illustration Boris Séméniako
Accueil > Economie | Par Jérôme Latta | 30 mars 2017

Économie : quatre manuels de lutte contre le libéralisme

Comment combattre des politiques libérales désastreuses mais puissantes, comment déconstruire leur hégémonie idéologique ? Quatre ouvrages récents, efficacement pédagogiques, proposent d’armer la résistance… et de préparer les alternatives.

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Manuel d’économie critique

Après le très efficace Manuel d’histoire critique, le Monde diplomatique a récidivé avec son équivalent pour l’économie. Cette fois encore, l’ouvrage prend le contrepied graphique de l’austère mensuel pour livrer une maquette particulièrement riche en iconographie – dessins, photos, infographies, bandes dessinées, œuvres d’art, etc. Plaisant et documenté, ce manuel présente l’avantage de balayer un champ considérable de thématiques au travers d’articles agrémentés de multiples rubriques : "idées reçues", "écofolies", "économicocircus" qui permettent de mettre d’introduire une dose de dérision bienvenue. Même le précieux glossaire qui conclut ces deux cents pages arrive à être funky.

Au-delà de la forme, le propos s’attache à produire un efficace appareil critique en une dizaine de chapitres qui permettent de démonter l’assise idéologique du capitalisme actuel ("Une science comme les autres", "Produire plus, toujours plus", "Le marché, la construction d’une évidence"), ses leviers d’action ("Mondialisation, la mise en concurrence des peuples", "Dette : le chantage") et bien sûr les terrains sur lesquels il exerce son pouvoir (monnaie, finance, emploi). Une très belle réussite collective.

Manuel d’économie critique, hors-série du Monde diplomatique, 12 euros.

Nos Mythologies économiques

Économiste membre de l’OFCE, enseignant à Sciences Po et l’université de Stanford, Éloi Laurent a publié début 2016 l’enthousiasmant Nos Mythologies économiques. Ce « manuel de désintoxication économique » (lire son interview), qui déconstruisait quinze mythes contemporains, a eu sa suite quelques mois plus tard avec les Nouvelles mythologies économiques, portant ce nombre à trente.

Déplorant que l’économie soit devenue « la grammaire de la politique », l’auteur entend « immuniser les citoyens contre les mystifications économiques et désenvoûter les politiques de leur charme mortifère ». Comme ces chroniques sont à la fois savantes, mordantes et concises, leur lecture est aussi utile que réjouissante.

Nos Mythologies économiques et Nouvelles mythologies économiques, d’Éloi Laurent, Les Liens qui libèrent, 12 euros.

La Déconnomie

Professeur à Sciences Po et membre des Économistes atterrés, Jacques Généreux a aussi contribué au programme de la France insoumise. Avec La Déconnomie, il rompt avec les convenances de sa discipline pour porter le fer directement dans le gras de l’idéologie économique dominante : « l’épidémie de bêtise qui semble avoir contaminé la société par son sommet ». Aussi le ton est-il cinglant, sans altérer le sérieux des réflexions et de l’exposé. « On ne comprend rien à la crise si l’on occulte son origine systémique », affirme l’auteur, pour lequel décrire la « déconnomie ordinaire » est donc une nécessité, – ne serait-ce que pour saisir le refus de penser qui la fonde.

Jacques Généreux s’attache, successivement, à démonter les lieux communs qui contribuent à dissimuler la réelle nature du capitalisme financier, à établir son bilan, à démentir le « mythe de l’impuissance politique » créé par la contre-révolution conservatrice, à déconstruire les théories de la science économique dominante… Le parti pris consistant à toujours mettre en lumière la dimension idéologique des choix de politique économique permet à ce livre de porter le combat précisément là où la "pensée" libérale l’emporte aujourd’hui.

La Déconnomie, de Jacques Généreux, Seuil, 19,50 euros.

Par ici la sortie

Cet ouvrage collectif (il est l’œuvre des spécialistes d’Attac) se distingue par son approche plus centrée sur l’événement majeur des dernières années, hautement significatif : la crise financière qui s’est déclarée en 2008. Loin de marquer le début d’une profonde remise en cause des dogmes qui ont conduit à ce désastre, cette crise a été suivie d’une défense de plus en plus aveugle de ceux-ci, et même d’une aggravation de ce désastre au travers des politiques austéritaires.

Explorer les causes de cette crise constitue un efficace moyen de démontrer l’impasse libérale et de prendre la mesure de ses dommages sociaux et environnementaux. Soulignant la probabilité de nouvelles catastrophes, les auteurs dénoncent les "fausses solutions" – politique monétaire, réformes bancaires et financières, réformes "structurelles" – qui ont été apportées à celles-ci. Mais ils y voient aussi l’occasion d’une "bifurcation" historique consistant à rompre avec la domination de la finance, à réduire le temps de travail, sortir du productivisme…

Par ici la sortie. Cette crise qui n’en finit pas, de Jean-Marie Haribey, Michel Husson, Esther Jeffers, Frédéric Lemaire, Dominique Plihon, éd. Les Liens qui libèrent, 12 euros.

* * *

Si les publications présentées ici ne se contentent pas d’une critique du capitalisme libéral et esquissent des pistes de changement, d’autres s’attachent à définir plus précisément ces alternatives. Parmi les plus récentes, citons l’Appel des 138 économistes, Sortir de l’impasse (Les Liens qui libèrent), Notre bonne fortune d’Éloi Laurent (PUF), Changer d’avenir, réinventer le travail et le modèle économique et Misère du scientisme en économie – tous deux des Économistes atterrés, le second en collaboration avec l’AFEP (Les Liens qui libèrent et éd. du Croquant). Notons enfin que L’intégrisme économique, d’Éric Berr (encore aux Liens qui libèrent) aurait pu faire le cinquième ouvrage de la sélection ci-dessus.


@jeromelatta

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  • Des alternatives qui ont lamentablement échoué au Venezuela.

    Au Venezuela, les dépenses publiques ont explosé dans les années 2000. Elles sont passées de 26% du PIB en 1999 à 40% du PIB en 2013.

    Chavez a nationalisé plus de 250 entreprises.

    Aujourd’hui, le Venezuela est devenu le pays le plus pauvre d’Amérique latine devant Haïti.

    luc Le 31 mars à 11:09
       
    • Ignacio Ramonet connaît bien l’Amérique latine et porte un autre regard sur le Vénézuela, dont les difficultés actuelles sont dues principalement aux ennemis de la révolution bolivarienne.
      "Le gouvernement de Nicolas Maduro consacre 43,2% du budget aux politiques sociales. Résultat : malgré la guerre économique, le taux de mortalité infantile a été divisé par deux. L’analphabétisme éradiqué. Plus d’un million de logements ont été construits. Le nombre de professeurs des écoles a été multiplié par cinq (de 65 000 à 350 000). Le pays détient le coefficient de Gini (qui mesure les inégalités) le plus performant d’Amérique latine. Dans un récent rapport, la Commission économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes (CEPALC, un organisme de l’ONU) établit que le Venezuela est le pays sud-américain - avec l’Équateur -, qui a le plus réduit le taux de pauvreté.

      Le plus scandaleux, dans l’actuelle campagne de diffamation, c’est de prétendre que la liberté d’expression serait bridée au Venezuela..."
      Texte intégral ICI.

      Autrement Le 31 mars à 14:32
    •  
    • @ luc

      Quand vous écrivez ce que vous écrivez, soit vous n’avez rien dit, soit vous en avez dit trop. Pas le moindre petit commencement d’analyse, d’argumentation.

      Arretez avec les trucs simplistes qui ne vous grandissent pas, au contraire. Les trucs éculés des réactionnaires du style la "dépense public " qui est dans les faits un investissement.

      Je prends un seul exemple. Le salaire d’un enseignant, c’est une " dépense public ". Il fait quoi avec son salaire l’enseignant ? Il achète des biens de consommation, il fait appel à des services, il investit où il épargne une petite part de son salaire, si il le peut. Bref il fait tourner l’économie.

      Et en plus il donne de la connaissance à nos enfants pour que demain soit meilleur.

      C’est pas beau !!!

      GG Le 31 mars à 16:40
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