Accueil > Politique | Par Gildas Le Dem | 10 décembre 2015

Comprendre les abstentionnistes (plutôt que les injurier)

Au lendemain du triomphe du FN, certains ont accablé les abstentionnistes. L’abstention a pourtant des raisons structurelles qu’il faut d’autant plus chercher à saisir que celle des classes populaires affecte singulièrement la gauche de gauche.

Vos réactions (16)
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Le FN, plus personne ne peut le nier, est donc bien devenu le premier parti de France. Et si ce n’est le premier parti, au moins l’un des premiers partis plébiscités par les catégories populaires. Mais plutôt que de persister, à gauche, dans la dénégation, et de s’en tenir aux catégories officielles de la politique, il faut s’interroger sur un fait plus massif. Non seulement l’abstention, quoiqu’en léger retrait, reste forte et durable (50,02% du nombres d’inscrits), mais il faut également compter avec une catégorie plus reléguée encore que celle des abstentionnistes : celle des non-inscrits [1].

On peut alors, comme l’éditorialiste d’Europe 1 Raphaël Enthoven, accabler les abstentionnistes de son mépris de classe et des qualificatifs de « feignants », « ingrats », « gagne-petit », « flemmards », « malhonnêtes », « irresponsables ». Ou prendre conscience que le phénomène dit quelque chose de fondamental sur l’état de délitement de la vie politique en France, et sur l’état d’impuissance de la gauche radicale dans ce pays.

Une abstention jeune et populaire

Selon une enquête d’IPSOS sur les abstentionnistes, si les personnes âgées de 60 ans et plus se sont fortement mobilisées, avec 67% de votants et 33% d’abstentionnistes, une très grande majorité des jeunes électeurs s’est abstenue, dont 65% des 18-24. Dans la tranche d’âge suivante, les 25-34 ans, l’abstention est même un peu plus forte : 66%. Et, ce qui est plus inquiétant encore pour la gauche, qui s’appuyait traditionnellement sur ces catégories, on recense d’autres chiffres perturbants du côté des catégories socio-professionnelles. Le taux d’abstention est le plus fort chez les ouvriers (61%), les employés (58%) et les professions intermédiaires (55%).

Une abstention qui affecte plus particulièrement le Front de gauche

Il faut donc prendre au sérieux ces chiffres. Et c’est plus vrai encore pour la gauche de gauche, et spécialement le Front de gauche. Selon une enquête d’IFOP cette fois, c’est parmi les électeurs de Jean-Luc Mélenchon en 2012 qu’on compte le plus grand nombre d’abstentionnistes (55%, contre 48% aux électeurs de François Hollande, et 36 % aux électeurs d’Eva Joly en 2012). À l’inverse, seuls 23% des électeurs de Marine Le Pen en 2012 ne se sont pas déplacés, dans un scrutin local pourtant réputé défavorable au Front national. Et, sans trop s’avancer, sauf sursaut de l’électorat de gauche là où c’est encore possible, on peut malheureusement penser que, comme le capital va au capital, la mobilisation ira à la mobilisation, et la victoire à la victoire dimanche prochain.

Une abstention de défiance envers la gauche de gauche

Mais l’enseignement le plus grave réside dans ce que l’on sait déjà des déterminants de l’abstention. Toujours selon la même enquête, si 35% des électeurs de Jean-Luc Mélenchon en 2012 se sont abstenus pour manifester leur mécontentement à l’égard des partis politiques, seuls 27% des électeurs de François Hollande, 12% des électeurs d’Eva Joly et même 16% des électeurs de Marine Le Pen en 2012 vont dans le même sens. Bien plus, 13% des électeurs de Jean-Luc Mélenchon ont, par ailleurs, déclaré s’abstenir parce qu’aucune liste ne défendait ou ne représentaient leurs idées (contre 8% aux électeurs de François Hollande et Marine Le Pen). Autant dire que l’on est sans doute passé d’une mobilisation et d’un vote d’adhésion, et d’une abstention de protestation, à une abstention de défiance du côté des électeurs de la gauche de gauche (y compris et d’abord envers le Front de gauche).

Une ligne incohérente et un plan bataille en ordre dispersé

Il est trop tôt pour dire, de manière certaine, fine et différenciée, quelles sont les racines profondes de cette nouvelle forme d’abstention. Et notamment parmi les électeurs de la gauche de gauche. Mais il y a sans doute à cela, à première vue, plusieurs raisons probables. En premier lieu, une ligne politique illisible oscillant, comme l’écrit Philippe Marlière, entre une ligne « centriste », des « alliances opportunistes avec le PS », et une ligne « gauchiste », un « maximalisme verbal assorti d’un sectarisme anti-PS », qui tend à décourager les électeurs du Front de Gauche comme les électeurs de la gauche d’EELV et du PS. Le PS hollandais et le Front National, qu’on la récuse ou non, ont au contraire une ligne cohérente, et en retirent aujourd’hui des bénéfices.

Un second lieu, un plan de bataille en ordre dispersé : on peut ne pas partager son appel à enjamber, en quelque sorte, cette élection avant même le second tour, en s’engageant déjà dans la campagne présidentielle, mais Jean-Luc Mélenchon a en revanche raison de déclarer, au nom du Front du gauche, que « nous étions illisibles et dispersés en quatre combinaisons différentes pour treize régions ! Nous sommes la seule famille politique qui n’a pas fait une campagne nationale ». Et d’anciens électeurs de Jean-Luc Mélenchon en 2012, selon des témoignages que nous avons pu recueillir, parlent tous, en effet, d’un sentiment de « perte des repères », d’« inutilité » ou même d’ « amoralité politique ».

Retrouver le sens de la rupture et le contact avec les classes populaires

Mais surtout, en dernier lieu, il faut bien évoquer la disparition d’un horizon idéologique puissant, apte à rassembler, mobiliser et – pourquoi non ? – capable même d’enthousiasmer les classes populaires. Chacun aura pu le constater cet été au sujet du référendum grec, on a vu s’enflammer les réseaux sociaux, ressurgir des mobilisations et des débats populaires d’une intensité sans équivalent depuis 2005 (même si, malheureusement, Tsipras et son gouvernement ont fini par choisir la voie de la résignation, et désespérer encore un peu plus les catégories populaires).

Comme le fait fort justement remarquer Stathis Kouvelakis, ce dont nous avons besoin à gauche, en France et ailleurs, c’est donc de propositions de rupture offensives, affirmatives et conquérantes. Nul ne peut évidemment prétendre en détenir aujourd’hui le monopole et la clé, mais il est grand temps de soulever des questions comme celle de l’Europe (il faut bien l’avouer : la gauche de gauche est encore incapable de produire un discours cohérent sur l’Europe, de penser un dispositif capable de s’affranchir des contraintes internationales de la financiarisation comme des cadres nationaux). Ou de soulever la question d’une vision de la France et de la politique qui, quand elle n’est pas surannée, a perdu tout ancrage social et sociologique, et où l’on passe son temps à donner des leçons en "patriotisme", en "républicanisme", en "responsabilité".

Autant de leçons, de discours normatifs qui ne contribuent pas peu à détourner une grande frange de l’électorat populaire (dans toute sa « diversité » comme le remarque Philippe Marlière, et l’on pense évidemment à la jeunesse des banlieues) du vote et notamment du vote à gauche. Et en ce sens, « qui est véritablement irresponsable ? », comme le demande et s’insurge une ancienne dirigeante d’une des composantes du FDG, pourtant venue du PS, et qui s’est également abstenue pour la première fois ce dimanche.

Retrouver le sens de la lutte

Retrouver le sens d’un horizon de conquête, c’est aussi la condition d’une remobilisation possible des classes populaires qui, comme l’écrit toujours Stathis Kouvelakis, sont sans doute désespérées de n’avoir plus pour seul projet que de "résister" au néo-libéralisme. Ou même qui se moquent de cette rhétorique intellectuelle inoffensive, qui installe et conforte la gauche de gauche dans une position d’impuissance, une position réactive.

Pierre Bourdieu disait que nous ne devions toujours nous rappeler que la « main gauche » de l’État, les acquis sociaux, portaient la trace de conquêtes historiques. Et donc évidemment travailler à les préserver. Mais que nous devions également nous souvenir que ces acquis étaient précisément le produit d’une lutte, de ruptures politiques, sans lesquelles nous nous condamnons à laisser la main libre à la seule « main droite » de l’État (et à ses dérives autoritaristes).

Or la gauche de gauche l’a, en effet, toujours emporté lorsque, et lorsque seulement, elle a proposé aux classes populaires des avancées sociales substantielles et novatrices, ou les a prolongées avec détermination et inventivité (il suffit de penser à la longue et durable histoire de la lutte pour la réduction du temps de travail). Bref, lorsqu’elle a su « renverser la table », pour reprendre les mots d’une ancien dirigeante que nous avons pu interroger.

La disparition du FDG, peut-être, mais pour quoi faire ?

Le Front de Gauche va-t-il donc éclater, comme semblent le penser, et parfois même le souhaiter certains de ses militants, sympathisants, voire certains de ses dirigeants ? Nul ne peut le prédire et en décider. Mais il est certain qu’il est devenu urgent et nécessaire – si l’on veut véritablement reconquérir des classes populaires réduites, par désespoir, à s’abstenir ou voter Front national – de dépasser les ambitions d’appareil et de personnes (et donc également les egos plus ou moins présidentiels et les structures bureaucratiques en place).

Qu’il est urgent et nécessaire, aussi, de sortir de l’entre-soi militant (pour se remettre au contact des populations concernées, de la pluralité des demandes démocratiques). Urgent et nécessaire encore, de renouer des alliances qui n’excluent pas des conflits, et ne signifient certainement pas faire des compromis sur des points essentiels (comme la lutte contre l’austérité budgétaire, et la défense inconditionnelle des libertés publiques).

Urgent et nécessaire, enfin, de renouer avec le monde des intellectuels, de l’art, de la culture, non pas seulement pour se donner bonne conscience, et associer des noms en bas de page d’une pétition, mais pour renouveler les formes de mobilisation, d’intervention, de protestation (« la lutte oui mais la fête aussi », c’était aussi la leçon de gaité, et la raison du succès des mouvements sociaux radicaux des années 90, d’Act-Up, du SCALP, d’AC ou du DAL aux grandes grèves, il y a vingt ans, de l’hiver 1995).

Comme l’écrivait l’un de ces mouvements radicaux, « un groupe politique est avant tout un outil qui doit nous permettre d’évoluer et d’agir, de changer la société et de nous changer nous-mêmes ». Et dont la raison d’être est de « libérer un espace dans l’échiquier politique permettant l’émergence d’autres initiatives ». Sans cela, il est le premier obstacle à la politisation et la mobilisation des classes populaires, et laisse la place, en vérité, à la poussée des forces d’extrême droite et ou à l’abstention. Or nous en sommes là. Alors qu’une course de vitesse avec l’extrême droite est engagée. Et mal engagée.

Notes

[1Qu’il faudrait pouvoir évaluer en retranchant du nombre de Français en droit de voter le nombre d’inscrits. On ne dispose pas, malheureusement et pour cause, de données officielles fiables sur ce point.

Vos réactions (16)
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Vos réactions

  • A propos de votre note sur la population des non-inscrits.

    Les résultats exacts du 1er tour des régionales 2015 sont sur le site du ministère de l’intérieur.
    http://www.interieur.gouv.fr/Electi....

    Des informations sur la population française sont sur le site de l’INSEE, en particulier la pyramide des âges : http://www.insee.fr/fr/themes/table.... Elle nous donne ceci, au 1er janvier 2015 :
    moins de 18 ans__ : 14 782 241
    18 ans ou plus____ : 51 535 753 (45 299 336 inscrits)
    Total____________ : 66 317 994

    Je ne sais pas dans quelle mesure ces données sont utilisables

    Ainsi on peut calculer que le nombre de bulletins "exprimés" représente 48 % des inscrits et 42 % des gens de plus de 18 ans.

    Alain Le 10 décembre 2015 à 16:03
       
    • J’ai juste apporté un complément d’information :-).
      Je ne sais pas comment on doit analyser l’abstention, beaucoup disent qu’il y aurait les mêmes pourcentages parmi les abstentionnistes que parmi les votants. Pour ma part, je n’ai tiré sur personne. Je ne suis ni Ensemble, ni Parti de Gauche, ni PCF ou autres, je voudrai juste que tout ce beau monde se réunisse enfin... autour des mêmes idées, du même programme et fasse le boulot réellement ensemble.

      Alain Le 12 décembre 2015 à 19:04
  •  
  • Je partage l’analyse de l’article, très éclairant.

    Julien Le 11 décembre 2015 à 11:12
       
    • J’ai beau lire et relire cet article, je n’y discerne pas le plus petit commencement d’analyse.

      On n’y aperçoit, à perte de vue, qu’un alignement de majestueuses platitudes. Majestueuses, et extrêmement satisfaites d’elles-mêmes.

      La gauche caviar se lassera-t-elle un jour de faire tourner ses vieux moulins à prières ?

      WildeJagd Le 14 décembre 2015 à 00:20
  •  
  • Il ne faut pas se focaliser sur le FN, mais se centrer sur les abstentionnistes. Il faut arrêter de lutter "contre le FN", mais agir vis à vis des abstentionnistes. Même la gauche de gauche fait le plus souvent le constat puis parle, comme les autres, de la droite, de la gauche , du FN. Il ne faut pas les ignorer, encore moins les brocarder, ni parler à leur place, mais les écouter et comprendre ce qu’ils nous disent. Quand, trop rarement, les médias médiatiques interrogent un membre des milieux populaires, invariablement il répond "rien ne change, on est oublié, on ne s’occupe pas de nous". Quoi de plus naturel alors que de se réfugier dans l’abstention, surtout avec une gauche de gauche illisible et invisible.L’abstention est une posture politique et nullement une démission, un désintérêt.
    Les classes populaires ne votent pas plus FN. Elles se réfugient massivement dans l’abstention. Le vote FN est un vote rural, de personnes âgées et de personnes qui ont un peu de bien et qui ont peur, au-delà de la fraction qui épousent réellement ses thèses fascistes. Etudiez attentivement les résultats de l’Ile de France, région la plus peuplée et concentrant la plus grande proportion des membres des classes populaires. Les 27% des électeurs du FN ne m’intéressent pas, les 50% d’abstentionnistes oui, énormément. Il faut les écouter leur donner réellement la parole, ne plus parler à leur place. Il faut surtout remplacer trois mots par trois autres : concurrence, sécurité, identité par égalité, solidarité, fraternité. Bien sur, il ne faut demander ça à MM. Hollande, Valls et Macron.

    Alain Maleyran Le 12 décembre 2015 à 09:40
  •  
  • Excellente analyse. Et entièrement d’accord avec ce paragraphe :

    Urgent et nécessaire, enfin, de renouer avec le monde des intellectuels, de l’art, de la culture, non pas seulement pour se donner bonne conscience, et associer des noms en bas de page d’une pétition, mais pour renouveler les formes de mobilisation, d’intervention, de protestation (« la lutte oui mais la fête aussi », c’était aussi la leçon de gaité, et la raison du succès des mouvements sociaux radicaux des années 90, d’Act-Up, du SCALP, d’AC ou du DAL aux grandes grèves, il y a vingt ans, de l’hiver 1995).

    les mobilisations de la société civile en off de la cop 21 en ont donné un trés bel exemple le 12 décembre, avec des manifs imaginatives, belles à voir, joyeuses et sans le moindre débordement, préparées dans des ruches de jeunes (et moins jeunes ) passionnés, créatifs et efficaces à la Zone d’action climat. Un exemple à suivre ?

    Valdo Le 12 décembre 2015 à 17:42
  •  
  • Nous sommes pathétiques à vouloir chercher un coupable de notre situation politique désastreuse actuelle, jeune, ou vieux, étrangers ou non, c’est un faux débat. Et tant que nous continuons dans cette logique là à vouloir désigner des coupables nous n’avancerons jamais. Nous sommes tous responsables de la situation actuelle. Je crois qu’il est grand temps de passer à l’action, à se poser les bonnes questions , que voulons nous pour notre avenir et celui de nos enfants ?

    Il faut se rendre à l’évidence, cette » ripoublique représentative est morte, elle n’a plus aucun sens et ne représente plus personne en passant . Alors que faire ? voter FN ? à droite ? à gauche ? voter blanc ? s’abstenir ??
    Peut importe à qui vous donnez votre voix, ça ne changera strictement rien. Le problème est ailleurs. Personnellement je n’irai pas voter. ( je devrai dire élire, car nous ne votons pas, nous élisons , ce qui est très différent, mais c’est un autre débat) . Pourquoi ? et bien tout simplement par conviction, par acte de résistance ( le seul qui nous reste en somme, hormis la révolution bien évidement ). Voter c’est cautionner ce système et je n’en veux plus. J’entends déjà les anti abstentionnistes me sortir leurs arguments et crier au scandale.. mais leurs arguments ne tiennent plus .. Non l’abstentionnisme n’est pas une façon de fuir sa responsabilité citoyenne , au contraire c’est l’affirmer, c’est affirmer haut et fort que nous ne voulons plus de ce système mafieux dans lequel nous n’avons pas voix au chapitre. Comment peut on aller voter ( et par ce fait donner notre consentement) alors que nous savons pertinemment qu ‘aucun parti politique ne changera quoi que ce soit à ce système oligarchique et ploutocratique ? Voter c’est se désigner des maitres qui décident pour nous, à notre place. Qu’est ce qui fait que votre vôte penche vers un parti ou un autre ? leur « programme » qui de toute façon ne sera pas respecté ? c’est un jeu de dupe qui me fait bien rire. Nous devons reprendre le contrôle de la situation et réécrire notre constitution, voter nos propres lois et forcer nos politiques à nous rendre des comptes. Avez vous déjà entendu parler un politique des vrais causes de nos problèmes ? non ? moi non plus et ils n’ont aucune raison de le faire !

    Lorsque j’entendrai un politique me parler de la vrai raison de la dette , qu’on s’entend bien, je ne parle pas de comment la rembourser, mais de sa cause, ( voir la loi du 3 janvier 1973 ), de la reprise par l’état de la création monétaire , de la nationalisation des banques, de la sortie de l’Europe , de démocratie participative, de la remise en question du NAIRU ( le nombre de chômeurs est programmé pour limiter l’inflation), de transparence et encore une fois de démocratie participative ( éventuellement par tirage au sort) etc… peut être que cet homme/femme me fera retourner aux urnes.

    Marc

    http://lesbrindherbes.org/2015/12/13/34820/

    Marc Le 13 décembre 2015 à 15:15
  •  
  • Plus qu’une défaillance de la gauche ( et je n’ose pas même penser y inclure le ps ) l’abstention massive démontre un échec du système démocratique dans lequel les représentants ne représentent qu’une infime frange de la population.
    Il est plus que temps de modifier les choses et de mettre fin à cette "façade", à ce simulacre : et de fonder une vrai démocratie.
    Attendre du changement depuis l’intérieur est vain : d’autant que ce sont les mêmes qui se présentent mandat après mandat ... mais élus par de moins en moins de personnes.
    J’ai voté pendant 20 ans (ces élections ont été l’occasion de ma première abstention) mais l’on ne me reprendra plus à voter pour le "moins pire" ou contre le pire : le manège est fini.

    L’abstention comme acte politique

    San Le 13 décembre 2015 à 17:32
       
    • Je ne pense pas que l’abstention soit la preuve d’un "échec du système démocratique" mais plutôt celle de l’échec de ceux qui disent vouloir changer ce système.

      Abstention, blanc, nul, « exprimé » : tous sont des actes politiques, même si la loi actuelle ne leur donne pas le même statut. Voter pour LR contre le FN ou s’abstenir sont des actes politiques qui - pour moi - on la même importance même si le résultat est (ou peut être) différent.

      Par contre, devoir retomber dans le fonctionnement de 2002 13 ans plus tard prouve que ceux qui crient haut et fort qu’il faut lutter contre le FN n’ont pas fait ce qu’il fallait, que nous n’avions pas compris la « leçon ».

      Il ne s’agit pas de lutter contre l’abstention mais bien de redonner du sens la politique et de l’importance à toutes les voix (« exprimées » ou non). Par exemple, proposer un système dans lequel celui qui est élu doit réellement rendre compte de son action et non être protégé par son statut jusqu’à la prochaine élection.

      Il faut changer le système, oui, mais je pense que nous n’avons pas le droit de parler de simulacre de démocratie. Il y a des états où la démocratie n’existe réellement pas et aller se plaindre de notre système politique en disant que ce n’est pas une vraie démocratie est tout simplement indécent.

      Alain Le 13 décembre 2015 à 23:34
    •  
    • Je ne suis pas Français et je vis en Algérie et ma nationalité est algérienne, je ne connais que peu de choses de la réalité française. Toutefois, j’ai l’impression que les leaders des partis de gauche ne sont pas des ouvriers ou des employés et peut être leurs idées ne sont pas celles des ouvriers et des travailleurs, cela explique l’abstention massive aux élections des ouvriers et des employés.
      Je pense que tous les partis dits de gauche sont pollués par l’idéologie capitaliste, idéologie donc anti-ouvrière. Cela est vécu par les ouvriers et les employés de France. Les élites ou dirigeants de ces partis de gauche se sont embourgeoisés dans leur esprit et aussi dans leur vie de tous les jours, ils se sont éloigné des travailleurs. Je pense qu’il manque dramatiquement un parti des travailleurs pour les Français, qui défendra leurs intérêts et leur idéologie.

      Djilali Le 13 décembre 2015 à 23:52
  •  
  • N’oublions pas l’effet GRECE avec la profonde déception provoquée par Syriza

    Titus Le 13 décembre 2015 à 18:03
  •  
  • Dans son article, Gildas Le Dem s’interroge sur les raisons du lourd échec (un de plus) que le Front de Gauche vient d’essuyer aux régionales. Examinant ce que le FdG n’a pas fait (pas su ou pas voulu faire), il déplore l’absence de « propositions de rupture affirmatives et conquérantes ». Ce diagnostic pour le moins discutable. En effet, il ignore tout simplement l’existence de programme du Front de Gauche, qui est solide et cohérent (sauf sur la question de la sortie de l’euro, où il est d’une scandaleuse timidité).

    Des suggestions de « propositions de rupture », Le Dem a l’imagination inventive et donc il n’en manque pas. Seul problème : elles sont plus vagues et plus fumeuses les unes que les autres !

    > « Sortir de l’entre-soi militant (pour se remettre au contact des populations concernées, de la pluralité des demandes démocratiques » : ce n’est qu’une formule pompeuse dénuée du moindre contenu concret.

    > « Renouer des alliances qui n’excluent pas des conflits, et ne signifient certainement pas faire des compromis sur des points essentiels » : s’il s’agit d’alliances avec le P "S", alors autant s’allier avec Sarkozy ! Il a le même programme que Hollande et, parmi les militants du PG, il est probablement un tout petit peu moins haï que l’actuel Président (Sarkozy, au moins, n’est pas hypocrite). Et s’il s’agit de l’alliance du PG avec le PC, pas de chance : c’est justement celle que les hiérarques de la place du Colonel-Fabien ont mis un soin tout particulier à torpiller, pour le compte de leurs copains de Solférino...

    > « Renouer avec le monde des intellectuels, de l’art, de la culture, non pas seulement pour se donner bonne conscience [...] mais pour renouveler les formes de mobilisation, d’intervention, de protestation ("la lutte oui mais la fête aussi") bla bla bla... » : en cette période de crise et de précarité galopantes, la gauche caviar, on le voit, s’obstine à poursuivre son merveilleux rêve éveillé. Retour en 3D dans le strass et les paillettes des années 90... Cette dernière suggestion pourrait passer pour grotesque si elle n’était pas tout d’abord, hélas, tragiquement obscène !

    Dans le texte de Le Dem il y a quand même une chose intelligente. C’est un lien vers un article (un vrai, pas un ramassis de platitudes) de Stathis Kouvelakis intitulé « Face au désastre », où Kouvelakis analyse (mais avec une véritable rigueur, lui) les raisons de la débâcle du Front de Gauche.

    Il commence évidemment par épingler l’invraisemblable dispersion, les incohérences systématiques qui ont abouti au désastre que l’on sait. Pourtant, et c’est là que ça devient intéressant, d’après lui ce n’est pas la raison la plus grave. Et Kouvelakis de poursuivre :

    « Ce qui est plus fondamentalement en cause, c’est un processus de délitement de l’identité idéologique et programmatique de la "gauche radicale", qui tout à la fois se nourrit de et conduit à sa subalternisation accentuée à une social-démocratie [comprendre : le P "S"] elle-même devenue un loyal gestionnaire du néolibéralisme. Un tel processus est jalonné d’un enchaînement de renoncements, de petites et grandes compromissions et omissions qu’illustrent, dans le cas de la France, le ralliement au consensus sécuritaire et impérialiste incarné par le vote unanime des députés du FdG en faveur de la prolongation pour trois mois de l’état d’urgence, le 19 novembre, suivi par les fusions de listes FdG avec celles du PS “pour faire barrage au FN” lors du second tour du scrutin régional. » Tout est dit, et c’est accablant...

    Un simple fait, pour terminer. N’étant plus président du PG, Jean-Luc Mélenchon avait tout intérêt à garder le silence sur cette campagne chaotique organisée (si l’on peut dire) par d’autres que lui. Mais non, le voilà qui, vendredi soir, nous confesse qu’il va voter pour la liste Bartolone au 2e tour, façon à peine déguisée de nous engager à en faire autant. En Île-de-France, dans une région où justement le FN n’avait aucune chance de gagner le second tour ! Est-ce pour augmenter les chances que Coquerel et Autain, ces deux nullités, soient élus de justesse ? Il fallait cette dernière concession, ce dernier avachissement pour que le désastre fût complet. Eh bien, maintenant il l’est.

    WildeJagd Le 14 décembre 2015 à 00:11
       
    • Excusez-moi mais je cherche le programme du Front de Gauche (par ailleurs, je serais étonné que quelqu’un qui écrit des articles sur ce site ne le connaisse pas).

      Le site du Front de Gauche a une entête sur les départementales de 2014, présente un article de février 2015 et ne semble pas avoir été mis à jour depuis.

      Bien sûr, il y a le programme électoral de 2012, mais c’est plus un document destiné aux militants qui doivent l’expliquer en détails. Je veux dire que je n’y vois pas un projet de société.

      Sans un groupe (parti, association, mouvement ou autre) qui produira un véritable projet de société avec ce qu’il faut d’explications, les décisions qu’il faudra prendre et ce que cela entrainera comme changement dans notre mode de vie et notre relation aux autres, et le programme qui en découle, sans se soucier si le contenu convient à tel parti ou telle autre composante du mouvement citoyen que cela ne manquera pas de créer, sans cela la gauche est condamnée à reproduire éternellement ces querelles qui la pourrisse depuis le 19ème siècle.

      Alain Le 14 décembre 2015 à 18:05
  •  
  • ETHIQUE : Du grec ηθική [επιστήμη], « la science morale », de ήθος « ethos », « lieu de vie ; habitude, mœurs ; caractère, état de l’âme, disposition psychique » via le mot latin ethicus, la morale. (wikipedia) C’est donc le leiu de rencontre entre nos psychées et le réel, entre nos surmois et le matériel.

    TACTIQUE : Art d’utiliser les meilleurs moyens pour atteindre un certain objectif ; ensemble de ces moyens (lexilgos) C’est donc le lieu où l’on efface nos surmois pour gagner sur du réel.

    Le résultat hier confirme la défaite de l’éthique et la continuation de la tactique des partis politiques, même de celui qui nous est le moins éloigné de ce que nous sommes, c’est à dire le Front de Gauche et ses composantes.

    Hier ce sont les fançais qui ont fait preuve d’intelligence pour protester contre "le système", mais conserver leur vie, lur Histire nationale. Les françcais ont fait prauve d’éthique quand les partis politiques ne pratiquaient que la tactique.

    La Renaudie Le 14 décembre 2015 à 08:07
  •  
  • J’ai 70 ans. Toujours voté et fait voter quand je le pouvais. J’ai décidé cette année de ne plus voter car la démocratie représentative est un leurre. Il faudrait la remplacer. Je conseille ceux que la question intéresse de lire La démocratie contre les experts/Paulin Ismard, Le capital au XXIème siècle / Thomas Piketty et surtout Contre les élections de David Van Reybrouck.!
    Abstentionniste mais totalement investi en politique.

    Bénard Serge Le 15 décembre 2015 à 12:44
       
    • L’Etat et la Révolution ça te conviendrait mieux, vois comment Piketty t’a convaincu de laisser passer le FN !

      toubab Le 18 décembre 2015 à 07:04
  •