Accueil > Résistances | Par Jérôme Latta | 3 décembre 2015

État d’urgence et libertés : la résistance peut-elle s’élargir ?

La surenchère sécuritaire du gouvernement suscite de plus en plus de critiques, mais celles-ci peinent à se faire entendre au-delà des sphères militantes. Inventaire des initiatives, et interrogations sur leur portée.

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À l’image des six députés qui, seuls, ont osé voter contre la prolongation de l’état d’urgence, le climat politique qui a suivi les attentats de novembre semble entraîner le pays dans l’engrenage de la peur, de la sécurité à outrance et de l’abandon de ces "libertés" que nous étions pourtant censés défendre contre les terroristes.

La fuite en avant du gouvernement

Non seulement les propos des élus – pas seulement frontistes – témoignent d’une radicalisation alarmante (consulter, pour s’en convaincre, notre Déclarama), mais la chronique des dérives policières de cesse de grossir, particulièrement alimentée par les interventions lors des manifestations de dimanche dernier. Perquisitions brutales et inefficaces, assignations à résidence injustifiées, garde à vue abusives, répression des mouvements sociaux… toutes sont cautionnées par un Manuel Valls qui perd ses derniers complexes autoritaristes.

Les enseignements de l’après-janvier, le constat des failles de la lutte antiterroriste, l’inefficacité de la surveillance de masse, l’alarme croissante quant aux atteintes contre les libertés les plus élémentaires, rien n’y fait : le gouvernement poursuit sa fuite en avant en adoptant des mesures prônées par l’extrême droite, qui se régale d’y voir la caution de ses idées. Il envisage même de prolonger indéfiniment un état d’urgence dont la constitutionnalité est plus que douteuse… en l’inscrivant dans la Constitution. Il veut appliquer la déchéance de nationalité, gesticulation inutile et complaisante qui remet en cause des principaux fondamentaux de notre droit, et projette d’étendre les pouvoirs de police et de limiter encore plus le droit à la vie privée.

Si les grands médias d’information commencent à s’en inquiéter, si des voix plus nombreuses s’élèvent parmi les politiques (y compris, paraît-il, à l’intérieur du gouvernement), si de nombreux intellectuels se sont exprimés (en voir une sélection dans notre Vigie média) la résistance semble encore isolée et contingentée aux traditionnelles sphères militantes, c’est-à-dire au sein de la gauche radicale et des mouvements de défense des libertés.

Un hypothétique réveil citoyen

Les initiatives méritent pourtant d’être saluées et relayées. À commencer par l’appel des 58, lancé à l’initiative de Noël Mamère, Jean-Baptiste Eyraud et Olivier Besancenot, et celui des 72, par la Ligue des droits de l’homme. [mise à jour] S’ajoute, ce vendredi, l’appel des 333 pour la levée de l’État d’urgence. La CGT avait de son côté exprimé ses craintes dès le 18 novembre, tandis que Ensemble a produit une série de détournements de la communication gouvernementale (ci-dessous, et série dans le portfolio en fin d’article).

Parmi les démarches les plus notables, la Quadrature du Net a mis en place un vertigineux Wiki, baptisé "Recensement des joies (ou pas) de l’état d’urgence en France", et Rue89 a publié un Petit guide de survie en état d’urgence. Comme d’ordinaire, c’est auprès des médias indépendants qu’il convient de rechercher une information documentée et critique sur ces sujets : Mediapart, Politis, Basta !, Reporterre, etc.

C’est un début, mais il en faudra plus pour élargir le combat. Pour l’heure, ces protestations paraissent rester inaudibles auprès d’une opinion majoritairement favorable au tour de vis sécuritaire, peu consciente des dangers encourus par tous les citoyens, et souvent irritée que l’on paraisse s’opposer à la lutte contre les terroristes. L’heure est grave en effet, mais pas seulement pour les raisons les plus manifestes. Il y a peu de chances, sous le choc des attentats et dans ce contexte d’hystérie sécuritaire, que le corps citoyen soit plus vigilant qu’au moment de l’adoption de la loi sur le renseignement, il y a quelques mois. Pour cela, il faudrait que les pressions de la société civile augmentent, que les médias généralistes s’emparent de la question et que les élus des partis de gouvernement aient un sursaut citoyen. Cela requiert des réserves de courage politique dont on peut douter de l’existence.

Portfolio

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Vos réactions

  • La première des libertés, c’est d’être en vie.
    Le reste est très secondaire.
    Face aux menaces terribles qui pèsent sur nous.

    Thomas Legrand Le 4 décembre 2015 à 01:18
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