Accueil > Politique | Par Loïc Le Clerc | 16 février 2016

EE-LV, parti pour disparaître ?

La défection de sa secrétaire générale Emmanuelle Cosse s’apparente à un coup de grâce pour le parti écologiste, plus que jamais déchiré par les dissensions sur ses objectifs politiques.

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Dans une lettre adressée aux militants le jour de son départ, Emmanuelle Cosse disait partir « la conscience tranquille ». De quoi indigner Esther Benbassa : « L’histoire ne retient pas les traîtres ». « Trahis », « abasourdis », « déçus », tels sont les mots utilisés par les membres d’EE-LV, encore sous le choc. Jeudi 11 février, Cosse est nommée ministre du Logement et démissionne de ses fonctions à la tête du parti (lire aussi "La parole perdue d’Emmanuelle Cosse"). La sénatrice EE-LV n’en revient toujours pas : « On savait qu’en politique, la trahison est très fréquente, mais là, elle est partie du jour au lendemain ! On ne peut pas faire de la politique sans foi ni loi. Quel exemple pour la jeunesse ! »

« En train de devenir un groupuscule »

Pour Françoise Diehlmann, qui vient aussi de quitter le parti, EE-LV est en train de « retomber dans les tares des Verts. Leurs côtés négatifs reviennent au premier plan, comme une gifle ». L’ex-conseillère régionale d’Île-de-France déplore la « pensée dominante » qui s’est installée :

« Ce parti n’existe plus, Il y a eu beaucoup de déception, beaucoup de gens partent. Les deux derniers secrétaires nationaux et les présidents de groupe parlementaire sont partis. Ce n’est pas rien. EE-LV est en train de devenir un groupuscule ».

Ils sont plusieurs à dater le début de la crise à EE-LV au départ de Cécile Duflot du gouvernement, en mars 2014. Pour le sénateur écologiste Jean Desessard : « C’était une erreur, un caprice sur le fond, mais surtout sur la forme. Elle a entraîné un processus qui a abouti à atomiser EE-LV ». Une analyse partagée par Françoise Diehlmann, pour qui « Emmanuelle Cosse n’est pas la cause, mais un effet » du départ de Duflot. L’heure est donc aux remises en question à EE-LV, qui doit « travailler à se reconstruire, même si dans un premier temps, le fait qu’il y ait déstabilisation est humain », analyse Esther Benbassa. La sénatrice appelle au changement :

« Le fonctionnement du parti doit changer. Ce n’est pas normal que nous ayons produit ces apparatchiks. Il faut couper le mal à la racine. »

Jean Desessard modère cette analyse : « Dans une classe, suivant le professeur, l’ambiance du lycée, on peut être bon ou mauvais élève ». Mais le problème des écologistes viendrait aussi de l’absence de débat. D’après Françoise Diehlmann, jamais la question de la participation gouvernementale n’a été mise sur la table. Pour Jean Desessard, cette affaire amène EE-LV à revoir son rapport au pouvoir :

« Même si l’on participe au gouvernement, il faut garder une certaine forme de recul et de radicalité. EE-LV saura-t-il allier une écologie pragmatique et une écologie radicale, où faudra-t-il deux partis ? »

« La reconstruction d’une écologie politique »

À l’instar de l’absence de critiques de l’UDE à l’encontre du PS, Françoise Diehlmann estime que la position inverse, "tout sauf le PS", ne sert pas plus les intérêts écologistes. Elle prend un exemple pour illustrer la débâcle : « Quand dans le Nord-Pas-de-Calais on exige la tête de liste et qu’on se retrouve à y aller sans le PS, sans le PCF, on casse l’union de la gauche et on a des régions où la gauche a complètement disparu. Voilà ce que j’appelle de la trahison. » Comme le rappelle Jean Desessard :

« On avait tous applaudi la garantie universelle des loyers de Cécile Duflot, lorsqu’elle était au gouvernement. Aujourd’hui, c’est remis en cause par le gouvernement, donc comment Emmanuelle Cosse peut arriver sur une décision si importante ? »

Que dire des dossiers Sivens et Notre-Dame-des-Landes ? Pour Françoise Diehlmann, la question qui se pose est la suivante : « Est-ce qu’on peut agir dans ce gouvernement ? » Mais pour Jérôme Gleizes, conseiller EELV de Paris, « une rupture totale avec le PS au prochain congrès serait suicidaire ».

D’après Esther Benbassa, « EE-LV est encore un parti de militants, de jeunes, qui ont de vrais idéaux, qui veulent se battre ». Elle voit derrière ce remaniement ministériel, un « travail de sape de Hollande » pour casser le parti afin qu’il ne présente pas de candidat à l’élection présidentielle. La sénatrice estime que cela va plutôt « stimuler une candidature écologiste », et surtout celle de Nicolas Hulot, d’après Jérôme Gleizes. Il estime que l’urgence est à la « reconstruction d’une écologie politique pour éviter le pire en 2017 ».

Françoise Diehlmann en est persuadée, pour 2017, « il y aura sans doute Cécile Duflot, pour représenter le seul parti EE-LV », bien qu’elle aimerait voir un Nicolas Hulot rassembler « tous les écologistes et au-delà ». Reste à savoir où est passée Duflot. Pas le moindre commentaire de sa part depuis le remaniement. En attendant d’y voir plus clair, remémorons-nous la parole autoréalisatrice d’Emmanuelle Cosse :

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Vos réactions

  • Ouais enfin, Françoise soutenait cette entrée au gouvernement, le parti non, et en amont.

    Donc les petites colères post-traumatiques, j’en ai un peu soupé, moi. Laissez-nous reconstruire notre parti plutôt que d’être dispendieux-euses en aigreur.

    Js Le 16 février à 15:58
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  • Aucune aigreur.
    Il vaut mieux en rire : Ecoute Emmanuelle Le Vent...

    A lire surtout ce dossier très salé :
    Cosse perdue de l’écologie
    http://wp.me/p5oNrG-jPq

    Louis Le 16 février à 16:25
  •  
  • Comment peut-on faire un article sur la décomposition avancée de EELV sans parler de son renoncement à la lutte contre le capitalisme et la mondialisation financière libérale qui sont les principales causes de la destruction de la planète et des conditions de vie des hommes, de la faune et de la biodiversité dans son ensemble ! Les petites magouilles d’appareil et d’egos n’intéressent personne. Et la Politique bordel !!!

    René-Michel Le 16 février à 22:20
       
    • Assez d’accord même si écrire sur la décomposition des Verts ne s’oppose pas à réfléchir à leurs illusions politiques.
      C’est plutôt rassurant qu’en France, séparer les problèmes sociaux, sociétaux et écologistes est une illusion vouée à l’échec.
      Maintenant, comment intégrer les militants sincères écologistes dans la candidature jlm2017 avec leurs réflexions et leur volonté de bouger la réalité ?

      Pierre 93 Le 17 février à 11:22
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  • Finalement, EELV est un parti comme les autres : des apparatchiks qui gouvernent à leur sauce et des petits soldats pour faire nombre et du bruit. Mais ce petit nombre, comme aux partis communiste, socialiste, républicain et autres, subi la sacro-sainte démocratie centralisée du type de celle du PC de Marchais et d’avant, où on décide en haut et on donne l’apparence que c’est le bas qui a produit la décision.

    Le français délègue beaucoup trop ses responsabilités politiques individuelle. Il adore sa 5ème république et les hommes (femmes) providentielles.

    Les solutions sont en nous, pas en eux, ces carriéristes. On ne devrait pas pouvoir être réélu aux même postes.

    La Renaudie Le 17 février à 07:54
       
    • L’amertume c’est bien beau mais que proposes-tu d’autre qu’un stérile appel à trouver la solution en nous ? Pendant ce temps là libre aux politiciens véreux de continuer leur néfaste comédie et aux financiers de s’enrichir !

      René-Michel Le 17 février à 18:18
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  • Étonnantes réactions que celles de Mme Dielhmann et M. Dussard. Les problèmes de EELV ne datent pas du départ de Duflot.

    Par ailleurs pourquoi traiter le départ de Duflot de caprice ? Elle ne pouvait décemment pas travailler pour Valls. Aussi, elle ne fut pas seule à partir.

    Ces gens ne sont même pas d’accord entre eux !

    " Les deux derniers secrétaires nationaux et les présidents de groupe parlementaire sont partis. Ce n’est pas rien. EE-LV est en train de devenir un groupuscule "
    Mme Diehlmann veut certainement dire qu’ils restent les meilleurs ?

    Si j’étais militant EELV, je lancerai l’idée d’une expulsion générale de ces têtes pensantes. Les militants devraient se retourner contre leur direction. Il faut "couper le mal à la racine". A défaut, un départ généralisé de tous les militants !

    fred Le 17 février à 11:16
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  • Vous rapportez des propos de Jérôme Gleizes affirmant "qu’une rupture totale avec le PS au prochain congrès serait suicidaire".
    Les faits montrent exactement l’inverse : l’alliance avec le P"S" conduit à la liquidation d’EELV.

    François 70 Le 17 février à 13:25
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  • Regards est frappé de plein fouet par cette trahison ouverte de son ancienne rédactrice en chef, mais nous propose que des témoignages et commentaires occasionnels face à ce constat, en lieu et place d’une analyse politique de fond de la dérive que Cosse incarne.

    Quels intérêts sociaux son parti écolo exprime-t-il ? Quelle est sa base sociale, en nombre d’adhérents, et en termes de classe, en termes sociologiques si vous préférez ? Comment qualifier son idéologie, car il y en a bien une s’il s’agit d’un parti politique ? Quels sont les rapports de force politiques entre les courants écolos en place ?

    Si aucune analyse sérieuse n’est proposée, cela donnera raison à la position de Mélenchon, alors qu’il n’a pas raison sur tout (la question souverainiste, p.ex.)

    Goldwasser Le 17 février à 16:24
       
    • Bonjour tout le monde,
      à mon avis, ce n’est pas la peine de s’en prendre à Regards suite à la défection de Cosse. Ca me rappelle le cas de communistes qui quittaient le PCF par lassitude, écoeurement, blessure affective et qui entendait ceux qui restaient dire "j’en étais sûr, je savais qu’il allait quitter le parti, c’est un social-démocrate !", etc...
      Cosse n’a rien trahi du tout : elle n’a jamais pensé la société en terme de classes, d’exploitation, de profit,...Et donc son problème, ce n’est pas le capitalisme, c’est comment on fait de l’écologie au quotidien, tout de suite, sans poser la politique en terme de rapports de force capital/travail (je vais vite).
      A Regards, elle n’a pas dû faire trop d’efforts pour se sentir bien : le positionnement anti-PCF (anti direction en tout cas)de ce courant ne devait pas la déranger, loin de là. Mais c’est un autre débat.

      Pierre 93 Le 18 février à 11:07
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    • tout d’abord il convient dans toute analyse sur les verts de ne pas perdre de vue une chose , l ’ écologie même si elle entretient plus d’affinités avec les " utopies " qui furent celles de la gauche militante des années 70 80 , n’a jamais été ni de droite ni de gauche.
      Il suffit de se rappeler les batailles contre les gros bras de la CGT et les nervis du PCF , défenseurs de La "force de frappe nationale et de l indépendance Nucléaire de la France. les gros bataillons Cégétistes d EDF se déclaraient pourtant de " Goche" tout étant aussi GAULLIEN sur l indépendance énergétique que pouvait l être un Bernard PONS.
      l ’ écologie étais antimilitariste, pacifiste , mais surement pas de "Goche" comme l’entendent les sociaux démocrates et les néo staliniens .
      Et dans ces années 2000 ou les utopies ont disparus ( je le regrette comme pas mal de gens ) vous voudriez que l écologie soit "révolutionnaire, anticonformiste" ? , et bien elle est ce qu’est devenue la société ,individualiste ,carriériste et opportuniste .
      C’ est pour cette raison entre autre mais c’est un autre sujet que JLM , en se déclarant candidat , veux en finir avec cette utopie, ( a laquelle il a cru un moment) pour promouvoir une autre conception l ’éco socialisme.
      Quelle importance alors il y a t il a se demander si Dufflot est plus a gauche que Cosse, moins que Mamére, plus que Placé, tout le monde s’en fout ! .

      buenaventura Le 18 février à 12:41
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    • com d’hab, Buenventura vomit son anti communisme... minable.

      milhac Le 18 février à 13:36
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    • @Milhac De quel droit vous permettez-vous de parler de communisme alors que vous et les vôtres n’ont jamais rien compris au Marxisme et ont toujours refusé de faire leur auto-critique sur plus d’un demi siècle d’adhésion et de soumission au stalinisme !

      René-Michel Le 21 février à 10:32
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    • Pour René-Michel : oui le PCF est le seul adversaire de la bourgeoisie, ne vous en déplaise...
      Vous n’êtes pas obligé d’être hargneux donc ridicule

      milhac Le 21 février à 15:18
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  • Répondez sur le fond , montrez que vous êtes plus intelligent et moins bornés que moi ! .

    buenaventura Le 18 février à 18:10
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  • EE -LV deviens un partis d’élues, comme le PCF avec qui il sont en concurrence sur ce terrain, ils sont donc obliger de trouver des compromis avec le PS pour se partager le gâteaux des élus !!.ils cherchent des postes, des fonctions, comme n’importe quel autre parti. Triste spectacle, le PS, PCF, EELV, on tous abandonner les vrais écologistes à leur sort, les travailleurs à leur sort, et les progressiste à leur sort. Cela donne raisons pour les Français soit de ne pas voter, soit de voter FN. Mais il reste Mélenchon, NPA, LO ...Mais , comme je le dis voter c’est bien, se syndiquer c’est mieux, et lutter c’est encore mieux. Car sans un nouveau 68, ou 36, il ne se passeras pas grand chose.

    bob Le 19 février à 15:53
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  • Entièrement d’accord avec toi, bob.

    René-Michel Le 21 février à 10:25
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  • Les problèmes des écologistes ne datent pas de bisbilles à la con, il vient des le départ d’un manque de pragmatisme par rapport au système électoral majoritaire.

    Des lors que personne n’a l’idée de fédérer des mouvements autour d’une réforme constitutionnelle incluant la proportionnelle, les partis minoritaires qu’ils soient écologistes ou non doivent choisir entre 3 stratégies :

    etre un parti contre ( et éventuellement agir hors élections genre Hulot.)

    Etre une force indépendante, négociant éventuellement des alliances électorales mais ne participant à la mascarade d’un programme commun ou d’une majorité plurielle.

    Etre un appendice du PS façon radicaux de gauche.

    Ces 3 stratégies sont inconciliables, et les verts n’ont jamais tranché si bien qu’il apparaissent pour les tout sauf PS trop systématiquement affiliés à lui, et pour les sympathisants du PS trop "gauchistes"

    Desormais, l’avenir de l’écologie politique passe par une scission en au moins 2 mouvements, l’un avec ceux qui sont déjà parti clairement affilié au PS et un autre complètement indépendant que chacun puisse enfin faire de l’écologie de son côté au lieu de passer son temps à s’affronter.

    Une candidature de Nicolas Hulot serait une opportunité inouïe de faire naître cette seconde force indépendante, parce que ça ne viendra jamais de l’intérieur, car si les écologistes n’ont jamais eu de lignes claires, c’est que ce conflit permanent permet la promotion d’opportunistes comme le montre factuellement le trajet des dirigeants écologistes depuis 30 ans.

    Patrick Zerebel Le 30 mars à 10:57
       
    • Même si je dois avouer que le coup d’Emmanuelle cosse m’a scotché, elle a envoyé pas mal de gens dégoûtés directement vers l’abstention, ce qui fait le double de pourcentages pour le FN.

      Là je crois que ça suffit, vraiment, on ne peut plus etre sympathisant.

      Patrick Zerebel Le 30 mars à 11:03
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