous en avons le devoir car sinon, pourquoi se mobiliser, militer ou voter ? Or, c’est bien la capacité du peuple à faire mouvement qui peut changer la donne. Il ne peut y arriver sans une part de détermination positive et de sentiment de participer à une bataille commune porteuse de mieux vivre.

Tu croques un air du temps. Tu le sens comment notre moment ?

Difficile. Ce qui est motivant, voire enthousiasmant, c’est que les choses ne sont pas figées. Elles sont en tension. Les possibilités pour la gauche de transformation sociale et écologique sont plus ouvertes qu’on ne le croit. Il nous faut travailler, chercher, fédérer, et surtout ne pas se résigner.

Qu’as-tu lu récemment qui te donne envie d’avoir envie ? Qu’est-ce que tu écoutes en ce moment qui te fait chanter ?

Pas pleurer de Lydie Salvaire m’a bouleversée. Elle donne la rage de la liberté. Et, en ce moment, j’écoute en boucle Fauve : « La tête haute, un poing sur la table et l’autre en l’air ».

Dans le e-mensuel de Regards, c’est toi qui a eu l’idée de solliciter des amis avec le questionnaire de Proust. À ton tour, dis-nous quelle est ton héroïne, ton héros dans la fiction ? Et dans la réalité ? Quel est ton principal défaut ? Ton auteur préféré ?

J’ai beaucoup de mal avec les héros et les héroïnes… Je ne fonctionne pas vraiment avec un modèle. Dans la fiction, je dirais Mary Poppins parce que sa joie et son pouvoir magique qui nous porte au-delà du réel nourrissent mon imaginaire depuis l’enfance. Dans le réel, ce serait Hubertine Auclert parce que l’imaginer devant un parterre d’hommes dans un congrès du mouvement ouvrier au début du XXe siècle, expliquant que les femmes doivent être les égales des hommes, me donne la chair de poule. Je ne sais pas dire mon principal défaut, j’hésite entre plusieurs, mais celui qui me pourrit la vie, c’est la distraction. Mon auteur préféré, c’est une torture comme question… Sans doute Dostoïevski.

Nous avons raison d’espérer. Fragments de vie politique, Clémentine Autain, Flammarion, 16 euros.

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  • Merci pour ce moment.

    Fulgence Le 11 février 2015 à 09:43
  •  
  • C’est bien parce que nous avons le goût de la politique que nous refusons tripatouillages, faux semblants, chausse-trappes, et autres entourloupes auxquels nous a habitués le FDG après 2012. Ne pas ouvrir le FDG à l’adhésion directe a été une erreur fatale à ce mouvement pourtant prometteur. Céder à toutes les injonctions du PCF dans son organisation a signé son arrêt de mort. Créer un nouveau rassemblement théodule, pourquoi pas, tant qu’on ménage la paranoïa des camarades communistes.

    Mac Cullers Le 11 février 2015 à 10:03
  •  
  • Comment donner du goût à la politique avec un logiciel auto-limitant comme celui proposé par Autain ?
    Il est à l’image de la’gôche’ en général,suffisant et limité à la ’gôche bcbg’ durablement décridibilisée.
    A l’instar de l’interview de Krivine dans la dépêche,p34 aujourd’hui,où le journaliste est trés complaisant.
    En particulier quand,Krivine dit que Syriza n’est pas transposable en France.
    Evidemment,surtout avec des dirigeants comme Krivine ou Autain.
    Le journaliste,oublie de dire que c’est parce que Syriza a fait alliance avec un parti de Droite,l’ANE,Souvereiniste ,qu’il gouverne aujourd’hui.
    Comme le fit le PCF dans le CNR de 1947..
    En France,Mélenchon,Krivine ou Autain sont incapables de telles alliances pour sortir de l’euro alors que c’est ce qu’a fait Syriza.Pourquoi le cacher ?
    C’est écoeurant ce tapis rouge aux gauchistes et à la désinformation,mais révélateur de l’enfumage gauchiste....
    S’appeler ’Ensemble’ et refuser les alliances avec les souvereinistes pro-sortie de l’euro est une impasse totale.
    Comme le but politique d’Autain est de faire sans cesse des leçons de morale gauchiste,cela ne la gène pas...Mais surtout,ne la croyez pas car ,elle ment.
    Heureusement qu’Ambroise Croizat,ministre PCF allié à de Gaulle en 1947,n’a pas raisonné comme cela sinon nous n’aurions : ni Sécurité sociale,ni allocations chômages,ni allocations familiales,ni l’état providence français actuel....
    Quand Autain comprendra t elle, que faire de la politique comporte des exigences intellectuelles et comportementales,si elle veut entraîner l’adhésion ?
    La démagogie manipulatrice écoeure plus qu’elle n’attire..

    mohamed Le 11 février 2015 à 10:06
       
    • Le journaliste,oublie de dire que c’est parce que Syriza a fait alliance avec un parti de Droite,l’ANE,Souvereiniste ,qu’il gouverne aujourd’hui.

      Non, Syriza gouverne parce qu’il est arrivé en tête aux élections et était le seul parti en position de rassembler une majorité parlementaire. Ensuite, pour constituer cette majorité, il n’y avait (apparemment) pas d’autre moyen qu’une alliance avec cette droite nationaliste et anti-austéritaire. M’étonnerait beaucoup que Syriza n’eût pas préféré gouverner sans cet allié un peu encombrant tout-de-même.
      La solution ne passe pas forcément par une alliance miracle entre anti-austéritaires de tous bords et n’en découlerait pas automatiquement.

      BLep Le 11 février 2015 à 10:57
  •  
  • Pour compléter le message de Blep, le KKE (parti communiste grec) n’a jamais fait alliance avec Syriza, ni jamais appelé à voter pour lui, alors que souvent Syriza s’est désisté pour le cas KKE lorsqu’il était en position plus favorable. Pour l’élection au Parlement, même refus du KKE. C’est le programme de Syriza qui va être appliqué et pas un autre (voir sur le site http://www.okeanews.fr/20150208-malgre-la-pression-tsipras-ne-recule-pas)

    Fulgence Le 11 février 2015 à 11:27
  •  
  • ’Ensuite, pour constituer cette majorité, il n’y avait (apparemment) pas d’autre moyen qu’une alliance avec cette droite nationaliste et anti-austéritaire.’..
    BLep me donne raison.
    En france la gauche radicale refuse ’d’aller aux affaires’.
    Elle ne se donne pas les moyens d’avoir des élus.
    Avant le PCF avait des élus,maintenant ,à force de suivre les ’délires-délires’ gauchistes,il n’a plus d’élus,alors qu’avant le Fdg,il en avait plus de 8000 !
    Autain,comme Mélenchon,Krivine propose la ’masturbation intellectuelle’,comme débouché politique ,c’est bcp plus faible que Syriza ou Podemos.
    En effet,si Syriza,a été capable de s’allier avec un parti de droite et d’avoir 36% des voix ,c’est qu’ils ont su s’ouvrir aux autres,pour être ensemble,alors qu’Autain,comme Mélenchon,Krivine ne se préoccupent que de faire vivre les délires gauchistes sans relation avec le réel,l’Etat,les institunions,les collectivités:Presque Zéro élus en France après les prochaines départementales-régionales,en route vers un FN pérenne à 30%,une gauche radicale au maximum à 3ù% comme nous l’avons vu dans le Doubs.
    Seul l’UMPS/FN profite des discours auto-destructeurs irréels de Autain, Mélenchon,Krivine,Laurent..

    mohamed Le 11 février 2015 à 11:36
       
    • BLep me donne raison.

      Pas du tout.

      Vous semblez dire (si j’ai bien compris) que Siryza a gagné parce qu’il s’est allié à la droite (et que le PCF devrait donc suivre cet exemple plutôt que de se commettre avec des gauchistes tels que "Autain, Mélenchon etc.")

      On peut se souvenir d’abord que quand le PCF s’est allié au PS lors des dernières municipales on n’a pas assisté à un triomphe. Vous direz peut-être qu’il n’est-il pas allé assez loin et aurait dû hardiment conclure des accords électoraux avec l’UMP, l’UDI ou le FN ?

      Pour en revenir à la Grèce : Siryza a gagné parce qu’il a défendu des positions clairement anti-austéritaires qui ont convaincu une large part des électeurs, et seulement ensuite, après avoir gagné, a fait alliance avec un parti de droite, par la simple nécessité de pouvoir constituer une majorité parlementaire.

      L’histoire dira s’il a eu raison de le faire. Mais vous, vous mettez la charrue avant les boeufs.

      BLep Le 11 février 2015 à 22:10
  •  
  • Faisons la synthèse des posts ci-dessus :
    Comment donner du goût à la politique avec un logiciel auto-limitant comme celui proposé par Mélenchon ou Autain ?
    Ce discours de la gauche radicale est à l’image de la’gôche’ en général,réducteur et limité à la ’gôche bcbg’, durablement décridibilisée.
    A l’instar de l’interview de Krivine dans ’la dépêche’,p34 aujourd’hui,où le journaliste est trés complaisant avec ’l’ancêtre’.
    En particulier quand,Krivine dit que ’Syriza n’est pas transposable en France’.
    Evidemment !
    Krivine ne dit pas que Syriza est allié avec un parti chrétien de Droite.
    Mais Krivine ne dit pas pourquoi ,puisqu’il dirige comme Autain,cette gauche si radicale qu’elle s’est auto-limitée,dans sa remise en cause de l’ordre européiste établi.
    Ainsi comme Autain ou Mélenchon,Krivine ne demande pas la sortie de l’euro.
    Le journaliste,oublie de dire aux lecteurs de son journal,que c’est parce que Syriza a fait alliance avec un parti de Droite,l’ANE,Souvereiniste ,qu’il gouverne aujourd’hui.
    Comme le fit le PCF dans le CNR de 1947..C’est grâce à l’alliance entre autre mais principalement,avec le courant Gaulliste que la France a acquis sa dimension sociale et collectiviste de 2015 .
    En France,Mélenchon,Krivine ou Autain sont incapables de telles alliances pour sortir de l’euro alors que ,Syriza,l’a fait.Pourquoi le cacher ?
    C’est écoeurant ,ce tapis rouge aux gauchistes et à la désinformation,mais révélateur de l’enfumage actuel....
    S’appeler ’Ensemble’ et refuser les alliances avec les souverainistes pro-sortie de l’euro, est une impasse totale.
    Comme le but politique de Autain-Mélenchon est de faire, sans cesse des leçons de morale gauchiste,cela ne le gène pas...Mais surtout,ne le croyez pas car ,il ment.
    Heureusement qu’Ambroise Croizat,ministre PCF allié à de Gaulle en 1947,n’a pas raisonné comme Autain-Mélenchon.
    Sinon nous n’aurions : ni Sécurité sociale,ni allocations chômages,ni allocations familiales,ni l’état providence français actuel....
    Quand Autain-Mélenchon, comprendront t ils, que faire de la politique comporte des exigences intellectuelles et comportementales,pour entraîner l’adhésion ?
    La démagogie manipulatrice écoeure plus qu’elle n’attire..
    Syriza gouverne parce qu’il est arrivé en tête aux élections !
    Il était le seul parti en position de rassembler une majorité parlementaire. Ensuite, pour constituer cette majorité, il n’y avait (apparemment) pas d’autre moyen qu’une alliance avec cette droite nationaliste et anti-austéritaire. Cela m’étonnerait beaucoup que Syriza n’eût pas préféré gouverner sans cet allié un peu encombrant tout-de-même.Mais il a été conséquent et.En France
    La solution passe forcément par une alliance miracle ent s’est allié avec l’ANE puisque le KKE a refusé.
    En France,c’est aussi la solution cette alliance des anti-austéritaires de tous bords et ne découlera pas automatiquement d’une improbable majorité absolue du PG ou d’’ensemble’.
    le KKE (parti communiste grec) n’a jamais fait alliance avec Syriza, ni jamais appelé à voter pour lui, alors que souvent Syriza s’est désisté pour le cas KKE lorsqu’il était en position plus favorable. Pour l’élection au Parlement, même refus du KKE.
    Pourtant,c’est le programme de Syriza qui va être appliqué et pas un autre,grâce à son alliance tactique avec l’ANE.
    Magistral !Pourquoi cela ne peut il pas se faire en France.
    A cause de la ’gôche’ ????
    Vous voyez les raisons,qui font qu’Autain-Mélenchon est trés loin de valoir Tsipras.
    Jugez en:Parmi les mesures préconisées dans le plan de Thessalonique annoncé le Dimanche 8 Février, le gouvernement grec Syriza,a annoncé une série d’initiatives pour remédier à l’« urgence sociale » que vit la Grèce. Le plan exigerait un investissement de 2 milliards d’euros, une somme que l’exécutif a l’intention de lever par une lutte plus efficace contre la fraude fiscale et par de nouveaux impôts sur les hauts revenus.

    1. Plan de lutte contre la pauvreté

    "Nous allons donner de la nourriture, de la lumière, des abris et de l’assainissement à des dizaines de milliers de familles qui ont faim et vivent dans l’obscurité", a déclaré Alexis Tsipras au Parlement grec. Le plan de Syriza prévoit de fournir une aide alimentaire et l’électricité gratuite à 300 000 foyers.

    2. Une nouvelle interdiction des expulsions

    Les Expulsions des maisons d’une valeur inférieure à € 200 000 ont déjà été interdites en 2008. Le moratoire a été reconduit d’année en année jusqu’à Décembre dernier quand l’interdiction n’a pas été renouvelée par le gouvernement précédent. En présentant son programme au parlement, Alexis Tsipras a annoncé un nouveau moratoire.

    3. Hausse du salaire minimum

    La hausse du salaire minimum, qui était déjà prévue dans le programme électoral et a été confirmée dans le discours inaugural pour améliorer les conditions de vie de la population grecque. Par étapes, "pour laisser le temps aux partenaires sociaux", le salaire minimum passera de 586 euros courants à € 751. Il dépassera largement le salaire minimum espagnol de € 648. Tsipras a également avancé une réforme du marché du travail pour les moins de 25 ans avec des « droits égaux » et affirmé que l’économie n’est pas basée sur les bas salaires et les travailleurs sans droits.

    4. Réforme des administrations

    Le gouvernement grec a annoncé un plan visant à réduire les dépenses publiques. La première étape se fera au cours des six prochains mois. Le gouvernement a réduit de 30% son personnel au siège du gouvernement et de 40% les escortes Premier ministre. Il vendra un des trois avions à la disposition de l’exécutif et le droit à une voiture officielle du personnel des différents ministères sera examinée. L’objectif est de réduire de moitié la flotte de 7500 voitures dont le coût est de € 700 000.

    5. Réintégration des licenciés du gouvernement précédent

    Dans la même session parlementaire Tsipras a annoncé que les fonctionnaires licenciés irrégulièrement pour répondre aux exigences de la troïka vont être réintégrés. Cela pourrait affecter 3500 personnes. Parmi eux, 595 employés du nettoyage ministère des Finances qui manifestent fermement depuis un an contre leur licenciement.

    6. Réouverture de la télévision publique

    Fermée en 2013 par le gouvernement de Antonis Samaras , la réouverture du canal servira à "réparer le crime contre le peuple grec et la démocratie" selon les mots du Premier ministre. Le 7 Novembre de cette année, la police a expulsé les travailleurs qui ont résisté à la fermeture de la télévision publique grecque. Syriza avait proposé à cette occasion une motion de censure contre le gouvernement.

    7. Arrêter les privatisations

    Tsipras a annoncé qu’il ne privatisera pas les réseaux et les infrastructures du pays "notre patrimoine nationale, et notre richesse naturelle" Le Premier ministre n’a pas caché son intérêt pour attirer les investissements étrangers et tous les investissements qui créent des emplois, à condition qu’ils favorisent « l’intérêt public ». "Vendre des actifs nationaux pour payer une dette insoutenable est un crime », a-t-il dit. En plus d’annoncer la révocation de la vente du port du Pirée aux Chinois, le gouvernement a annoncé qu’il allait bloquer la vente d’une partie de PPC, une société détenue à 51% du gouvernement qui contrôle l’essentiel du marché de l’électricité en Grèce.

    8. Santé universelle et gratuite

    Une autre annonce de Tsipras a été la restauration des soins de santé universels et gratuits dans un pays où un tiers de la population n’a pas accès à ce service public, car la couverture est perdue après plus d’un an au chômage ou en cas d’incapacité à payer les cotisations. Cette absence de couverture avait conduit à la création de pharmacies et de cliniques sociales autogérées comme de nombreuses structures apparues pendant la crise . Le ministre Andreas Xanthos a supprimé les cinq euros que les Grecs doivent payer chaque fois qu’ils vont à l’hôpital et l’euro qu’ils doivent payer pour chaque ordonnance.

    9. Nationalité grecque pour les enfants d’immigrés

    Les enfants nés et élevés en Grèce auront droit à la citoyenneté grecque, une mesure que ne partage pas son partenaire au gouvernement, le Parti de droite xenóphobe nationaliste des Grecs indépendants (ANEL).

    10. Hausse des pensions

    Une autre mesure pour faire face à la « crise humanitaire » est la reprise de la prime pour les pensions de moins de 700 euros, éliminée par le gouvernement de Antonis Samaras. Une mesure qui sera complétée à partir de la fin de 2015 par la hausse des pensions les plus basses. Pour financer cette augmentation des dépenses, le Premier ministre a annoncé la création d’un fonds de pension financé par les recettes de l’exploitation des ressources naturelles.

    11. La lutte contre l’évasion fiscale

    Parmi les initiatives prioritaires pour couvrir les augmentations des dépenses sociales, qui ont été réduites de 60% depuis le début des plans d’austérité, Tsipras mentionne la lutte contre l’évasion fiscale et une réforme fiscale pour faire payer les riches. Le barême des impôts sera modifié de telle sorte que ceux qui gagnent moins de € 12 000 par an n’auront rien à payer (les impôts sont prélevés à la source pour les salariés, contrairement à ce que beaucoup d’Européens croient "Les Grecs ne payent pas leurs impôts", les salariés SI, ils n’ont pas le choix !), tandis que les contrôles seront beaucoup plus fermes pour les hauts revenus. De même, Syriza a annoncé l’élimination de la taxe sur la résidence principale, une mesure qui sera accompagnée de la création d’une nouvelle taxe sur les grandes propriétés.
    Pour info ;Manifestation de Soutien au peuple grec Dimanche 15 février 2015 à 15h à République.

    mohamed Le 11 février 2015 à 21:32
  •  
  • En 2016,la gauche de la gauche n’aura plus quasiment d’élus !
    La catastrophe électorale inégalée depuis le 19ième siècle va s’amplifier aux départementales et régionales.
    ’Ensemble’ si prolixe sur la chute du pcf,ne dit rien sur son propre échec ?
    Quand ferez vous de la politique sérieusement ?
    Toutes les gauches sont en implosion. Que décident-elles ? Tous ont décidé de continuer les mêmes lignes et pratiques politiques perdantes.
    Pour elles, on ne change pas les équipes qui perdent !
    Pire, elles sont persuadées que cette déroute de 2014 n’est due qu’à une mauvaise ’communication ou une mauvaise pédagogie’ et qu’en expliquant mieux, tout rentrera dans l’ordre.
    Les augures des élections de 2015 sont encore plus sombres ? aucune importance, au fond de l’impasse, le mur, alors on accélère pour aller vers un crash spectaculaire !
    Jamais ne les effleure l’idée que la majorité des ouvriers et des employés (53 % de la population) a très bien compris et qu’elle a décidé, puisque les gauches ne changent pas de ligne et de pratique politiques,depuis 35 ans, de ne plus voter pour elles et de s’abstenir ! Sans forcément le savoir, elle applique la célèbre formule d’Albert Einstein : On ne résout pas les problèmes avec le mode de pensée qui les a engendrés !
    Ce n’est pas la prolifération des nouveaux Jésus-Christ ou Mahomet qui donnera une solution à la crise globale systémique que nous connaissons. Ceux-là proposent de rejeter tous les apports du mouvement ouvrier et de la République sociale par une idée simpliste, une simple mesure qualifiée de bon sens censée régler tous les problèmes de notre temps : suppression de la démocratie représentative et de la démocratie directe au profit d’un tirage au sort, suppression des politiques sociales au profit d’un revenu à vie, etc.
    Et malgré le best-seller de feu Stéphane Hessel, déjà remplacé par Zemmour,ce n’est pas la gauche de l’indignation qui nous mettra seule sur le chemin de l’émancipation. D’autant que cette gauche qui lutte pour la participation au pouvoir des discriminés visibles n’a pas un mot contre l’éradication quasi-totale de la majorité invisible des ouvriers et employés (hommes ou femmes d’ailleurs !) de tous les postes de responsabilités du pouvoir politique et de la plupart des postes de responsabilité des organisations .
    Voilà qui rend plausible la perspective mortifère d’un deuxième tour de type 2002 en 2017 ! Bien sûr, on nous proposera au dernier moment, sans foi ni loi, l’alliance la plus large pour s’opposer à l’extrême droite : autant dire les trente années précédentes n’auront servi à rien…
    Se ressaisir alors qu’il en est encore temps n’est pas possible,au vu des conceptions déconnectées de l’état et des réalités qui font florès !

    colombe Le 14 février 2015 à 10:26
  •  
  • Redonner le goût de la politique ? Le FN le fait.

    totoLegrand Le 14 février 2015 à 14:57
  •  
  • Candidate aux prochaines éventuelles primaires de la gauche de transformation sociale....car elle pense être acceptée par le PCF...à la différence de JLM...

    Dominique FILIPPI Le 14 février 2015 à 23:26
  •  
  • Dire "Même si les situations des pays sont différentes, les exemples de Syriza et de Podemos montrent que tout peut aller très vite..." est aussi ridicule que d’avoir clamé, en France, "On a gagné" après la victoire de Syriza.
    Le problème essentiel en France est qu’il n’y a pas de large mouvement populaire se préoccupant de la vie quotidienne de tous ceux qui y vivent.
    Les multiples micro mouvements, qui se déchirent à la gauche du PS pour récupérer ce qui subsiste du PCF, ne peuvent prétendre représenter le peuple. La "modernité" de certains de ces mouvements ne peut cacher leur parisianisme et leur distance avec le monde du travail et des sans droits.
    Mais il n’est pas facile de vouloir remplacer le maillage culturel communiste créé avec le PCF dans l’élan de 1945. Malgré les travers et les erreurs du PCF des années 50-70 il faut lui reconnaitre son rôle d’éducation populaire et l’adhésion des couches populaires les moins nanties.
    On ne remplacera pas le travail nécessaire et patient en France pour rassembler contre l’austérité et pour une politique de paix en se réclamant des succès de Syriza, de Podemos ou die Linke pour exemplaires qu’ils soient.

    JP Merlo Le 15 février 2015 à 10:33
  •  
  • ok avec jp merlo ; ex-militant de la lcr des années 70, il était très facile pour notre génération ( né en 56) de critiquer le pcf et son alignement stalinien sur Moscou ( surtout en politique extérieure) ; mais çà ne doit pas effacer toute la culture populaire et le travail fait dans les années 50,60 et 70 sur le terrain social qu’aucune organisation n’a pû remplacer depuis..et que l’on paye maintenant. Quand à un programme anti-austérité de gauche qui fasse se lever les sans-droits aujourd’hui, la faute incombe majoritairement à cette social-démocratie qui est bien la 1ère responsable de la montée du FN et de l’extrême-droite en France aujourd’hui ! c’est bien cette illusion d’une 3è voie ( qui se dit sociale sans être anti capitaliste ) qu’il faut combattre !

    jm pelat militant à ensemble 84 Le 15 février 2015 à 14:28
  •  
  • Merci Clémentine pour votre action, votre lucidité, et pour l’intelligence de vos propos. Vous seule êtes capable de tous nous réunir.
    Un soutien fort de ma part.

    Titus Le 15 février 2015 à 18:48
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  • Zemmour a bien expliqué pourquoi le FN en France est l’équivalent de Syriza ou de Podemos. Parceque la sociologie de la France est totalement différente de celle de la Grèce ou de l’Espagne, qui ont respectivement aucun et très peu d’immigrés. La Grèce et l’Espagne sont l’équivalent sociologique des années 60/70 en France. A l’époque les problèmes se fondaient en terme de gauche/ droite, classes moyennes / ouvriers. Après 40 ans d’immigration massive, regroupement familial, communautarisme, islamisme, ruine des systèmes sociaux malgré une fiscalité qui bat le record du monde, les lignes de fractures ne peuvent plus du tout se poser en France comme en Grèce ou Espagne ou comme dans les années 70. Aussi le combat du FG est il voué à avorter dans l’oeuf.

    totoLeGrand Le 15 février 2015 à 22:05
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  • "Zemmour a bien expliqué pourquoi le FN en France est l’équivalent de Syriza ou de Podemos. "

    Ça c’est le confusionnisme dans toute sa bêtise crasse, la pensée fascho à plein tube ! Zemmour et Cie s’y entendent pour embobiner les gogos qui marchent. Tu t’es trompé d’adresse mon toto (ouais, un vrai toto).

    Pote averti Le 15 février 2015 à 22:39
       
    • Alors comment expliques tu que les classes ouvrières, les chômeurs, les pauvres, brefs tous les mis à l’écart par le système ne se tournent pas vers le FG ? Quelle en est ton analyse mon Pote, toi qui n’est pas un toto. Je pense être à la bonne adresse pour trouver ici des contradicteurs de bon niveau.

      totoLeGrand Le 18 février 2015 à 01:08
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  • @toto le héros
    Lis régulièrement les articles de Regards et de Politis (ou encore les blogs du Monde diplo), cela t’éclairera mieux et m’évitera de longs discours et historique des faits, tant sur les causes de l’abstention que sur celles du vote FN, et sur les flots de mensonges de nos grands médias, tous aux mains de la finance et squattés (notamment les JT) par des politiciens coupés du peuple.

    Pote averti Le 18 février 2015 à 10:14
       
    • Et comment expliquer l’alliance entre Syriza et le FN Grec ? Mon Poto Averti ?

      totoLeGrand Le 25 février 2015 à 00:47
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  • @toto le Petit. Syriza n’a jamais fait alliance avec le FN grec, Aube dorée, qui est son pire ennemi, comme le FN est lui aussi le pire ennemi du peuple. Si tu crois tous les bobards de tes sites totoesques, enfonce bien ton bonnet de nuit sur tes oreilles et bonsoir, je ne suis plus ton pote.

    Pote averti Le 25 février 2015 à 09:48
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  • Il m’a pourtant semblé qu’il existait une alliance entre Syriza et les Grecs indépendants de Pános Kamménos, parti grec nationaliste dont les thèses sont les mêmes que celles du FN. Alors que Aube doré est plutôt qualifié de néonazi. J’ai vu ça sur le site totoesque suivant (entre autres) : ’’http://www.regards.fr/web/article/grece-un-gouvernement-pour-relever’’
    Il me semble que ces partis ne peuvent s’associer que du fait d’un programme commun.
    Mais je dois me tromper. Ne suis qu’un toto.

    totoLeGrand Le 4 mars 2015 à 11:40
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