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Accueil > Politique | Par Jérôme Latta | 16 février 2017

Fillon et le scénario Platini

Candidats idéaux qui promettaient un retour à la probité, grands favoris à quelques mois du scrutin, Michel Platini et François Fillon ont tous deux été dépassés par un brutal changement du contexte qui les a totalement disqualifiés.

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La contamination de la métaphore sportive dans l’information politique peut légitimement irriter. Cela n’interdit pas de chercher des parallèles, peut-être moins sur les terrains que dans le champ du pouvoir sportif. Ainsi François Fillon pourrait-il, assez avantageusement, trouver dans la chute de Michel Platini, candidat déchu à la présidence de la FIFA, quelque matière à réflexion.

Cela n’a plus suffi

Certes Platini, président de l’UEFA (la confédération européenne) lancé à la conquête de la FIFA (la confédération mondiale) n’était pas le candidat surprise issu d’une primaire inattendue. Au contraire, il était le favori désigné à la succession de Sepp Blatter, et ce statut constituait l’aboutissement d’une longue marche menée à découvert. Mais lui aussi avait un boulevard devant lui, au moment où le président de la FIFA était pris dans les rets d’un énorme scandale dont il ne pouvait se remettre : comme Sarkozy, Blatter finissait par être victime d’une accumulation d’affaires conduisant à un discrédit insurmontable.

Dans ce contexte, Michel Platini présentait un profil idéal. Compte tenu de l’extraordinaire résilience de la FIFA – notamment en raison d’un système électoral verrouillé empêchant l’apparition d’outsiders –, c’est lui qui incarnait le meilleur compromis entre l’affichage d’une volonté de changement et la préservation de l’institution. Il pouvait faire valoir non seulement la "dimension" présidentielle acquise à l’UEFA, mais aussi une probité nettement supérieure à celle de son ex-mentor et désormais rival.

Michel Platini avait donc toutes les raisons de penser que "cela suffirait" largement pour emporter l’élection. Las, ce faisant, il sous-estimait deux paramètres importants. D’abord, la capacité de nuisance de Sepp Blatter, qui n’allait pas hésiter à entraîner son ancien protégé dans sa chute en le compromettant dans une affaire dont il était l’autre protagoniste principal [1]. Ensuite, l’éventualité que "l’histoire", en se réveillant, allait subitement bouleverser l’environnement de l’élection et les exigences attendues du candidat. Tout à coup, "cela n’a plus suffi" (du tout).

Obsolescence accélérée

François Fillon, comme Michel Platini, a exprimé – avec une spontanéité et un désarroi qui expriment leur total décalage avec ce contexte transformé – une incompréhension probablement sincère et un vif sentiment d’injustice. Exactement comme si l’on avait changé les règles du jeu auquel ils jouaient depuis toujours, sans qu’ils comprennent la légitimité de ce changement. L’exigence d’un tout autre niveau de probité qu’auparavant exclut désormais des "arrangements" banalisés dans leurs milieux respectifs.

Évidemment, cela fait tout capoter : aussi bien le storytelling de "l’homme nouveau" que le positionnement de "l’homme honnête". Que l’ex-premier ministre ait pu axer sa campagne sur sa probité est d’ailleurs significatif de son inconscience (et de celle de ses équipes). Et, dans l’incapacité de se défendre des faits sur le fond, Fillon et ses soutiens fulminent contre ceux qui ont "sorti" l’information et tentent vainement de se réfugier derrière la légalité (hypothétique) de ses pratiques. Or ce n’est plus seulement une question de légalité, mais aussi de morale – ou d’éthique si l’on préfère.

Ce qui a changé, en substance, c’est l’exigence des électeurs envers les candidats, électeurs excédés et apparemment déterminés à sanctionner jusqu’aux turpitudes les plus ordinaires des rentiers de la République. Fillon, comme Platini, c’est l’ex-candidat idéal qui, à la veille du scrutin, ne remplit plus les conditions exigées mais refuse de s’en rendre compte et ne parvient pas à se départir de sa bonne conscience. Que l’un et l’autre soient bien moins coupables que tel président ou ancien président à détrôner n’a plus aucune importance : ils sont eux-mêmes des hommes de l’ancien monde, compromis dans celui-ci.

Balkanysation

Le parallèle s’arrête dans ces environs. Michel Platini, suspendu, n’avait pas pu se présenter malgré ses recours. François Fillon le peut encore, et s’il envisage de se maintenir, c’est sur la base d’un pari rationnel : malgré tout, en raison de l’éclatement des forces en présence, "cela peut suffire". L’électorat irréductible de la droite peut le conduire à un second tour où, s’il affronte Marine Le Pen, il devrait l’emporter. Cela revient, bien sûr, à mettre la fin (la reconquête du pouvoir) devant tout autre considération, en particulier devant celle de l’honnêteté dont Fillon avait fait un axe de campagne.

Si cette stratégie devait s’avérer gagnante, la morale de l’histoire serait tout autre. Cette fois, c’est le syndrome Balkany qui menace le candidat LR. L’abandon de François Fillon marquerait, peut-on espérer, un changement des standards de moralité, imposerait un peu plus la nécessité d’un assainissement de la pratique politique. Son élection, au contraire, ne serait une victoire que pour lui-même et son "camp", qui consacrerait le cynisme politique, dégraderait un peu plus la confiance des citoyens au lieu de répondre à une demande de restauration démocratique de plus en plus pressante.

La suite dira si l’on peut reprendre la comparaison de départ. Gianni Infantino, ancien bras droit de Michel Platini à l’UEFA, est devenu président de la FIFA. Il a allumé contrefeu sur contrefeu, notamment en promulguant une série de mesures démagogiques ou électoralistes [2], et il a discrètement repris la main sur les organes susceptibles d’enquêter ou de rétablir de la transparence. Plus ou moins ce qu’aurait probablement fait Michel Platini.

@jeromelatta

Notes

[1La rémunération douteuse et surtout très tardive de Platini comme "conseiller" de Blatter entre 1999 et 2002, pour 1,8 millions d’euros versés en 2011.

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Vos réactions

  • A l’évidence, l’affaire Fillon dépasse la légalité . Il s’agit essentiellement de mettre en rapport, l’éthique et la morale républicaine du personnage et le contenu de son programme.
    A supposé que les emplois de son épouse ou de ses enfants soient considérés comme "légaux" , le montant et les coûts sont une violente insultes aux 8 millions de pauvres, aux 5 millions de chômeurs, aux 3 millions de salariés au SMIC, aux fonctionnaires dont il veut supprimer les postes. Fillon est un petit "dictateur" qui se sert au lieu de servir et dont la philosophie consiste à répéter en boucle " faites ce que je dit, pas ce que je fais" !

    lucien matron Le 18 février à 04:10
  •  
  • que ces corrompus partent au plus vite,
    c’est la honte d’un systeme qui a vécu !

    pierre Le 24 février à 23:05
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