Accueil > Politique | Par Guillaume Liégard | 7 octobre 2015

EELV en option décroissance

Plombé par ses dissensions, ses incohérences et ses défections, le parti écologiste a perdu la formule qui lui avait assuré une place importante dans le paysage politique. Au point que son existence elle-même semble désormais menacée.

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Depuis des années, les écologistes français nous ont habitué à presque tout mais, surtout, il faut bien le reconnaître, au pire : intrigues picrocholines, révolutions de palais, chicaneries, appétit de pouvoir quasi inégalé dans son caractère ostentatoire le plus brut, le tout pour des réalisations écologiques de basse intensité – pour ne pas dire souvent inexistantes.

Ce spectacle récurrent, revivifiant le pire de la IVe République, est en voie d’achèvement tant la crise qui traverse EELV depuis cet été pourrait bien avoir un caractère définitif. Car c’est bien l’existence même du parti écologiste qui paraît désormais menacée

Les rois du pétrole

Avec talent, les écologistes ont longtemps semblé détenir la martingale électorale. Alliés fidèles du Parti socialiste, ils ont bénéficié à plein de la capacité de ce dernier à distribuer postes, prébendes et circonscriptions. Le PS a su récompenser les personnalités écologistes les plus méritantes d’un mandat de sénateur – Jean-Vincent Placé après Dominique Voynet sont les plus connus. Mieux, l’accord négocié entre Cécile Duflot et Martine Aubry, alors première secrétaire du PS pour les élections législatives de 2012, a permis, pour la première fois, de constituer un groupe écologiste de dix-huit membres à l’Assemblée nationale. Seules les mauvaises langues, perfides voire fielleuses, pourraient croire qu’au delà des convictions écologistes de la maire de Lille, il y avait aussi un marché pour la primaire socialiste.

Car en réalité, EELV, en tout cas sa direction, n’a jamais été bien dérangeante pour tout ce qui fait le miel des politiques libérales. Européens béats, ils ont été des artisans belliqueux du "oui" de tous les traités. Discrets sur les restructurations industrielles et plus généralement sur la plupart des questions sociales, ils ont su, en revanche, défendre avec âpreté le cadre de vie de tous ceux qui ne paient pas la crise. Si, si, il y en a, il suffit de se rapprocher des centres-villes. Halte là, me dira-t-on ! Mauvaise foi caractérisée et non, l’écolo barbu des années 80 n’est pas l’ancêtre du hipster gentrifié. Bien sûr, toute règle souffre ses exceptions et quelqu’un comme Noël Mamère ne relève pas d’un tableau ainsi brossé. La preuve, d’ailleurs, c’est qu’il a quitté ce bateau ivre depuis plus de deux ans.

Tout en étant d’indéfectibles alliés du PS, les écologistes ont su surfer sur les préoccupations écologiques croissantes d’une partie de la population. Attentif à leur label bio, EELV n’a eu de cesse, contre toute évidence, de clamer qu’elle était l’unique détentrice de la dimension écolo dans le paysage politique français – avec un certain succès, il faut le reconnaître.
Mais c’était le bon temps.

Plus dure est la chute

La force et la limite de EELV est d’avoir été l’expression politique d’une galaxie écologiste extrêmement diverse. Si l’on excepte le cas particulier des courants de la décroissance et les scories marquées à droite comme Cap21, EELV avait réussi à hégémoniser toute la mouvance écolo et sa multiplicité d’associations. Une hétérogénéité qui, telle une publicité d’Évian, se voyait tant à l’extérieur qu’à l’intérieur du parti. Il n’est pas si simple pour un parti d’à peine quelques milliers d’adhérents de faire cohabiter en son sein des militants dont certains pourraient être à la gauche du Front de gauche et d’autres entre le Modem et l’UDI. Mais, bon an, mal an, l’improbable attelage tenait bon. L’élection de François Hollande et l’entrée des écologistes dans son gouvernement sont venues bousculer ce bel ordonnancement.

D’abord sur le cœur de métier d’EELV, car le moins qu’on puisse dire, c’est que les différents gouvernements de François Hollande ne brillent pas par leurs préoccupations écologiques. Dès le début du quinquennat, le premier ministre Jean-Marc Ayrault, principal artisan du projet de Notre-Dame-des-Landes, s’est empressé de débarquer sa ministre de l’Environnement, Delphine Batho, qui avait protesté contre la faiblesse de son budget. Reconnaissons que le président a depuis fait beaucoup mieux, avec un certain sens de la provocation. Ainsi à quelques encablures de la COP21, coup sur coup ont été annoncés la mise en place des bus Macron, l’abandon de la fermeture de Fessenheim et la délivrance de permis d’exploitation d’hydrocarbures en région parisienne et dans l’Est de la France. Il n’y a pas à dire, respect.

Mais au-delà du paradigme écologiste, il a bien fallu se positionner sur le fond des questions économiques, sur la politique d’austérité et finalement sur la question de l’appartenance gouvernementale. Il serait beaucoup trop réducteur de réduire cette dernière à l’aspiration de quelques-uns à devenir ministres. Non pas que l’appétit n’existe pas, certains sont même visiblement affamés, mais le positionnement sur ces questions traduit d’abord la place de chacun sur l’échelle gauche-droite. À l’instar d’un Cohn-Bendit, prêt à gouverner avec Angela Merkel en Allemagne, nombre de dirigeants écologistes se retrouvent bien dans la politique libérale du gouvernement, voire pire. À l’autre bout de l’échiquier, la base d’EELV est apparue plus radicale que son groupe parlementaire, se positionnant clairement pour la sortie du gouvernement et imposant un accord avec le Front de gauche dans 51% des cantons. Au regard de la politique menée par Hollande, une telle contradiction n’était pas tenable et ne pouvait se conclure que par des départs.

Stratégie du délitement

Plutôt qu’à une coupure nette, c’est à un lent délitement que nous assistons depuis des mois. Quasiment pas une semaine sans l’annonce d’une nouvelle démission d’un parlementaire ou d’un responsable régional d’EELV. Le projet du nouveau parti, Ecologistes ! lancé par François de Rugy et Jean-Vincent Placé est clair : « Une écologie pragmatique, réaliste et positive ». En clair, des alliances partout où c’est possible avec les socialistes pour les régionales, en attendant mieux. Car le même de Rugy a d’ores et déjà annoncé qu’il rêvait « d’union avec les modérés de la droite et de l’UDI » : on suppose que le scrutin de 2017 étant incertain, autant avoir deux fers au feu.

Du côté de la maison mère, la situation devient critique. Déjà, en juin, avant même les démissions, il avait fallu mettre en vente le siège national d’EELV, trop grand. On imagine que, depuis, les pas résonnent. Surtout, à ces problèmes organisationnels multiples, s’ajoute la chute libre dans tous les sondages d’opinion. Les Français, fatigués par le spectacle du parti écologiste, confrontés à des problèmes sociaux pour lesquels EELV n’a jamais songé à apporter un embryon de réponse, semblent se détourner du parti écologiste.

En Île-de-France, la candidature d’Emma Cosse semble particulièrement plombée. Ce sont déjà près d’un tiers des candidats de la liste EELV qui ont démissionné. La dynamique, ou plutôt son absence, est telle qu’il devient légitime de se demander si cette candidature ira au bout. Signe des temps, Emma Cosse, qui autrefois avec Act Up jetait des poches de sang sur les chemises blanches des patrons de l’industrie pharmaceutique, défend désormais, en toute écologie, celles d’Air France : « La violence de certains salariés condamne leur colère et condamne toute possibilité de dialogue ».

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  • "Fielleux", "belliqueux", "mauvaise foi", et bien ! La tonalité de ce texte est tellement acide que ça brûle mon écran ! Quelqu’un pourrait-il m’en expliquer l’intérêt ?

    Pierre G Le 7 octobre 2015 à 17:57
       
    • Certaines pointes d’humour sont vraiment amusantes dans ce texte (les trahisons monstrueuses du gouvernement : "respect !"), et les informations sont éclairantes. C’est plaisant. Je sens en même temps que l’auteur hésite, entre l’analyse politique, la proposition alternative et la satire anti-bureaucratique.

      Cette hésitation nous montre que la ligne éditoriale de Regards n’est pas beaucoup plus claire que l’orientation d’Emma Cosse, ancienne collaboratrice de Regards, dans un registre un peu différent...
      Approche mouvementiste ou représentative ? Soutenir Tsipras contre son opposition de gauche, ou alors critiquer son renoncement aux côtés du Pasok (les deux positions sont défendues par C. Tricot à un mois d’intervalle). Batailler contre la forme cartel du FDG ou soutenir P.Laurent qui répète les logiques partidaires et électorales ? Contrer la social-démocratie ou espérer sa renaissance ? Plan A, plan B ou plan foireux ?

      Le problème est que Regards n’est ni un espace de débat indépendant des partis à la gauche du PS, ni une publication militante suffisamment forte pour peser sur le débat politique.
      Cela crée, en général, un style mi-figue mi-raisin qui oscille entre le billet partisan et le commentaire détaché, entre le journalisme politique et l’expertise savante (voir les texte de R. Martelli). Hélas, les moyens manquent pour assurer un journalisme d’investigation, la publication d’essais littéraires pointus ou encore la discussion de fond des recherches universitaires internationales. Enfin, ce n’est pas grave, notre époque fonctionne avec le système D et les lectures diverses qui sortent sur le web.
      Sascha G.

      Goldwasser Le 10 octobre 2015 à 15:58
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  • effectivement un papier pas du tout porté vers les issues et les évolutions profondes de militants qui commencent à tirer les leçons des 10 dernières années.
    En paca, même si les "négos" furent complexes, les réunions de terrains montrent une grande connivences entre les militants des différentes maisons...loin des enjeux d’appareils de ce papier !

    Laurent Eyraud-Chaume Le 8 octobre 2015 à 10:43
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  • On peut discuter le ton de l’article mais le fond est juste : en France, on ne peut pas jouer à "ni droite ni gauche", ni éviter le positionnement idéologique pour ou contre le libéralisme (capitalisme si vous préférez). Il fallait bien qu’à un moment politique, ce "surfage" s’écroule. En France, si on veut faire de la Politique en dehors des questions sociales, on se casse la g.....
    Ce n’est pas parce que le PCF recule, que les syndicats de lutte de classe "galèrent" que le fond idéologique antilibéral régresse.
    Ceux qui confondent les 2 mouvements se plantent. Voir le 29 mai 2005...

    Pierre 93 Le 8 octobre 2015 à 12:40
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  • Franchement est-ce que le Front de gauche peut se permettre de donner des leçons de cohérence et d’unité à EELV ? Ce qui est dit dans ce papier n’est pas faux, mais le ton adopté est tout à fait déplacé et il vaudrait mieux chercher comment il est possible de travailler avec la gauche d’EELV à la recomposition politique dont nous avons tant besoin. Ce n’est certainement pas comme cela qu’on y arrivera.

    domipavy Le 8 octobre 2015 à 19:00
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  • Pour aller au bout de ma pensée : la recomposition politique, en dehors du mouvement social et du peuple, c’est du pipeau.
    Quant aux Verts, aile "gauche", aile "droite", aile du "milieu", c’est aussi du pipeau. Comme pour les ailes du PS.
    Les verts, en tant que parti, c’est une des plus grande mystifications politiciennes de ces 30 dernières années. Sur le fonctionnement interne, les apparatchiks, les magouilles politiciennes et électoralistes, ils n’ont rien à envier au PS.
    Dernier exemple en date : le scandale Bartolone au CG93 : emplois fictifs, salariés sur payés, et tout ce qui ne sort pas dans la presse, les Verts sont mouillés jusqu’au cou. Segal Saurel était vert au moment des faits...Je milite au FDG à Pantin et travaille dans le 93, je peux vous en parler pendant des heures.
    En France, aucun positionnement politique durable ne peut s’envisager en-dehors de la question sociale.
    Autre chose est, évidemment, le retard de la gauche antilibérale sur les questions écologistes...

    Pierre 93 Le 9 octobre 2015 à 10:12
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