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Accueil > Monde | Par Loïc Le Clerc | 26 septembre 2016

Espagne : le PSOE creuse sa tombe, Podemos maintient son cap

Dimanche, la Galice et le Pays Basque renouvelaient leurs parlements. Si les droites, nationale ou régionaliste, demeurent en tête, Podemos confirme sa position de premier parti d’opposition. Le PSOE n’en finit plus de rejoindre le cimetière de la social-démocratie européenne.

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Au royaume d’Espagne, Podemos espérait faire le sorpasso, comprenez passer devant le PSOE, aux dernières législatives du 26 juin. En attendant les prochaines législatives, en décembre, Pablo Iglesias et consorts peuvent se rassurer, après deux bons résultats lors des élections régionales en Galice et au Pays Basque, qui ont eu lieu ce dimanche 25 septembre.

En Marea (la plate-forme soutenue par Podemos) arrive deuxième en Galice avec 19% des voix, bastion du PP lequel conserve sa majorité absolue avec 47% des suffrages, et devance ainsi les socialistes de 16.000 voix, ce qui leur vaut malgré tout 14 sièges chacun... Au Pays Basque, Podemos se place en troisième position avec 14,7% des voix, derrière le PNV (indépendantistes de droite, 37,4%) et EH Bildu (indépendantistes de gauche, 21,1%). Le PSOE sombre à 11,8%. Il y a quatre ans, les socialistes gouvernaient l’Euskadi, soutenus par le PP.

Il y a quelques leçons à retenir de ces scrutins. Premièrement, les sondages espagnols ne savent jamais anticiper le résultat de Podemos. Qu’ils le minimisent, comme ce fut souvent le cas auparavant, ou qu’ils le survalorisent comme ce fut le cas cette fois-ci, voilà bien un paramètre à mettre de côté. Les sondages n’alimentent qu’une seule chose : la machine à discrédit des éditorialistes.

Le PSOE, nouveau malade de la social-démocratie

Il y a eu le Pasok en Grèce, il y aura bientôt le PSOE espagnol. Comme les premières victimes de la fin de la social-démocratie européenne, ces partis "socialistes" meurent d’avoir joué le jeu de la droite, de l’austérité, du TINA. En Galice, le PSOE se retrouve au même plan que En Marea. 14 élus, avec moins de scrutins. Une humiliation pour certains membres du PSOE. Au Pays Basque, les choses sont presque pires.

Le PNV cherche un allié pour obtenir une majorité et il choisira certainement le PSOE. Mettre les indépendantistes basques au pouvoir et lutter contre l’indépendantisme catalan – un des premiers freins à une coalition PSOE-Podemos au Parlement national –, la position sera des moins aisées à tenir sur la durée.

Conclusion : le PSOE est au bord de l’implosion. Pedro Sanchez, qui depuis des mois tente un plan à trois avec Ciudadanos et Podemos en vain, est toujours plus attaqué par l’aile droite de son parti. Susana Diaz, leader socialiste en Andalousie, est la cheffe de file de cette opposition interne. Son rêve, secret de polichinelle, est de faire du PSOE un Labour à la sauce Tony Blair. À l’instar de ce qu’a pu faire Matteo Renzi, elle ne voit qu’une issue à la "crise" qui secoue le Parlement espagnol : gouverner avec le soutien, actif ou passif, du PP. Une position bien à droite, parfaitement assumée, qui ne ferait qu’appuyer le rôle de Podemos en tant que leader de l’opposition à la caste "PPSOE".

Podemos continue de s’installer, Ciudadanos disparaît

Voilà bien une nouvelle qui a dû faire couler quelques larmes aux visages des Leparmentier et autre Quatremer. Dans ces deux parlements régionaux, Ciudadanos reste à la porte. On pourra arguer que les identités de ces régions sont particulières, etc., etc. Mais que dire alors du fait que, dans une Galice très "nationaliste" (comprenez pro-État espagnol) et un Pays Basque très régionaliste, indépendantiste, Podemos s’en tire bien dans les deux cas ?

Deux choses : Podemos est très "malléable" et soluble dans les plate-formes politiques locales préexistantes. Et Podemos porte en lui une certaine cohérence dans sa volonté de jeter le PP hors du pouvoir et de ne pas y laisser le PSOE sans qu’il ait procédé à une "épuration" politique. À l’inverse de Ciudadanos qui, en moins d’un an, a promis de mettre fin au règne de Rajoy, s’est allié avec le PSOE, avant de pactiser avec Rajoy. D’aucuns qualifieront cela de "réalisme". Le seul conseil qu’on pourrait leur donner : continuez !

En attendant décembre prochain et de nouvelles législatives, dont l’issue s’annonce irrémédiablement la même, le PSOE va organiser une primaire à laquelle Sanchez participera. Du gagnant découlera l’avenir de l’Espagne. Podemos doit continuer à débattre, à s’ouvrir vers le bas, car l’on espère mieux d’un parti dont l’ambition est de renverser la table. Le PP va pouvoir souffler un peu et se concentrer sur ses affaires judiciaires. Quant à Ciudadanos… c’est quoi déjà, Ciudadanos ?

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  • Trés bonne analyse sur la situation des partis en Espagne et on pourrait faire le parallèle avec la situation en France
    Les compromissions des partis dans nos sociétés libérales compromettent la démocratie et sont responsables du désintérêt de la population
    Faire croire que l’on peut gouverner avec tous et nos contraires est manipulation mentale, car leur seul intérêt de ces partis est de se maintenir, il n’y a plus de convictions et de projet de vivre ensemble. Le "ensemble " ne concerne qu’eux et non le vivre ensemble

    brossard Le 27 septembre à 12:15
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  • Vision très discutable du "réalisme" de Podemos : sa stratégie visant à s’allier au PSOE (pourtant un des deux partis de la "caste") contribue paradoxalement à un affaiblissement important de celui-ci (ce qui en soi devrait être perçu comme une bonne chose) mais, par là, déstabilise la possibilité d’ alliance majoritaire Podemos/PSOE dans le pays. Dans ces conditions, s’arrêter sur le fait que Podemos passe devant le PSOE, tend à faire oublier l’essentiel : c’est le PP et sa politique d’austérité qui se renforcent. On fait mieux comme "réalisme". A problématiser donc comme y invite cet article qui interroge le recentrage politique et institutionnel de Podemos le coupant de sa matrice indignée : "Etat espagnol : L’impasse politique. C’est par où la sortie ?" (https://npa2009.org/idees/international/etat-espagnol-limpasse-politique-cest-par-ou-la-sortie)

    Antoine (Montpellier) Le 27 septembre à 13:58
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  • « Il y a eu le Pasok en Grèce, il y aura bientôt le PSOE espagnol »

    N’oublions pas parmi les prochaines victimes le Parti socialiste français.

    Citoyen74 Le 27 septembre à 18:23
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