Accueil > Société | Par Aude Lorriaux | 7 mars 2017

#8mars15h40 : le précédent de 1974 que tout le monde a oublié

Le 9 juin 1974, des féministes ont appelé à une grande grève nationale. L’idée était de montrer que sans les femmes, la société ne pouvait plus fonctionner normalement. Qu’elles avaient donc un pouvoir... Retour sur cet épisode pionnier.

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Une "première" : voilà le qualificatif choisi par une quarantaine d’associations féministes, syndicats, ONG et organisations de jeunesse, tous alliés pour la bonne cause, afin de présenter la journée d’action du 8 mars, à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes. En un sens, c’est vrai, c’est la première fois dans l’Hexagone qu’est lancé un appel à la grève nationale sur un tel sujet avec l’appui de plusieurs syndicats. Mais il existe un précédent de moins grande ampleur, qui s’est fait sans l’appui des syndicats. Et que tout le monde – militantes, chercheuses ou journalistes – semble avoir oublié, hormis les protagonistes de l’époque.

"Libération des femmes, année zéro"

Il est rapporté par Colette Pipon, dans le livre Et on tuera tous les affreux. Le féminisme au risque de la mise en vrille. L’idée d’une grève, ou plutôt d’une "grrr-rêve" comme elles l’appellent, germe à l’automne 1973, à l’issue d’une réunion des Féministes révolutionnaires. « Nous sommes sorties si excitées de cette réunion que nous avions, le soir-même, écrit "Grève des femmes juin 1974" sur les affiches et les couloirs du quai du métro », raconte Évelyne Rochedereux, féministe de la Coordination française pour le lobby européen des femmes, dans ce livre.

[Lire aussi : "Les grèves de femmes ont-elles un "genre" particulier ?"]

L’idée est de faire la grève du travail domestique « parce qu’il est réservé aux femmes, qu’il n’est pas reconnu et qu’il est obligatoire », dit-elle. Mais aussi « la grève des soins qu’on donne aux enfants » ou celle « du travail salarié, parce que la condition des femmes dans le travail salarié est liée au rôle qu’elles ont à assumer à la maison ».

Elles s’affairent alors et rédigent des tracts dans lesquels elles affirment en avoir « marre d’être condamnées à jouer les mamans ou les putains, les servantes ou les maîtresses, les boniches ou les potiches ». Elles préparent des banderoles avec des slogans comme "Libération des femmes, année zéro". Discutent d’un plan d’attaque. Des ouvrières viennent les encourager...

"C’est la grève, c’est la grève, c’est la grève des femmes"

Le jour J, le 9 juin 1974, des petits groupes défilent dans la capitale, prennent d’assaut les publicités du métro et les murs pour y taguer "Grève de femmes", s’en vont tracter dans les marchés, raconte Cathy Bernheim, écrivaine et journaliste qui a co-organisé la grève. « L’idée était tellement neuve qu’il n’y avait pas besoin de faire grand-chose, c’était tellement frappant que cela avait un écho incroyable », raconte-t-elle, en se souvenant des interviewes et articles de presse de l’époque.

Il reste un témoignage de ce jour, capté par l’ORTF. On y entend une guitariste chanter : « C’est la grève, c’est la grève, c’est la grève des femmes, on est bien réunies et on n’a plus besoin d’eux ». Et des féministes de l’époque, comme la sociologue Liliane Kandel et Evelyne Rochedereux, détailler leurs revendications :


Quelle ampleur a eu la grève ? Cathy Bernheim estime le nombre de participantes à environ cinq cents. « Il est très difficile d’en mesurer la diffusion et il est peu probable que cette grève ait réellement été suivie hors du cercle parisien », écrit Colette Pipon. « C’est resté dans un petit groupe. C’était de l’agit-prop », confirme la sociologue Christine Delphy, qui a participé à la première réunion d’organisation. Il est d’ores et déjà certain que la grève de demain, avec plus de 180 actions annoncées dans la quasi-totalité des départements, aura plus de succès.

@audelorriaux

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  • 1974 a été l’année zéro de la névrose féministe et de l’interprétation délirante de l’histoire par ces groupuscules de femmes déséquilibrées .
    Année zéro de la théorie de la domination.
    Mais ces théories ont eu des conséquences jusqu’à aujourd’hui puisqu’il y a encore eu récemment des ministères des droits spécifiques pour les femmes dont l’objectif a été essentiellement de faire voter des lois répressives anti-homme :
     interdiction du fleurt en entreprise qui devient du harcèlement sexuel
    - interdiction pour les hommes seuls déprimés et frustrés d’aller voir des prostituées : ca devient un délit
     interdiction d’avoir trop d’hommes dans les comités de direction d’entreprise et toutes les structures dirigeantes, même si on ne trouve pas de candidates
     interdiction pour les enfants des maternelles d’avoir des jeux genrés même s’ils le choisissent
     droit pour les femmes de tuer leur conjoint supposé violent (affaire Sauvage)
    Faudrait demander leur opinion aux femmes du quotidien plutôt qu’à ces allumées.

    Thomas Le 27 mars à 14:05
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