Accueil > Monde | Par Fabien Perrier | 28 janvier 2015

Grèce : un gouvernement pour affronter l’épreuve du pouvoir

Contraint à une alliance incongrue avec les Indépendants, Alexis Tsipras a composé un gouvernement qui confirme l’émergence d’une jeune classe politique, et qu’il a pensé pour donner à Syriza les moyens d’accomplir son programme face à une forte adversité.

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Un gouvernement organisé autour de dix ministères principaux, auxquels sont appuyés trente ministères délégués et secrétariats d’État : telle est la structure du nouvel exécutif grec dirigé par Alexis Tsipras et présenté par le nouveau ministre d’État Nikos Pappas. À ses côtés se trouvait Gabrielis Sakellaridis, porte-parole du gouvernement. Deux jeunes cadres de Syriza propulsés aux plus hautes responsabilités de l’État. Comme leur parti qui, en 2009, ne recueillait encore que 4,9% aux législatives.

La génération Syriza au pouvoir

Les noms de cette liste reflètent la diversité de ce gouvernement de coalition : ils allient Syriza, parti de la gauche radicale, et les Grecs indépendants, la droite souverainiste ; ils mêlent habilement des personnalités historiques de la gauche radicale du temps de Synaspismos, et des figures montantes qui ont fait leurs classes dans les mouvements altermondialistes, féministes, de défense des droits des immigrés... Tous se sont installés en politique lorsque le pays a été dévasté par la crise, puis par les politiques d’austérité menées sous les gouvernements précédents et dictées par la Troïka.

Tourner le dos aux politiques d’austérité, renégocier la dette, éradiquer le drame humanitaire qui se déroule actuellement sur le territoire constitueront les lignes essentielles du programme gouvernemental, qui impliquent un bras de fer avec Bruxelles.

Pour soutenir le rapport de forces, Alexis Tsipras a nommé à des postes clés les membres de l’équipe qui a construit le programme économique de son parti. Elle se réunissait sous la houlette de Yannis Dragasakis, responsable économique de Syriza de longue date. Lui sera vice-premier ministre. Yannis Varoufakis, professeur des universités issu de la tradition marxiste critique, obtient le poste de ministre des Finances. Il sera très vite confronté à la défiance des marchés à l’égard de ce gouvernement : à peine était-il constitué que la bourse d’Athènes chutait de 5%.

Des nominations à forte portée symbolique

Giorgos Stathekis aura, lui, la charge du ministère de l’Économie, des Infrastructures, des Affaires maritimes et du Tourisme : en résumé, tout ce qui concerne les investissements publics. Aristide Baltas, professeur émérite à l’École polytechnique et philosophe de renom, obtient un important portefeuille regroupant la culture, l’éducation, et les religions.

Après avoir multiplié les gestes symboliques lundi – en prêtant un serment laïque et non sur la bible comme ses quatorze prédécesseurs, puis en se rendant sur le mur où deux-cents communistes avaient été fusillés par les nazis en 1944 –, Alexis Tsipras a fait un autre choix important en nommant Panagiotis Kouroublis à la Santé. Cet ancien membre du Pasok, aveugle de naissance, a refusé de signer le deuxième mémorandum, expliquant notamment les conséquences qu’il portait en matière de santé et d’aides aux handicapés. Il a alors rejoint les rangs de Syriza.

Ces quelques noms donnent en réalité à voir la stratégie d’Alexis Tsipras, qui cherche à fédérer, autour de lui, des personnalités connues pour leurs travaux ou leurs engagements, mais aussi à encadrer au mieux son encombrant allié gouvernemental. Si le chef de file des Grecs indépendants, Panos Kammenos, obtient le poste de ministre de la Défense, particulièrement important en Grèce, leur participation a été pensée pour limiter leur influence.

Les Indépendants sous surveillance

La nomination de Kammenos à la Défense a provoqué de hauts cris chez certains à gauche. Mais deux fortes têtes l’épauleront, sans doute pour porter les mesures que Kammenos refuserait de défendre. Kostas Isychos, figure du syndicalisme grec, personnalité polyglotte, et ancien responsable des questions européennes à Synaspismos, obtient un ministère délégué et Kosas Toskas, un transfuge du Pasok, un secrétariat d’État.

Les Grecs indépendants héritent aussi du secrétariat d’État à l’Agriculture en la personne de Panagiotis Sgouridis, ex membre du Pasok passé chez les Grecs indépendants. Ils disposeront aussi du ministère délégué au Tourisme, dans les mains d’Elena Kountoura, mais noyé dans l’immense ministère de Giorgos Stathakis. Enfin, une de leurs têtes d’affiche, l’ex-journaliste de droite aux tendances populistes, Terence Kouik, obtient un secrétariat d’État dans le ministère de Nikos Paraskevooulos.

En accordant aux Grecs indépendants le poste de ministère de la Défense, dont ils rêvaient, Alexis Tsipras satisfait donc l’une de leurs exigences essentielles. Mais en les encadrant, en nommant un ex du Pasok en désaccord avec certaines lignes de son nouveau parti, et leur accordant deux autres postes, Alexis Tsipras fait aussi pression sur eux – tout en cherchant probablement à les affaiblir et à les diviser.

Contraint de constituer un gouvernement avec eux compte tenu du refus par le KKE de toute alliance, il tâche de surmonter l’écueil en fin stratège. Premiers résultats sans tarder. Il trouvera en tout cas en Zoe Konstantopoulou, nommée à la présidence du Parlement une alliée de taille, tant cette main de fer dans un gant de velours a révélé, sous la précédente législature, ses capacités à se faire entendre et imposer ses convictions.

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Vos réactions

  • Pas une seule femme parmi les ministres mais curieusement on en parle pas du tout ici. On voit bien que le féminisme c’est une variable d’ajustement à la gauche de la gauche.

    Gino Le 28 janvier 2015 à 10:47
       
    • BRAVO ET MERCI POUR CE COMMENTAIRE ...
      sinon que dire de ce gouvernement ... que ce n’est pas l’austérité pour tout le monde vu le nombre de postes pourvus mais ça ... et effectivement, j’allais dire évidemment, il n’y a aucune femme ministre comme si les femmes n’avaient pas leur mot à dire dans la situation grecque voire plus.

      sylviane Le 28 janvier 2015 à 16:50
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    • Ne pas faire le bobo droit-de-l’hommiste...se tenir à leurs côtés...

      Dominique FILIPPI Le 1er février 2015 à 07:58
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  • Si, il y a quelques femmes, 7 sur 41 ministres et secrétaires d’Etat ; mais cela fait quand même peu (quoique la presse grecque, très à droite, estime le contraire.)
    L’article évoque quand même la présidente du Parlement, véritable féministe. Il y aura aussi, notamment, des femmes pour le budget, l’immigration, la lutte contre l’exclusion (une professeure d’études de genre à New York.)

    pierre b Le 29 janvier 2015 à 23:04
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  • Je suis toujours à la recherche de la position officielle du KKE et des raisons programmatiques qui ont présidées à leur refus de participer au gouvernement avec siriza.

    Si l’un ou l’autre de nos chers commentateurs avait ce type d’info, je suis preneur !
    Pierre

    Pierre coullet Le 2 février 2015 à 10:06
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  • Il est facile de souligner ce qui est absent ou supposé absent d’un article ( oui la présidente du Parlement est citée) ; mais il est plus difficile de résumer et d’analyser une situation politique en respectant les contraintes de place imposées.La position du KKE est connue depuis longtemps ... et finalement est-elle si importante et intéressante que cela ? Le dogmatisme du KKE le conduit à préférer risquer de mettre Syriza en difficulté plutôt que de l’aider à transformer la société grecque... L’histoire et sans doute prochainement les grecs eux-mêmes jugeront
    Merci à Fabien Perrier pour la justesse et la qualité de ses informations

    Berthelot Le 3 février 2015 à 11:04
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