Accueil > Monde | Par Guillaume Liégard | 7 janvier 2015

Grèce, l’apocalypse pour le 25 janvier

L’éventualité d’une victoire de Syriza aux législatives grecques sème un vent de panique chez les gardiens du temple de l’austérité et du libéralisme. Politiques et médias mêlent menaces, chantage et prophéties de malheur.

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L’incapacité de la Vouli (le parlement grec) à élire un président de la République a déclenché automatiquement la dissolution de l’assemblée et la convocation de nouvelles élections législatives qui se tiendront le 25 janvier. Tous les sondages annoncent une victoire de Syriza, le parti de la gauche radicale emmenée par Alexis Tsipras. Face à une telle hypothèse les élites européennes s’agitent, transpirent et manient "bons conseils" et franches menaces, la presse française n’est pas en reste.

Moscovici et Juncker, premiers de cordée

Jamais avare d’un mauvais coup, le commissaire européen à l’Économie, Pierre Moscovici, s’est précipité à Athènes dès la mi-décembre. Avant même le premier tour de l’élection présidentielle du 17 décembre, le croisé de l’austérité est venu encourager et vanter la politique du premier ministre grec Antonis Samaras. Sans ambiguïté le journal Libération a titré : « Moscovici en Grèce pour soutenir le gouvernement à la veille d’une présidentielle à suspense. » C’est net, c’est clair et le député socialiste Guillaume Balas ne s’y est pas trompé non plus : il a indiqué « avoir juste honte » et d’ajouter « là, ce n’est pas du réformisme, c’est baisser sa culotte ».

Dès le soir du premier tour, Jean-Claude Juncker – mouillé jusqu’au coup dans l’organisation de l’évasion fiscale des grands groupes mondiaux – a déclaré à la télévision autrichienne, qu’il « n’aimerait pas que des forces extrêmes arrivent au pouvoir » en Grèce, et qu’il « préférerait revoir des visages familiers en janvier ». Des propos qui ont été vivement dénoncés par Syriza, l’ingérence du président de la commission ne faisant guère de doute.

Le FMI et Moscovici toujours

Les résultats du troisième tour à peine connus le 29 décembre, le FMI décidait de mettre en marche le chantage financier. Le versement de la prochaine tranche d’aide à la Grèce est ainsi suspendu en attendant la formation du nouveau gouvernement à l’issue des élections anticipées de la fin janvier. Selon le porte parole du FMI, Gerry Rice les discussions sur ce versement ont été effectué conjointement avec les autorités européennes.

De son côté l’indispensable Pierre Moscovici se fendait d’un communiqué on ne peut plus limpide : « Un engagement fort envers l’Europe et un large soutien de la part des électeurs et des dirigeants politiques grecs envers le nécessaire processus de réformes favorables à la croissance sont essentiels pour que la Grèce prospère à nouveau au sein de la zone euro ». À défaut de pouvoir voter à la place des grecs, ce qui serait quand même beaucoup plus simple, les responsables de la troïka entendent peser de tout leur poids sur les résultats du scrutin : en indiquant le "bon" choix et en organisant la pression financière.

L’Allemagne menace

Le tableau n’aurait pas été complet sans l’intervention de la principale puissance économique de l’Europe, garante de l’orthodoxie budgétaire et adepte des politiques punitives contre les peuples. Wolfgang Schäuble, ministre fédéral des Finances a ainsi jugé que la Grèce était tenue de poursuivre les réformes déjà engagées, « sans aucune alternative », et ce quel que soit le résultat du futur scrutin. Votez, votez mais la politique économique continuera à se décider ailleurs.

Le site du Point titrait dimanche 4 janvier, presque négligemment : « Les menaces à peine voilées de l’Allemagne à la Grèce ». Discret et léger comme une fête de la bière à Munich puisque la chancelière allemande, Angela Merkel, a envisagé de sortir la Grèce de la zone euro. Rien que cela.

Selon des sources gouvernementales allemandes rapportées par le Spiegel : « Le gouvernement allemand juge quasiment inévitable une sortie [de la Grèce] de la zone euro, si le chef de l’opposition Alexis Tsipras dirige le gouvernement après les élections, abandonne la ligne de rigueur budgétaire et ne rembourse plus les dettes du pays. » En guise de démenti, le porte-parole du gouvernement allemand a déclaré « La Grèce a tenu ses engagements par le passé. Le gouvernement suppose ainsi que la Grèce continuera à remplir ses engagements contractuels. » Une manière d’enfoncer le clou ou d’aggraver son cas

Les journalistes sortent de la niche

Il ne s’agit pas de répertorier ad nauseam les multiples éditoriaux et articles fustigeant l’incurie des grecs, la dangerosité de Syriza. Mais au-delà des choix idéologiques, la malhonnêteté intellectuelle atteint parfois des sommets notamment dans des journaux relevant de la gauche (très) modérée.

Ainsi, sur le site de L’Obs, on peut lire sous la plume de Guillaume Stoll, cette intéressante caractérisation de Syriza : « Ce mouvement politique, qui a prospéré en 2008 lors de la grave crise économique qui a touché le pays et menacé d’emporter avec elle toute l’Europe, promet en cas de victoire de revenir sur de nombreuses mesures d’austérité imposées ces dernières années à la Grèce. Pire, le parti extrémiste menace de ne pas rembourser ce que doit le pays à ses créanciers. » Tout y est, le parti « extrémiste » qui « prospère » sur la misère et qui en plus, abomination, envisage de ne pas rembourser ce que « doit » la Grèce. Une prose totalement dogmatique quand on sait que l’essentiel (plus de 70% selon ATTAC) des prêts accordés à la Grèce est allé au secteur de la finance, notamment des banques françaises et allemandes ou leurs filiales.

Mépris de la démocratie

L’article de Libération déjà cité, reprend une dépêche de l’AFP qui sans ambages peut affirmer : « à deux jours du début d’un scrutin présidentiel qui menace de faire dérailler les efforts de réformes du pays et inquiète la zone euro et les marchés. » Quelle ingratitude ces grecs tout de même, après tous les efforts que la gentille Europe a faits pour eux.

Les cris d’orfraie des responsables européens viennent souligner le profond mépris à l’égard de la démocratie et des peuples de la construction européenne. Syriza semble en bonne posture pour être le principal parti politique grec lors du prochain scrutin. Une donnée importante car la formation arrivée en tête se voit accorder une prime de 50 députés (sur 300) les autres étant attribués à la proportionnelle. Il n’est pas sûr que cela permette à Syriza de disposer d’une majorité absolue au parlement mais c’est tout à fait possible. Les différentes études montrent que cela va se jouer à très peu de choses (voir ici), c’est sans doute une des raisons de la hargne des élites pour conjurer l’impensable, la possibilité d’une autre politique en Europe.

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  • cette perspective de l’arrivée de Syrisa au pouvoir en Grèce est , a mon avis , une bonne chose , une vraie bouffée d’oxygène ,pour la Grèce et pour tous les peuples d’Europe .
    Car l’austérité c’est pour les peuples pas pour les gouvernants ni les financiers alors oui c’est enfin le début de la libération en Europe .

    FABER Le 16 janvier 2015 à 13:09
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