Accueil > Monde | Par Nathanaël Uhl | 6 juin 2017

Grande-Bretagne : à la veille des élections, le Labour en pleine bourre

Donnés battus à plate-couture il y a un mois, les travaillistes britanniques effectuent une remontée fracassante dans les intentions de vote. Au cœur de ce renouveau, la très bonne campagne de Jeremy Corbyn, le leader du Labour bien ancré à gauche.

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C’est une remontada comme rarement observée dans la vie politique britannique. Donné distancé à plus de 20 points il y a cinq semaines, le Labour party de Jeremy Corbyn est désormais présenté par deux instituts de sondage comme au contact du Parti conservateur de Theresa May. Si personne ne s’aventure à donner les travaillistes gagnants, la perspective d’un "parlement suspendu", c’est-à-dire privé de majorité absolue, n’est plus écartée.

Le Labour party termine sa campagne électorale à un rythme infernal. Les remontées de terrain le confirment : le parti à la rose retrouve des couleurs après des élections locales catastrophiques. Tenues il y a un mois, le 5 mai, elles ont vu les travaillistes perdre 349 élus locaux et la direction de neuf conseils et autorités locales. Il semblait ne plus résister que dans ses bastions traditionnels du Nord.

Tories : ligne dure et europhobie

Depuis, dopé par la plutôt très bonne campagne que mène son leader, le socialiste Jeremy Corbyn, le Parti travailliste a regagné de l’influence dans les sondages. Le dernier en date, publié par l’institut Survation les 2 et 3 juin, donne le Labour à un point des Tories : 40 contre 41% d’intention de vote.

Certes, la majorité des enquêtes d’opinion donnent les conservateurs gagnants de manière plus large. Et tous s’accordent à ce que le parti de droite reste très haut placé. Il bénéficie, notamment, d’un transfert massif des voix du parti europhobe UKIP (United Kingdom Independance Party – parti de l’indépendance du Royaume-Uni). Ce mouvement de voix s’explique notamment par la détermination de Theresa May à mener le Brexit, la sortie de la Grande-Bretagne de l’Union européenne, coûte que coûte. Elle a encore martelé que, selon elle, « il valait mieux aucun accord qu’un mauvais accord ».

Cette ligne dure a donc convaincu l’électorat le plus europhope de porter ses voix sur les conservateurs pour leur permettre de mener à bien le Brexit. Cette question semble surdéterminer les comportements électoraux. Elle alimente aussi le renouveau du bipartisme. En effet, les différents sondages convergent pour attribuer aux deux principaux partis du Royaume-Uni – Labour et Tories – plus de 80% des intentions de vote. Une situation "normale" en Grande-Bretagne, mais que l’on n’observait plus depuis 2005.

Labour : un Manifesto très progressiste

De fait, les tenants de la sortie vont très majoritairement se prononcer en faveur des conservateurs, quand les europhiles vont plutôt voter, par raison plus que par conviction, en faveur des travaillistes. Ces derniers tentent aussi de faire vivre un programme résolument progressiste. Le Manifesto (le programme) du Labour est considéré comme le plus à gauche qu’ait porté le parti depuis 1983. Corbyn y a imprimé sa marque avec, entre autres, le retour en propriété publique des chemins de fer, une hausse des taxes sur les sociétés, la baisse des frais d’inscription à l’université…

N’ayant pas tenté de passer en force sur la sortie de l’OTAN ou sur l’abandon du parc de missiles nucléaires Trident, Jeremy Corbyn a ménagé son opposition interne. La droite du Labour ne cherche pas à nuire à sa campagne. Une attitude loin d’être dénuée d’arrière-pensées. Si le parti travailliste venait à perdre les élections, comme cela reste possible, le vétéran de la gauche travailliste en porterait la seule responsabilité.

Or, pour le moment, "Jez", comme le surnomment affectueusement ses partisans, semble réaliser un quasi sans-faute. Comme lors des deux campagnes internes qu’il a remportées (en 2015 et en 2016), ses meetings affichent complet. Et les enquêtes d’opinion voient sa cote de popularité personnelle remonter en flèche. Il passe même devant Theresa May à Londres. Certes, la capitale britannique est un bastion travailliste : 45 des 73 circonscriptions électorales ont élu des députés de gauche en 2015. Mais, auparavant, le leader du Labour ne parvenait même pas à séduire son propre électorat. C’est, peut-être, désormais chose faite.

Theresa May, fébrile et fuyante

De son côté, Theresa May, qui a lancé sa campagne sur un mode très personnel en proposant un « leadership fort et stable » centré autour de sa personne, a accumulé les faux-pas. Outre une mauvaise prestation télévisée, lors de la première confrontation indirecte avec son challenger travailliste (elle refuse les débats en tête-à-tête), elle semble fuir tant la presse que le public. Ces derniers jours, l’état-major conservateur a donné des signes de fébrilité. Et c’est au bouillant secrétaire d’État aux Affaires étrangères Boris Johnson, connu pour ses gaffes et ses coups de gueule, que revient de porter les derniers coups.

En effet, les attentats de Manchester puis de Londres ne semblent pas rendre l’avantage aux Tories qui, comme toutes les droites en Europe, se posent pourtant en champions de la sécurité. Le syndicat de la police et les maires (travaillistes) de Manchester et Londres ont rappelé, à chaque occasion, le bilan de Theresa May en la matière. Secrétaire d’État à l’Intérieur avant de devenir première ministre, elle a mis en œuvre les coupes budgétaires qui ont eu pour conséquence la suppression de 20.000 postes d’officiers de police.

Après avoir adopté une posture mesurée à l’issue de l’attentat de Manchester, l’attaque de Londres, samedi 3 juin, a libéré le leader de l’opposition. Jeremy Corbyn a exigé la démission de Theresa May le lundi suivant. Une sortie en forme de quitte ou double. Mais, au regard de l’histoire récente de la Grande-Bretagne, il n’est pas sûr que les attentats aient la moindre conséquence électorale.

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  • Le brexit aussi était donné perdant on a vu le résultat.

    Irae Le 6 juin à 19:49
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  • Désolé, Irae, mais en relisant mes notes, je lis au 7 juin 2016 : "Les sondages les plus récents donnent une avance au camp du #Brexit". Je l’avais même écrit sur http://www.grey-britain.net/2016/06/06/brexit-le-referendum-expose-les-divisions-de-la-grande-bretagne-au-grand-jour/

    Nathanaël Uhl Le 7 juin à 09:49
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  • On n’a pas vu ou lu les mêmes medias. Comme en pareil cas il y a des exceptions mais les medias dominants soucieux d’influencer le résultat donnaient le remain gagnant. Je me souviens même la veille les européistes interrogés dire qu’ils allaient se coucher confiants. Le lendemain patatras.

    Irae Le 7 juin à 10:06
       
    • Pour les médias, je crois que c’est normal que nous ne lisions pas les mêmes. Mais je co-anime un site d’information spécialisé sur la politique britannique. Je me dois donc d’aller chercher les infos au-delà de ce qui est publié ici, par les médias mainstream.

      Bien amicalement,

      Nathanaël Uhl Le 7 juin à 17:12
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  • Bonjour
    En espérant une bonne surprise pour Corbyn qui revient de loin, il ne faut pas l’oublier. mais pour moi, ce qui est regrettable , c’est que l’on n’informe pas assez sur les différentes alternatives (écologistes, trotkystes, PC ou syndicalistes..) en GB ou ailleurs.....
    J’espére que regards le fera.....

    bob Le 7 juin à 14:55
       
    • @ Bob : il faut relever que, pour ces élections générales, comme nous l’avons mis en lumière sur le site www.grey-britain.net, l’essentiel des forces dites de gauche alternative soutient le Labour, surtout en raison de l’orientation politique que lui donne Jeremy Corbyn.

      Nathanaël Uhl Le 7 juin à 17:11
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  • Voilà voilà...
    May sur la scellette il n’y a décidément qu’en France que les medias parviennent à influencer suffisamment les opinions pour les faire coller à leurs désirs et sondages.

    Irae Le 9 juin à 12:13
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  • Dommage que ces medias soient confinés loin des grands vecteurs d’information qui touchent le plus grand nombre.

    Irae Le 9 juin à 18:23
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