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Accueil > Société | Par Roger Martelli | 16 avril 2018

Gérard Collomb ou la politique de l’autruche

Avec la loi asile-immigration, le gouvernement épouse la politique cynique de gestion des migrations que préconise l’Union européenne elle-même. Cynique, irréaliste et moralement insoutenable.

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Gérard Collomb veut imposer sa loi asile-immigration qui fait couiner plus d’un dans ses propres rangs. Devant les députés, mardi 3 avril, il a expliqué les raisons de son intransigeance. Certaines régions françaises, a-t-il affirmé, « sont en train de se déconstruire parce qu’elles sont submergées par des flux de demandeurs d’asile ». « Si nous restons sans réaction ce sont quelques centaines de milliers de personnes qu’il nous faudrait accueillir chaque année en France » (…) « Peut-on penser que nous pourrions construire chaque année une ville de taille moyenne pour accueillir ces réfugiés ? » (Le Monde du 4 avril).

Le ministre de l’Intérieur reprend donc la vieille antienne, lancée il n’y a pas si longtemps par un premier ministre socialiste, Michel Rocard, pourtant réputé ouvert naguère aux discours de la "gauche morale" : « on ne peut pas accueillir toute la misère du monde ». Le président de la République actuel avait lui-même utilisé la même formule, pour annoncer le cours de la politique gouvernementale de gestion des migrations.

Se protéger de l’invasion migratoire

On aurait tort de voir dans ces nouveaux développements l’effet d’une conjoncture franco-française. Le 14 février dernier, la Commission européenne a fait circuler une "communication" dont l’objectif était de justifier la politique budgétaire qu’elle préconisât pour une "Union à 27". Ce document énonce un certain nombre de « priorités », présentées comme autant « d’options pour le futur ».

Or, parmi ces options, on ne peut qu’être frappé par celles qui sont placées aux deux premiers rangs : « le renforcement des frontières extérieures » et le « soutien » renforcé à une « Union européenne de défense ». Se protéger de l’invasion migratoire évoquée par Collomb et s’insérer dans les logiques d’un monde où le rapport des forces se substitue définitivement à la rechercher d’un commun négocié : telles seraient désormais les bases du credo du meccano bruxellois.

Cette position est moralement insoutenable. Elle est par ailleurs totalement irréaliste. Elle suppose que les flux migratoires peuvent être enrayés, en tout cas vers l’Europe. Elle présuppose ce qui n’est pas dit, mais qui s’organise de fait : les pays riches se réservent les migrations "rentables" (les plus qualifiées) et les pauvres accueillent les plus fragiles.

Idéologies du "chacun pour soi"

Comment peut-on penser que cette logique est tenable dans un monde déchiré par les inégalités ? Est-ce en accumulant les contrôles, les murs matériels ou technologiques, les instruments de destruction militaire et les idéologies du "chacun pour soi" que l’on se prépare à un monde durable ?

Il se trouve que notre numéro trimestriel de Regards, qui paraît dans quelques jours, contient un dossier sur cette question et sur les carences de la gauche française. Nous en publions ici l’article introductif. Il est inhabituellement long pour notre site. Mais nous pensons que dans ces débats qui n’en sont pas, où l’à-peu-près et le pathos l’emportent sur le cœur et la raison, il faut prendre le temps de décortiquer. Et, sans attendre, il importe de ne pas accepter…

Sauf à accepter en même temps que la gauche meure, pour ne pas être fidèle à ses valeurs. « Vous avez voulu éviter la guerre au prix du déshonneur. Vous avez le déshonneur et vous aurez la guerre », déclarait Churchill aux Communes, au lendemain des accords de Munich en 1938. En serions-nous là ?

Lire aussi : Les usages douteux de la "crise migratoire"

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  • Gérard Collomb et MAcron n’ont qu’un seul et unique objectif : forcer les Insoumis a prendre des positions clairement pro-immigration, et ainsi les priver de toute possibilité de victoire électorale.

    kheymrad Le 20 avril à 13:47
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