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Accueil > Economie | Par Jérôme Duval | 3 novembre 2016

De la Troïka à Goldman Sachs, le pantouflage de Barroso fait des vagues [1/2]

En rejoignant la banque Goldman Sachs, l’ancien président de la Commission européenne José-Manuel Barroso emprunte un chemin bien balisé. Mais cette fois, le transfert passe mal.

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Jérôme Duval est membre du CADTM, Comité pour l’abolition des dettes illégitimes.

« José Manuel va apporter une analyse et une expérience immense à Goldman Sachs, et notamment une profonde compréhension de l’Europe. Nous sommes impatients de travailler avec lui alors que nous continuons à aider nos clients à évoluer au sein d’un contexte économique et de marché incertain et délicat. » C’est en ces termes que s’exprimaient Michael Sherwood et Richard Gnodde, co-directeurs généraux de Goldman Sachs International, vraisemblablement « impatients » à l’idée d’accueillir l’ancien président de la Commission européenne en tant que collègue au sein de la célèbre banque d’affaires.

Une recrue de choix pour Goldman Sachs

Par un communiqué du 8 juillet 2016 [1], la banque impliquée dans le maquillage des comptes publics de la Grèce pour permettre son entrée dans la zone euro annonce le recrutement de José Manuel Barroso – ancien premier ministre du Portugal de 2002 à 2004 avant de présider la Commission européenne durant une décennie entière, de 2004 à 2014.

Celui qui a été plus que complaisant avec les grandes banques privées durant ses deux mandats à la Commission européenne en impulsant des sauvetages bancaires d’une ampleur jusque là inconnue en Europe, occupe donc les fonctions de conseiller et président non-exécutif de Goldman Sachs International, branche internationale du groupe étasunien basée à Londres. Du temps où il était à la tête de la Commission européenne, Barroso s’affairait déjà à l’impunité des grandes banques, pourtant responsables de la crise, autant qu’à leur survie. Ceci par le renflouement colossal d’argent public aux dépens d’un endettement et d’une austérité brutale pour les populations.

Aujourd’hui, ce même Barroso est officiellement mandaté pour seconder l’une des banques les plus impliquées dans la crise des subprimes (responsable d’une des pires crises financières depuis 1929), à affronter une sortie de l’Union européenne (UE) dans un contexte post-Brexit. Quelle que soit la bannière, en croisade pour l’UE ou s’en affranchissant pour en sortir, Barroso demeure l’ami des banquiers.

Vendre au privé une influence acquise dans le public

Cette nomination a suscité une levée de boucliers dans le milieu politique et les grands médias commerciaux. Pourtant, il n’y a rien d’exceptionnel à ce recrutement chez Goldman Sachs dans le monde des politiciens et des financiers, qui fonctionne en vases communicants entre sphère publique et privée. En effet, la méthode qui consiste à vendre au privé une influence acquise dans le public ne date pas d’hier, et convient parfaitement aux multinationales. Celles-ci mettent ainsi la main sur les carnets d’adresses d’anciens responsables politiques pour mieux remplir leurs carnets de commandes ou ajuster leurs stratégies. C’est le cas de Barroso qui a été recruté avant tout pour son réseau.

« En tant que banque américaine, travaillant à l’international et donc sur le marché européen, Goldman Sachs a absolument besoin de savoir ce qui se trame dans les coulisses de Bruxelles », explique Marc Roche, auteur de livres et d’un documentaire sur Goldman Sachs [2]. « Elle veut savoir avant tout le monde ce qui se prépare en terme de réglementations dans ses domaines d’activité, mais aussi de taux d’intérêt, et en général pour toutes les décisions macro-économiques, puisque ces politiques vont influencer ses activités de crédit : la vache à lait de ses profits » [3].

Dans une interview au Financial Times rapportée par Mediapart, Barroso explique l’intérêt de son embauche pour Goldman Sachs : « Évidemment, je connais bien l’UE, et je connais aussi plutôt bien l’environnement britannique (…). Si mes conseils peuvent être utiles dans les circonstances actuelles, je suis prêt, bien sûr, à aider ».

Sulfureux parcours

On comprend mieux l’ampleur de "l’aide" que peut apporter José Manuel Barroso lorsque, dans un discours prononcé à l’Institut européen de Florence, le 18 juin 2010, celui-ci déclare : « Ce qui se passe actuellement est une révolution silencieuse, à petits pas, vers une gouvernance économique plus forte. Les États membres ont accepté – et j’espère qu’ils l’ont bien compris – d’octroyer aux institutions européennes d’importants pouvoirs en matière de surveillance » [4].

Rappelons quelques moments charnières du passé sulfureux de José Manuel Barroso. En mars 2003, il se range du côté des Américains et Britanniques pour enclencher la guerre en Irak, un dramatique fiasco, et organise le sommet des Açores [5] avec les principaux protagonistes, George W. Bush, Tony Blair et José María Aznar.

Fervent défenseur des traités de libre-échange, Barroso a été l’un des plus vigoureux soutien au traité de Lisbonne, reprenant l’essentiel du Traité constitutionnel européen (TCE) rejeté par référendum en 2005 par près de 55% des Français [6] et 62% des votants hollandais. Le Traité de Lisbonne a quant à lui été adopté sans consultation, violant l’opinion de plus de 20 millions de Français et Néerlandais. Par la suite et dans le plus grand secret, il met sur rails les traités de libre-échange, aujourd’hui fortement contestés, entre l’Europe et le Canada (CETA) ainsi que celui entre l’Europe et les États-Unis (TTIP). Enfin, en tant que membre représentant de la Troïka, il devient le chantre des politiques d’austérité antisociales.

À suivre…

Notes

[1Voir la lettre de Goldman Sachs ici et .

[3Benoît Zagdoun, “Avec Barroso, Goldman Sachs continue à tisser sa toile au cœur du pouvoir”, France Télévisions, 13 juillet.

[4Cité par Anne Dufresne, “Le Consensus de Berlin”, Le Monde Diplomatique, février 2012.

[5Le 16 mars 2003, sur l’archipel des Açores, le premier ministre portugais Manuel Barroso accueille le premier ministre britannique Tony Blair, le président des États-Unis George Bush Jr et le premier ministre espagnol Jose Manuel Aznar pour convenir d’une opération militaire conjointe en Irak. Moins d’un mois plus tard, le 9 avril 2003, l’armée coalisée bombarde Bagdad.

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