photo cc Marc Nozell
Accueil > Monde | Par Pablo Pillaud-Vivien | 28 octobre 2016

Clinton encore sous la pression de Sanders

Bien que battu aux primaires, Bernie Sanders reste très présent dans la campagne démocrate. Pour pousser Hillary Clinton à gauchiser son programme autant que possible, et pour continuer à peser après l’élection.

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Normalement, lorsque l’on s’est fait battre de façon aussi nette que Bernie Sanders en juin dernier par Hillary Clinton, on disparaît au moins pendant un temps, celui de la campagne, derrière le candidat officiel. Mais ce n’est pas le cas pour Sanders. Dire qu’il est toujours au centre de l’attention des Américains serait aller un peu vite en besogne ; mais la dynamique qu’il a insufflée à la vie politique outre-Atlantique n’est pas encore retombée et surtout, il a réussi à faire prendre une tournure "un peu" sociale au programme de Clinton – Wait… really ?

Les compromis très tactiques d’Hillary Clinton

Quand Clinton parle aujourd’hui – timidement certes, mais tout de même – de la gratuité des community colleges, impossible de ne pas faire de parallèle avec les prêches de Sanders en faveur d’une éducation supérieure gratuite pour tous. Quand elle propose une "option publique" qui viendrait s’ajouter aux offres privées pour structurer le système de santé pour les plus pauvres, on se souvient des diatribes de Sanders pour une sécurité sociale universelle.

Il en va de même sur quelques autres sujets : le partenariat transpacifique sur lequel elle a revu sa position, quand lui a toujours été farouchement contre, l’augmentation du salaire minimum à 12 dollars quand lui le souhaitait à 15, la construction d’infrastructures publiques – mais ici encore, toujours avec plus de pincettes que le sénateur du Vermont.

Et tout cela, on ne va pas cracher dans la soupe, c’est déjà pas mal, même si on ne peut s’empêcher de remarquer que Clinton opte chaque fois pour une demi-mesure quand le prétendant Sanders penchait vers toujours plus de radicalité. Le seul problème face à toutes ces tentatives de Sanders pour influencer le programme de Clinton, c’est que ce n’est pas une femme politique au sens noble du terme. C’est une stratège qui élabore son programme comme on joue au strip-poker : en essayant qu’il ait l’air sexy, et avec beaucoup de bluff. Tant pis si l’on n’a même pas une paire de deux, car, avec un peu de chance, on n’aura même pas besoin de montrer son jeu à la fin.

La vague Sanders n’a pas reflué

Or, pour aller draguer les électeurs-supporters-fans de Sanders, rien de tel que des promesses de socialisme, même carrément édulcoré, puisque le rejet du candidat des Républicains Donald Trump est déjà, presque à lui seul, l’assurance d’une victoire. L’équipe de Clinton se préoccupe probablement plus de la manière de s’assurer, grâce à une victoire nette, les marges de manœuvre les plus durables possible. Et pour cela, il faut impérativement réveiller l’esprit qui a fait le cœur de la vague Sanders ; même si, en un sens, la gagnante de la primaire démocrate incarne tout ce que son rival entendait combattre…

[lire aussi : "Cette gauche qui ne votera pas Clinton"]

Mais Sanders, qui s’est officiellement rangé derrière Clinton et qui, depuis, a fait montre d’une grande loyauté dans le processus partisan de soutien à la gagnante – bien que ce ne soit pas toujours aisé – n’a pas dit son dernier mot : avec la sénatrice Elizabeth Warren, il essaie de trouver les moyens de peser sur la probable future présidente des États-Unis, notamment en rendant la plate-forme du Parti démocrate plus progressiste, plus sociale et, en un mot, plus de gauche.

Le but est quasi-officiel : forcer Clinton et son cabinet à ne pas poursuivre une politique de bienveillance à l’égard de Wall Street, de collusion des intérêts politiques et privés et d’ajournement de la résolution des problèmes sociaux qui secouent de plus en plus le pays. Et si Clinton restait sourde aux injonctions de Sanders, ce dernier a affirmé haut et fort qu’il n’hésiterait pas à afficher publiquement et vigoureusement son opposition. Et, vu la qualité de l’orateur et son aura nouvelle, ce n’est pas à prendre à la légère.

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  • « Et si Clinton restait sourde aux injonctions de Sanders, ce dernier a affirmé haut et fort qu’il n’hésiterait pas à afficher publiquement et vigoureusement son opposition. »

    Il peut préparer ses discours car celle-ci est comme le notre, dès qu’elle sera élue elle rangera ses promesses au magasin des souvenirs de campagne. Rien à attendre du clan Clinton.
    Nous verrons alors si Bernie a réussit à refonder un peuple progressiste et résistant.

    choucroute Le 28 octobre à 10:54
       
    • Bernie Sanders, comme d’autres politiciens professionnels en France, n’a réussi qu’une chose : ramener vers l’impasse des urnes une partie des jeunes et des travailleurs que la crise rapproche des anticapitalistes.
      Heureusement, une partie de cette nouvelle radicalisation, même quand elle vote pour la candidate indépendante Jill Stein a compris que seules les luttes peuvent reconstruire, à moyen ou long terme, un projet émancipateur et un parti révolutionnaire.

      Jean-Michel Le 29 octobre à 00:16
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  • L’erreur de Bernie Saders a été de se présenter à des primaires democrates, laissant le choix aux democrates de choisir eux même leur candidat. Et il a perdu, pas de loin, mais maitenant c ’est clinton qui est la representante des democrates, et qui a gagné, et qui va gagner contre Trump. Ce qui est logique, vu que Trump est un fléau.

    Si Bernie avait plutôt fait comme JL Melenchon de s’imposer en candidat , le clan des democrates aurait peut être été divisé en deux candidats, et certes Trump aurait donc logiquement gagné, mais 4 ans aprés avoir coulé le pays, tout les gens ayant subis les dommages sociaux de Trump, se seraient donc retournés vers les democrates, et donc bernie aurait eu une seconde chance de remporter les elections. Peut être, oui, peut etre non, mais cà ne coute rien d’essayer.

    anti trahison Le 28 octobre à 16:59
       
    • Je ne sais pas s’il aurait eut la même visibilité sans participer à cette grande messe médiatique. Le système US est complètement verrouillé par la procédure des primaires. Nous le constatons avec les candidats indépendants qui passent complètement sous les radars.

      choucroute Le 28 octobre à 19:27
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  • L’élection n’est pas un détail, en particulier à cause de la Cour Suprème et vouer Sanders aux gémonies pour avoir mené et continuer à mener un combat intelligent relève du gauchisme confortable de l’intellectuel en pantoufles.
    Que Clinton gagne ou pas Sanders a choisi la voie qui permet de continuer à construire le mouvement et à éventuellement profiter d’appui dans l’appareil d’état pour faire aboutir des revendications. Il est le premier à comprendre que le pouvoir ne peut rien seul.

    dominique courtois Le 31 octobre à 22:42
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  • Bonjour
    On voit le résultat , cela n’a pas suffit !. Voir intervention Mélenchon sur La défaite de Hillary. En réalité tout est fait pour empêcher une vrai gauche de progresser. Il faut se débarrasser des Clinton , Hollande....

    bob Le 14 novembre à 17:19
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  • Bonjour
    je connais mal le système électorale US , mais il me semble pas plus verrouiller que celui de GB , Corbyn a finit par immerger ?.
    Peut être que l’élection de Trump auras du bon. J’ai entendu beaucoup de jeunes , être trés critique sur Hillary Clinton et le parti démocrate, ainsi que sur le système électorale . Jeunes qui visiblement était pro -sanders , mais non pas voter Hillary, ou d’autres qui on voter hillary , pour empêcher Trump de passer.

    bob Le 14 novembre à 17:30
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