Accueil > Résistances | Par Loïc Le Clerc | 27 septembre 2016

Dany Aubin (CGT Alstom) : « On a peur qu’ils ferment Belfort et que cela fasse boule de neige »

En marge de la manifestation de ce matin à Saint-Ouen, Dany Aubin, ingénieur à Alstom et élu CGT, s’alarme de la démission des gouvernants et des sombres perspectives pour l’industrie ferroviaire en France.

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Un millier de personnes étaient au rendez-vous, ce mardi 27 septembre, devant les locaux d’Alstom à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis). De 11h à 15h, les "Alsthommes" de Belfort ont fait entendre leurs voix. Entre les ouvriers et les membres de la direction, bien escortés de quelques agents de sécurité, un grillage. Symbole d’un monde divisé. Dany Aubin, ingénieur bureau d’études à Alstom Saint-Ouen et élu CGT revient sur une lutte concrète, qui s’écrit au présent, et un problème politique plus global, ancré dans l’histoire des travailleurs.

Regards. Vu de Saint-Ouen, comment vivez-vous l’épreuve que traversent vos collègues de Belfort ?

Dany Aubin. C’est assez terrible, même lamentable, pour les salariés et leurs familles. Ici à Alstom Saint-Ouen, il est difficile de faire bouger les gens qui travaillent dans les bureaux. Beaucoup de collègues sont quand même venus, peut-être par curiosité, mais ils sont venus. Chez les collègues de Belfort, je ne sens pas d’espoir. Ce n’est pas qu’ils sont démoralisés, mais ils sont abattus. Pour eux, ça va être dur. Et puis on parle de Belfort, mais à Valenciennes, on annonce du chômage partiel à partir du mois prochain… du chômage partiel qui risque de durer un an. Le site d’Ornans est en sous-charge et tout le travail qui pourrait lui être attribué est transféré en Chine. Ce dont on a peur, c’est que s’ils ferment Belfort, cela fasse boule de neige sur les autres sites.

« Montebourg et Macron étaient conscients de ce qui menaçait d’arriver… »

Alstom va si mal que ça ?

Mais non ! Alstom gagne de l’argent… [Le PDG vient d’annoncer un bénéfice net de 12 milliards d’euros et un chiffre d’affaire en hausse de 12% sur un an, NDLR] Quand on voit ce qui est distribué aux actionnaires et tout l’argent qu’ils récupèrent grâce au CICE [crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi]… À chaque comité d’entreprise, quand ils nous annoncent les montants touchés du CICE et qu’on leur demande à quoi ils servent, à quoi ils vont servir, nous n’avons aucune réponse. C’est quand même lamentable. Alors que le CICE était censé profiter à la recherche, au développement et à l’emploi, sur le plan de l’emploi, c’est zéro. Les départs en retraite ne sont pas remplacés, ou alors par des prestataires. Lors la vente de la partie "énergie" d’Alstom, l’année dernière, nous avions averti, à la CGT : en vendant cette partie-là, on court à la catastrophe. On en mesure les conséquences maintenant.

[Lire aussi Philippe Légé : « L’État est coupable de n’avoir rien fait pour Alstom »]

Qu’attendez-vous du gouvernement ?

Je pense que le gouvernement va faire quelque chose, mais pour combien de temps ? Un an, deux ans, pour qu’à la fin on nous annonce la fermeture de Belfort ? Le site ne va pas être sauvé par de simples annonces. Cela fait longtemps que nous avons pris contact avec le gouvernement, avec les ministres qui se sont succédés –que ce soit Arnaud Montebourg ou Emmanuel Macron. Nous les avions déjà avertis du problème ferroviaire général en France, de la situation préoccupante de Belfort et des autres sites comme Ornans ou Valenciennes. Ils étaient conscients de ce qui menaçait d’arriver…

« Les promesses d’il y a cinq ans n’ont pas été tenues. Hollande à Florange… »

Quel bilan tirez-vous de l’action du gouvernement pour l’industrie française ?

C’est toute une politique qui est complètement à revoir. On supprime l’écotaxe, dont les ressources devaient servir à améliorer les transports urbains et ferroviaires. Avec la COP21, on nous dit qu’il faut moins polluer, mais ensuite Macron nous envoie tous ses cars ! En matière de fret, nous sommes ridicules par rapport aux Allemands. Il manque une volonté politique de relancer le ferroviaire en France, pour créer du travail, des emplois. Et cela ne concerne pas qu’Alstom : regardez Bombardier.

Les politiques n’y peuvent rien ? Y croyez-vous encore ?

On voit des hommes politiques. Aujourd’hui, il y avait Philippe Poutou, Gérard Filoche, Pierre Laurent et même Nicolas Dupont-Aignan – lui, on connaît sa position : il va dire « fabriquons français », mais derrière, adieu les 35 heures, « travaillez plus », etc. Le seul que j’ai trouvé crédible, lors d’une émission, c’est quand même Jean-Luc Mélenchon. Après, les socialistes… Je ne veux pas en parler, cela me dégoûte tellement. Les promesses d’il y a cinq ans n’ont pas été tenues. Hollande à Florange… Maintenant, il va encore nous faire une annonce pour Belfort et si cela capote, il va être ridicule.

Comment envisagez-vous la suite des événements ?

Tant que la direction ne revient pas sur ses positions, et même si le gouvernement fait des annonces la semaine prochaine, je pense que le mouvement va continuer…

Après notre entretien, alors que les "Alsthommes" remballent leur matériel et s’apprêtent à reprendre la direction de Belfort, Dany Aubin tient à nous parler de la loi travail. Pour lui, la direction a déjà tout prévu dans le cadre de futures renégociations des conditions de travail. Il sent que les conséquences seront lourdes. Alstom n’attendrait qu’une chose : que les décrets d’application entre en vigueur – ce qui ne saurait tarder.

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