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Accueil > Politique | Entretien par Pierre Jacquemain | 15 février 2017

Élise Löwy : « L’écologie politique n’est pas soluble dans le PS »

Élise Löwy, membre du bureau exécutif de EELV, analyse la situation d’une formation écologiste « en fin de cycle » et estime qu’une alliance avec le PS ne pourrait se faire qu’à la condition d’un véritable projet de transformation.

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Regards. Yannick Jadot sera-t-il votre candidat à l’élection présidentielle ?

Élise Löwy. Aujourd’hui Yannick Jadot est le candidat désigné par la primaire de l’écologie. Il n’a pas encore les parrainages suffisants. Il faut dire que l’annonce d’une possible remise en cause de sa candidature dans l’ensemble des médias, dans le cadre d’un accord avec le candidat du PS, n’aide en rien. Des maires sont frileux pour donner leurs parrainages par crainte que le candidat de l’écologie n’aille pas au bout.

Sans les parrainages nécessaires, EELV est-il condamné à se tourner vers le PS – au risque de rejouer 2012 ?

EELV n’est pas contraint de se tourner vers le PS, il y a d’ailleurs moins de huit mois, lors de notre Congrès, l’écrasante majorité des militants avaient fait le choix inverse. C’est pourtant, malheureusement, ce que tente de faire la majorité au bureau exécutif de EELV, en passant un accord sans aucun rapport de forces afin de sauver quelques élus. Aucune leçon du passé et de l’échec de 2012 ne semble avoir été tirée. Or, tout l’enjeu est justement de ne pas reproduire les mêmes erreurs, d’autant plus en se retrouvant derrière le PS sans avoir de garanties suffisantes sur la réalité de la politique menée – dans les actes, et non sur le papier. Nous nous souvenons bien de l’accord qui a été présenté aux militants écologistes en 2011, fait de belles promesses qui n’ont pas été appliquées.

« Un accord entre Jadot, Hamon et Mélenchon serait souhaitable de mon point de vue, sous certaines conditions se fondant sur un projet de transformation écologique et social. »

 

Vos militants et sympathisants sont invités à voter ces jours-ci pour valider la poursuite des discussions avec Mélenchon et Hamon. Vous y êtes favorable ?

J’ai toujours été intéressée par une dynamique citoyenne et collective autour d’un projet écologiste et social qui accompagnerait un accord à trois. Mais sous certaines conditions de fond et de forme, et surtout sur la réalité de la mise en œuvre. En particulier, on ne peut considérer qu’un projet se présentant comme "écologiste" pourrait être appliqué par des députés soutiens – voire membres – du gouvernement libéral sortant et de sa politique, tels que Valls ou El Khomri.

Pourtant, des discussions ont d’ores et déjà été engagées entre EELV et le PS. Vous l’avez d’ailleurs dénoncé. Pourquoi ?

Je confirme que des discussions ont été engagées dès dimanche et que la majorité du bureau exécutif d’EELV s’est lancée dans la négociation d’un accord avant même le résultat de tout vote interne à EELV. Cela pose problème car la majorité actuelle avait promis, lors du dernier congrès, de ne pas retourner avec les socialistes. Même si, déjà, nous étions plusieurs à en douter, connaissant bien les acteurs en présence. 

Dans ce cadre, un accord entre Mélenchon, Hamon et Jadot est-il encore envisageable ?

Un accord entre les trois, dans le contexte actuel, serait souhaitable de mon point de vue, sous certaines conditions se fondant sur un projet de transformation écologique et social. Souhaitable avant tout car il ouvrirait la porte à une alternative potentiellement forte et en capacité d’atteindre le second tour, et parce qu’il épargnerait à EELV un tête-à-tête avec le PS. Mais si cela est compromis pour la présidentielle 2017, il peut être intéressant, au vu du contexte actuel, de discuter des législatives sur la base d’un projet incompatible avec la politique menée par le gouvernement sortant et ses soutiens dans les institutions et ailleurs. 

« Je ne crois pas à une majorité de rupture avec le Parti socialiste. Les cinq ans qui viennent de s’écouler l’ont illustré de manière claire. »

 

Si Jadot se range derrière Hamon, pourquoi ne pas avoir participé dès le début à la primaire des socialistes ?

Une campagne présidentielle peut être une fenêtre pour porter ses idées. C’est ainsi que la pensait René Dumont en 1974. Le retrait de Yannick Jadot questionnerait en effet le sens de cette primaire. Le programme du PS et des écologistes comporte de réelles divergences, par exemple sur le nucléaire ou la proportionnelle. La "Belle alliance populaire", ou la primaire du PS, n’est pas à mon sens le cadre politique pertinent pour transformer la société, ni celui d’une recomposition, par ailleurs nécessaire. Aussi, je ne suis pas favorable à ce que les écologistes se rangent derrière le candidat du PS. 

Une majorité de rupture, de transformation sociale et écologique, est-elle possible avec Benoit Hamon et ses amis du PS ?

Je ne crois pas à une majorité de rupture avec le Parti socialiste. Les cinq ans qui viennent de s’écouler l’ont illustré de manière claire. Doit-on rappeler le TSCG, l’ANI, le CICE, l’état d’urgence, la déchéance de nationalité ? Rémi Fraisse, Fessenheim et plus globalement le mépris de toute politique écologique ? Adama Traoré, Théo, l’abandon des quartiers populaires, les politiques d’austérité qui ont détruit le tissu associatif et le lien social, et tant et tant d’autres choses encore ? En politique, il est toujours préférable d’avoir une mémoire des actes. Cela évite de refaire les mêmes erreurs en boucle.

Donc si EELV se range derrière Hamon, vous pourriez soutenir un autre candidat ? 

Personnellement, je ne soutiendrai pas le candidat du PS. J’ai la conviction que l’écologie politique n’est pas soluble dans le Parti socialiste. Je pourrais éventuellement soutenir une autre candidature.

« EELV est arrivé à la fin d’un cycle. Il s’agit de renouveler les pratiques, les équipes, les moyens et les formes d’action. »

 

EELV est-il menacé ?

Au sein d’EELV, le ralliement officiel à Hamon va diviser le mouvement et les militants choisiront des options très différentes : certains refuseront de choisir, d’autres soutiendront Mélenchon, d’autres Hamon, et d’autres encore Macron. Face à la nature de son projet anti-écologique et antisocial, soutenir Macron est une option qui pour moi ne s’est jamais posée. L’histoire n’est pas écrite. Mais EELV est arrivé à la fin d’un cycle. Il s’agit de renouveler les pratiques, les équipes, les moyens et les formes d’action. L’heure est venue pour une refondation vers un mouvement qui refuse l’endormissement de l’écologie dans la gestion, ou la dilution dans une gauche social-libérale. 

Que va-t-il se passer, à gauche, au lendemain des échéances électorales, d’après vous ?

Une recomposition est nécessaire et la construction d’une alternative écologique, sociale et citoyenne est une nécessité. C’est de l’image d’une réalité différente, un Wunschlandschaft ("paysage de désir") selon les termes d’Ernst Bloch, dont nous avons besoin, une nouvelle possibilité de se projeter dans l’avenir et d’emprunter un autre chemin, celui de l’émancipation. Cela ne sera possible que si les forces écologistes et sociales assument de dépasser les clivages partisans actuels et les logiques d’alliance qui en découlent pour construire ensemble, avec les citoyens et citoyennes, une alternative écologiste et sociale, durable. Il est essentiel que celle-ci assume de porter un projet radical et ambitieux, impliquant une sortie du nucléaire civil et militaire, le refus des grands projets inutiles et imposés, un changement institutionnel profond (proportionnelle, non-cumul des mandats, droit de vote des étrangers), le partage et la réduction du temps de travail, une rupture avec le mythe de la croissance, une remise au centre de l’humain et de la nature face aux profits. Ce projet est incompatible avec le capitalisme vert.

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  • Analyse intéressante des choix et fonctionnement de EELV mais...Que fait ce monsieur dans cette formation politique ? Il est en désaccord sur les choix politiques, électoraux, les valeurs et il y reste...Le PS a ses "frondeurs", EELV a ce monsieur et qq autres...
    Quel cirque ! Comment les électeurs de gauche vont s’y retrouver ?

    pierre93 Le 15 février à 14:57
       
    • Comme quoi les primaires arrangent pas tout...
      Mais c’est plus globalement le soucis qu’on peut rencontrer dans un parti qui a une histoire :
       il y a une ligne officielle.
       et des courants divergents émergeant au fur et à mesure des événements... Car les cadres d’un parti font tout pour y conserver leur place...

      Les "mouvements" sont moins sujets à ce genre d’incohérences : si on n’est pas content, on s’en va... On a pas grand chose à y perdre.

      Carlos Le 15 février à 15:57
  •  
  • La lutte des places ! Quelle déchéance. EELV s’enfonce dans un marasme qui lui fait perdre toute crédibilité. Dommage que la position d’Elise Löwy ne soit pas partagée. Donc, chaos aussi chez les Verts (prisonniers de la "belle" alliance bidon).

    Amram D Le 15 février à 16:42
       
    • vous vous trompez, je suis adhérent EELV apres avoir longtemps été sympathisant ,.
      En interne un autre texte proche de celui-ci circule et provoque le débat interne, nous sommes plus d’un a remettre en question ce choix qui d’une bonne idée de départ celle de faire avancer les forces de progres pour une 6eme proportionnelle pose le doute du risque parlementaire post présidentiel car hamon ne dispose pas , au sein des élus et des cadres du PS D’une majorité lui permettant de gouverner et de pouvoir faire passer ce programme écologiste et social...
      la contre partie actée pour les législatives parait insuffisante pour permettre a a l’association EELV plus Hamon de peser au sein du parlement.
      en cas de victoire au premier tour , ce qui parait impossible en l’état actuel de la division de la gauche avec la position du front de gauche,le parlement resterai constitué d’élus du PS majoritairement ancrée dans une ligne sociale libérale héritée....impossible donc en théorie de pouvoir constituer une majorité Parlementaire stable pour faire passer un tel programme pourtant seule porte de sortie durable au repli Frontiste.
      deux inconnus s’ajoute a cela :
       le choix des électeurs de valider , ou non, aux législatives ce que le scrutin national aura dessiné.
       le niveau de siphonnage que le projet MACRON Aura créé au sein des élus PS sortants .
      La conjonction de tous ces facteurs ne semble pas ,au regard d’aujourd’hui, favorable a cet assemblage pourtant porteur d’un projet ambitieux et réaliste soutenu jusqu’a maintenant par le seul groupe politique constant dans cette ligne : EELV
      un véritable front de gauche a trois a été demandé en interne, Yannick Jadot fait le pari d’une alliance a deux qui rallierai par la suite le front de Gauche, ce qui est tres improbable ; pour une alliance a trois réclamée en interne par une majorité de Militants et de groupes locaux.
      la question du choix des alliances est complexe, car le duo Hamon-EELV aurait put aussi être un duo Mélenchon-EELV
      seule une 6eme république mettra fin a ce problème de bi-partisme en apportant de la proportionnelle ET du référendaire, toutes les forces de progres en sont conscientes mais personne ne veut rien lacher au profit d’un véritable front de gauche social et écologiste.....sauf Jadot avec le soutien espéré , mais non acquis des militants EELV
      le PS est divisé et l’échec précedant de l’alliance avec EELV porte la méfiance sur les Accords a Venir, sans doute avec raison.

      olivier PASCAL Le 24 février à 23:34
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  • Le dernier paragraphe est amusant, il propose de réinventer la France insoumise !
    Si on veut une seule candidature, c’est simple, Jadot commence par rejoindre FI, puis Hamon fait de même. En prime on a un candidat cohérent avec un excellent programme bien chiffré et une bonne dynamique pour les législatives pour balayer les Valls, El Komhri, Sapin et Cie.

    Mais je crois bien que les "appels à l’unité" qu’on voit fleurir jusque dans la presse des milliardaires n’envisagent surtout pas cette solution rationnelle.

    DMc Le 15 février à 17:35
       
    • Reconstruire la France Insoumise ? Mais peut être que l’idée c’est plus de construire un "parti" plutot qu’un "mouvement" comme l’est la FI... Disons que ce serait plus simple pour recycler des cadres... Hum !
      Ce qui expliquerait la "cécité" notable dont fait preuve l’intéressée en citant des mesures fortes soutenues par les insoumis... Sans pour autant en voir le porteur effectif !

      carlos Le 15 février à 20:21
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  • Tout péter !

    Durruti Le 15 février à 20:58
       
    • @Durruti. Va dans un champ, carre-toi un bâton de dynamite où tu penses, allume la mèche et bouche toi les oreilles...Tout va péter d’un coup, quel soulagement...

      René-Michel Le 17 février à 14:43
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  • Analyses intéressante de la part d’Élise Löwy. Comme d’autres je me demande si elle est bien à sa place au sein d’EELV. Tout ce qu’elle analyse ressemble par bien des points à la France Insoumise. Elle y sera sûrement plus à son aise ! Dans ce quinquennat, les écolos y laissent plus que des plumes et maintenant, ils jouent leur survie.
    Nous savons que Hamon agite sa main gauche en ayant la main droite clouée sur la Table des commandements du PS et de plus, les candidats députés seront là pour le tenir en laisse puisqu’ils sont investis depuis longtemps.

    Max Le 15 février à 22:54
  •  
  • Blablabla

    La vraie insoumission c’est ça :

    "Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs."
    (Article 35 de la Déclaration des Droits de l’homme et du citoyen de 1793)

    https://www.

    youtube.com

    /watch ?v=m5cvYwxSxpg

    Durruti Le 15 février à 23:15
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  • Excellente analyse toute en nuances et intelligence. Elle a parfaitement raison l’écologie politique est a un tournant de son histoire. Les opportunistes auront à leur charge le bilan électoral catastrophique la perte de milliers de militants écoeurés pour autant des mouvement tel Alternatiba fédèrent cette attente de faire autrement. Une alternative écologiste sociale et citoyenne s imposera après le 1 er tour quand le Bankster aura été élu président..et il faudra forte mobilisation face à mr croissance pour être élu dans les communes dans les conseils régionaux pour fonder l attente collective d ’un vivre mieux sans mal bouffe sans pollution dans des campagnes et des quartiers qui ne rimeront pas avec pauvreté et délabrement de la Républik.Et préparer un mouvement pir fonder la 6 éme Républik loin des gesticulations d autoproclamé apparatchiks hors sol..
    Notre pays a merveilleuse devise Liberté Egalité Fraternité semons les graines de ces espoirs que nous somme nombreux à avoir en nous.

    klisthene Le 16 février à 11:12
       
    • « Une alternative écologiste sociale et citoyenne s imposera après le 1 er tour quand le Bankster aura été élu président.. »

      Hum ! pas très clair.
      L’élection présidentielle n’est pas encore faite, que je sache. Pourquoi ne pas appuyer fortement dès maintenant pour cette alternative écologique sociale et citoyenne ?
      La candidature de Mélenchon est un bon moyen pour faire cela sans attendre, et sans s’encombrer des ministres et députés socialistes et "écologistes" qui s’entendent si bien avec ceux de droite pour faire la même politique.

      DMc Le 16 février à 14:34
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  • EELV pratique lui aussi " l’ analyse concrète de la situation concrète" : ce parti écologiste, éclaté, discrédité par des ralliements honteux au quinquennat Hollande, affaibli par une fuite de militants et d ’électeurs, la trésorerie en faillite, concurrencé par la France Insoumise de JL Mélenchon, joue actuellement sa survie en tentant une recomposition rose/ verte sur le papier en vue d’élections prochaines très difficiles pour lui.
    Gagner une élection , et donc des sièges, cela implique un minimum de crédibilité morale et politique et une dynamique.Or, c’est ce qui manque le plus à EELV. Se raccrocher à l’épave du navire PS du capitaine Hamon sera-t-il suffisant pour ne pas disparaître ?

    Richard Lot Le 17 février à 12:06
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  • les échéances électorales approchent - une sorte de moment de vérité - l’instinct de survie pousse certains à sortir de leur pré carré jalousement gardé mais un pré qui ressemble plutôt à un champ de ruines. Jadot se tourne vers Hamon à Paris et rencontre Mélenchon à Strasbourg pour tenter de sauver les meubles d’EELV . À présent les choses sérieuses commencent : Quelques places valent bien ces lamentables contorsions. Finies les rodomontades et les bombements du torse du cavalier seul : l’écologiste va à Canossa.

    René blanchemain Le 18 février à 11:55
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  • Après un quinquennat pour lequel EELV et le PS avait signé des accords programmatiques et au terme duquel on se demande bien où est donc passé le volet écologique, nous revoilà avec un nouvel accord dont se demande bien pourquoi il finirait autrement que le 1er...
    Tendez donc l’autre joue !
    Oh lala ...

    Carlos Le 24 février à 08:16
  •