Accueil > Monde | Par Fabien Perrier | 30 décembre 2014

En Grèce, l’avenir peut-il commencer ?

Depuis hier, les Grecs savent que des élections législatives auront lieu fin janvier, le Parlement n’ayant pas élu président le candidat du gouvernement, Stavros Dimas. Si Syriza est en tête des sondages, le chemin vers le pouvoir est semé d’embûches.

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Lorsqu’elle a appris la nouvelle, le 29 décembre, jour de son anniversaire, Dimitra s’est exclamée : « Des élections législatives, c’est un beau cadeau ! ». Avec seulement 168 voix de députés en sa faveur, Stavros Dimas, ancien commissaire européen et candidat du gouvernement à la présidence de la République, a définitivement perdu l’élection devant le parlement. Il n’a pu franchir la barre des 180 bulletins – sur 300 sièges à la Vouli – nécessaires pour accéder, à l’issue de ce troisième tour, à ce poste avant tout honorifique. Des élections législatives doivent donc être organisées prochainement afin de doter le pays d’un parlement duquel se dégage une majorité s’accordant sur un président (Lire aussi : Theano Fotiou (Syriza) : « Nous demandons aux Grecs une majorité claire ! »).

Les pressions ont pourtant été nombreuses. Dépêché dans la capitale hellène, le commissaire européen Pierre Moscovici a déclaré : « Nous (la Commission européenne, NDLR) préférerions que l’actuel parlement élise un président », tout en qualifiant d’« homme bien » Stavros Dimas. Jean-Claude Juncker, le président de la Commission, a expliqué à la télévision autrichienne qu’il préférerait revoir « des visages familiers » au pouvoir en Grèce en 2015. Pis, un député a révélé avoir été la cible d’une tentative de corruption : plusieurs millions d’euros contre un vote en faveur de l’ancien commissaire européen pour succéder à l’actuel président Carolos Papoulias.

Drame humanitaire

Malgré tout, les députés ont refusé de porter Stavros Dimas à la présidence d’un pays qui n’en finit pas de sombrer dans la crise économique et sociale depuis 2009. À tel point que se déroule actuellement, en Grèce, un véritable drame humanitaire. Le chômage a été multiplié par trois depuis octobre 2009, date à laquelle Giorgos Papandreou et son parti social-démocrate, le Pasok, sont arrivés à la tête du pays. La pauvreté frappe un tiers de la population. « On n’en peut plus, témoigne Dimitra. On nous a dit qu’il fallait qu’on accepte des baisses de salaires, de payer plus d’impôts pour que ça aille mieux. Et que se passe-t-il ? » La quinquagénaire, qui a toujours en tête son ancien bulletin de paye, constate en effet une dégradation de son niveau de vie… impulsé par les gouvernements qui se succèdent à la tête du pays depuis 2009 lorsqu’apparut au grand jour la réalité des comptes grecs.

En mai 2010, afin d’éviter la faillite, le pays a accepté une aide financière de 110 milliards de la part de la Troïka formée par l’Union européenne, le Fonds monétaire international et la Banque centrale européenne. En échange, la majorité de centre-gauche de l’époque a signé un mémorandum énumérant les politiques à mener : baisse des dépenses publiques, privatisations, hausse des taxes, diminution des minima sociaux, des retraites… Le salaire minimum national a été réduit, passant de 751 euros bruts à 580 euros bruts (-22%), et à 511 euros pour les moins de vingt-cinq ans. Selon un rapport de la FIDH, Les droits au rabais : le coût de l’austérité en Grèce, publié le 18 décembre, ce "smic jeunes" se situe même sous le seuil de pauvreté et « est en violation du droit européen ». Bref, la Troïka s’est emparé de toujours plus de pouvoir à mesure que les finances se dégradaient, imposant la logique aveugle des ajustements structurels.

Syriza en tête

Les effets de ces politiques sont des plus néfastes : selon une étude menée par l’Institut du travail, le pouvoir d’achat a baissé de 37,2% entre 2010 et 2013. La demande a dégringolé de 31% (lire "Austérité en Grèce : les chiffres du désastre"). Une spirale infernale s’est installée. Les taxes et impôts ne rentrent pas dans les caisses de l’État. Alors que le plan de soutien financier de l’UE au pays était censé se terminer le 31 décembre, un nouvel audit des comptes publics est en cours et devrait prendre fin en février. Les bailleurs de fonds estiment en effet que le gouvernement mené par Antonis Samaras (Nouvelle démocratie – ND, droite) est trop optimiste concernant ses recettes fiscales en 2015.

Pour Dimitra, « Antonis Samaras, lui, a préféré prendre de court tout le monde, avançant des élections présidentielles qu’il savait fort probablement perdues ». Les législatives sonneront-elles, alors, la fin de son règne ? À en croire les sondages, c’est fort possible. Syriza, la "coalition de la gauche radicale", selon la traduction, est en effet donnée en tête des intentions de vote, à 28,5% en moyenne, quand ND pointe à 24%. Le Pasok franchit à peine la barre des 3% nécessaires pour être représenté à la Vouli. Les néonazis d’Aube dorée se situent à 6%. Le KKE, parti communiste particulièrement dogmatique, qui refuse toute alliance, obtient 5%. Restent les petits partis, tels que les Grecs Indépendants, parti de droite qui est né du refus des mémorandums et recueillant environ 3% d’intention de vote Potami, apparu depuis peu sur la scène politique qui, lui, obtiendrait environ 7%.

« Laisser les Grecs voter en paix »

Le premier défi, pour Syriza, est donc bien d’obtenir une majorité qui lui permette de gouverner. Car dans la situation actuelle, s’il ne dispose pas de 151 sièges, il risque de ne pouvoir former un gouvernement. « Il faudrait que l’on laisse les Grecs voter en paix », s’insurge Dimitra. Les pressions ont en effet repris de plus belle, quitte à véhiculer des mensonges ou à exercer un véritable chantage. Antonis Samaras continue de s’adresser aux Grecs avec la rhétorique du chaos. La bourse d’Athènes, elle, a perdu 11 points à l’annonce des résultats.

« Les probabilités d’une nouvelle crise profonde en Grèce avec une possible sortie de la zone euro sont de l’ordre des 30%. C’est un risque important », estiment les analystes de chez Berenberg. Le FMI suspend les discussions et, donc, le versement de la prochaine tranche d’aide à la Grèce. Bref, la machine mise en œuvre consiste à faire croire que Syriza souhaiterait une sortie de l’euro. Pierre Moscovici a d’ailleurs appelé les électeurs et les dirigeants politiques grecs à soutenir « le nécessaire processus de réformes favorables à la croissance » afin que « la Grèce prospère à nouveau au sein de la zone euro ». Son chef de file, Alexis Tsipras, ne cesse de dire qu’il veut en finir avec les politiques d’austérité, mais ne s’est pourtant jamais dit favorable à une sortie de l’euro.

À l’issue du scrutin, Alexis Tsipras a lancé : « C’est un jour historique. Avec la volonté du peuple, dans quelques jours, les plans d’austérité appartiendront au passé, l’avenir peut commencer ». Instaurer un nouveau rapport de forces et proposer des alternatives à l’austérité, serait-ce ce qui gêne les dirigeants européens ?

Lire aussi :

Theano Fotiou (Syriza) : « Nous demandons aux Grecs une majorité claire ! »

Portrait : "Tsipras, meilleur espoir européen ?"

Alexis Charitsis (Syriza) : « Un renversement pour la Grèce, un message à l’Europe »

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  • Un avenir peut commencer en Grèce si Syrisa gagne les élections du mois de janvier à condition qu’Alexis Tsipras ait le courage de sortir de l’euro et de cette Europe austéritaire.
    Pour le moment ce parcours obligatoire n’est pas à l’ordre du jour de Syrisa malheureusement, c’est pourtant la condition essentielle pour sauver le peuple grecque.

    Le.Ché Le 3 janvier 2015 à 14:19
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