Accueil > Culture | Par Catherine Tricot | 23 mars 2016

"Comme des lions", le combat vécu

En racontant la lutte des Peugeot contre la fermeture de l’usine d’Aulnay, Françoise Davisse filme au plus près des ouvriers, rendant justice à leur dignité et restituant une énergie contagieuse pour le spectateur.

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Comme des lions, qui sort ce mercredi en salle, a été tourné entre 2012 et 2014, tout au long de la lutte contre la fermeture de l’usine Peugeot d’Aulnay, en Seine Saint-Denis. Comme dans un épisode de Colombo, on connaît la fin de l’histoire, mais Françoise Davisse parvient à faire vivre le suspens de ces deux années de mobilisation et de grève. Elle nous fait partager les questions, les décisions de Salah, Mercier, et les autres… Car contrairement aux documentaires sur les luttes passées, il ne s’agit pas ici de retracer un combat, mais de le vivre avec les acteurs.

Face au mensonge

Dans cette histoire, ils sont nombreux. Il y a d’abord les ouvriers. Tous découvrent que la direction prépare la fermeture de leur usine. Ils sont tiraillés entre l’envie de croire que d’autres emplois vont être créés, que les ouvriers seront reclassés… et l’expérience qu’il faut se battre. Au plus fort du mouvement, ils ne seront que six cents à faire grève. Mais si le groupe ouvrier est tiraillé, il n’explose pas. La caméra saisit les gestes d’entente entre tous, grévistes et non-grévistes. La frontière n’est pas étanche.

En face d’eux, il y a un ministre. Arnaud Montebourg fait le beau. « J’ai un petit problème à régler », lâche-t-il quand il croise inopinément les ouvriers de PSA. Il y a aussi des journalistes, qui répètent en boucle les mêmes éléments de langage. Jean-Pierre Elkabbach assène que les ouvriers sont des casseurs. Il faut la solide détermination de Jean-Pierre Mercier pour lui tenir tête, calmement, au micro d’Europe 1. Il y a surtout une direction. Qui ment comme une arracheuse de dents. L’usine ne fermera pas : elle a fermé. On va réindustrialiser le site : une opération spéculative est en cours. Le mensonge s’avère bel et bien une stratégie pour déstabiliser les ouvriers.

Rester debout

Françoise Davisse filme ces ouvriers, des hommes et quelques femmes, aux prises avec le doute, la peur, les hésitations. Ils jouent gros, un peu de leur vie. Mais ce que montre aussi Comme des lions, ce sont les moments où chacun s’autonomise, se libère, décide. C’est le cœur du film : la lutte pas seulement pour gagner de meilleures conditions de licenciement, mais pour rester debout. Le regard de la réalisatrice est tout entier dans sa façon de filmer en gros plan : il n’y a rien d’intrusif et de violent, juste de la proximité et une brin d’admiration pour ces belles personnes.

Avec Comme des lions, Françoise Davisse ne raconte pas seulement un moment de l’histoire contemporaine ; elle montre des ouvriers d’aujourd’hui, intelligents, drôles et audacieux, dans une lutte bien différente de celle de leurs ainés. Ce film est bourré d’énergie et ce qu’il montre est assez rare. Ne laissez pas passer cette chance. Courez le voir.

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  • Vive passe d’arme cette semaine sur RTL entre Clémentine Autain et Yvan Rioufol au sujet des attentats. L’une prétendait que la radicalisation était un phénomène purement social, à traîter par le social, alors que l’autre prétendait que la radicalisation était un phénomène inhérent à l’islam et au Coran.
    J’ai cru qu’ils allaient s’étripper et Clémentine a menacé se quitter le plateau.
    C’était chaud !

    mimi Le 24 mars à 01:34
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  • Bonjour,

    Pour moi, le point saillant du film, c’est l’intelligence de la construction du mouvement.

    Lors d’une projection à Liège, le délégué syndical qui dans le film pousse une sacrée gueulante au conseil d’entreprise nous a bien confirmé ce que l’on avait compris. Laisser la gestion du mouvement aux participants, dans une sorte de cogestion permanente, ne jamais entériner les divisions syndiqués-non syndiqués, prendre des jours et des jours, ici un mois !, pour définir tous les objectifs, et un point crucial ou l’autre que j’oublie, tout cela a permis que la grève de certains dure six mois, et remporte des conditions de départ triplées en termes financiers pour les grévistes et aussi pour une partie des non-grévistes.

    Une intelligence solaire qui doit être consignée (nous avons déjà le film, bravo !), discutée et versée dans tous les débats et dans les formations, syndicales ou militantes.

    G.L.
    condrozbelge.com/

    Guy Leboutte Le 25 juin à 18:45
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