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Accueil > Société | Par Cyril Lecerf Maulpoix | 23 mai 2017

Hanouna, Bolloré et les LGBT : la guerre des images est déclarée

Un nouveau "dérapage" homophobe de Cyril Hanouna dans son émission sur C8 a souligné la passivité du CSA et la complicité de l’actionnaire Bolloré. Mais aussi la fin probable de cette impunité sous la pression des militants… et des annonceurs.

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Une bonne quinzaine de militants et militantes LGBTQI se sont retrouvées à l’aube, ce lundi matin, pour faire rougir le parterre de la tour Mirabeau de tags « Hanouna, producteur d’homophobie, CSA complice ». Quinze minutes top chrono pour cette action zap, selon la tradition actupienne, pour dénoncer devant son siège la passivité et la lenteur du CSA, alerté depuis de nombreux mois par les multiples signalements des dérapages sexistes, racistes et LGBTIphobes de l’émission Touche pas à mon poste.

Le cas le plus récent remontait à jeudi dernier, lorsque Cyril Hanouna, son producteur et animateur avait humilié, piégé et outé en direct devant des millions de téléspectateurs un jeune homosexuel en incarnant son personnage habituel favori, Jean-José, un homme efféminé, le tout sous l’hilarité générale de son public et de ses chroniqueurs.

Le Cas Hanouna

Cyril Hanouna, grand « gourou », pour reprendre l’expression de Sofia Aram sur France Inter ce lundi matin, n’en est plus à son coup d’essai. Révélation de la sexualité et humiliations répétées de son chroniqueur gay souffre-douleur Matthieu Delormeau, attouchements non-consentis sur des femmes invitées en plateau sous les rires du public, déguisements racistes : la violence grossière ou plus pernicieuse qui se propage sur les plateaux de Touche Pas à mon Poste semblait atteindre un nouveau paroxysme avec l’outing du jeune homosexuel jeudi dernier. Ce dernier a depuis contacté l’association Le Refuge à la suite de réactions violentes de la part de sa famille.

Face aux réactions des associations relayées par les médias et celles de certains politiques de tous bords qui sont parvenues jusqu’aux oreilles de celui qu’on-ne-devrait-pas-toucher –"BABA" – et de son équipe, le grand jeu du martyr sacrifié sur l’autel du politiquement correct peut commencer. Hanouna en est coutumier et fait recette sur ces débordements. Ce fut le cas lors de l’attouchement de l’une des invités par le chroniqueur Jean-Michel Maire, qui avait suscité pas moins de 2.666 signalements auprès du CSA. Ce dernier s’était ensuite dit très affecté de la polémique concernant son propre méfait.

Quant au premier concerné, l’animateur s’est empressé de critiquer le CSA pour avoir encouragé la délation et « l’hystérie » générale à son encontre. Ce lundi matin, l’organisme enregistrait à peu près 20.000 signalements sur la seule séquence concernée. Du jamais vu, un record que même Eric Zemmour, tout zèle xénophobe dehors, n’était pas parvenu à battre l’année dernière. Pourtant si la séance a profondément choqué, cette "banalité du mal" sur nos écrans reste cependant difficile à enrayer.

Télé-Bolloré, une machine à "dérapages incontrôlés"

Lundi soir, Baba fustigait, avec l’aide de ses chroniqueurs zélés, la vilenie des médias et « leur mépris de classe », abattant alors la carte populiste en grand prestidigitateur de masses qui aiment rire de tout et de tout le monde sans distinction. Dans la galaxie Hanouna, le rire, tout comme la victimisation, recouvrent constamment les véritables victimes. Aussi, les prétendues excuses de l’animateur avaient-elles un air de déjà-vu.

Mais le problème est plus profond. Des ondes radios aux plateaux télés, si le petit gourou révèle régulièrement son despotisme sur un territoire aux quelques millions de téléspectateurs, il n’est que la partie émergente la plus crasse d’une évolution médiatique inquiétante. Un despotisme en cache souvent un autre. Vincent Pujol, directeur des programmes de C8, ainsi que les deux directeurs de C8 et Canal Plus ne cessent depuis quelques jours de voler au secours de celui qui est « injustement » accusé d’homophobie. L’empire Bolloré a l’habitude des passages en force, même des plus violents, tant que l’audience est au rendez-vous.

« Il ne s’agit en rien de dérapages, mais d’un système qui banalise et encourage l’humiliation et la violence sur des personnes en raison de ce qu’elles sont », expliquaient ainsi les activistes dans leur communiqué ce lundi matin. En novembre dernier, l’imposition de Jean-Marc Morandini avait achevé la naissance de CNews, enterrant médiatiquement I-Télé et, dans la foulée, la mise en examen de ce dernier pour corruption de mineurs aggravée. Dans un contexte particulièrement tendu avec la chaîne, la puissance de Bolloré semblait alors inébranlable, témoignage d’un rapport de forces a priori impossible à renverser.

Touche pas à mes sponsors !

La lenteur des procédures engagées par le CSA, dont les possibles sanctions ne seront rendues publiques qu’à la fin du mois, ne sont sans doute pas les conséquences les plus à craindre pour le géant Bolloré – même si elles terniraient clairement l’image de sa poule aux œufs d’or au contrat de 250 millions d’euros. La lenteur des procédures légales du CSA est accablante. La mise en demeure de C8 en 2016, mais également la saisie par un rapporteur indépendant du dossier concernant les humiliations de l’un de ses chroniqueurs Matthieu Delormeau, le 3 novembre dernier, sont toujours sans suite. On attend encore la décision du rapporteur indépendant, qui ne peut s’exprimer sur le sujet, tout comme le CSA. Il y a finalement assez peu d’illusions à entretenir quant à une suspension de l’émission.

La guerre des images et des marques qui s’est récemment engagée est en revanche plus intéressante. La riposte des associations et des militants l’ont bien compris : « L’émission bénéficie d’une complaisance complice de la part des autorités publiques, mais aussi des sponsors et marques, et évidemment de la chaine C8 et des responsables du groupe Canal, qui soutiennent son émission », écrivaient-ils, annonçant dans la foulée diriger leurs regards vers ces derniers. Face à l’inaction des pouvoirs publics, la seule manière d’atteindre l’immaculé gourou consiste à renverser son trône d’or, trône qui apporte à C8 la majorité de ses annonceurs et investissements.

L’orchestration d’un faux mea culpa avec tous ses petits animateurs ne suffisait pas à masquer hier le changement de ton de l’animateur, soudainement devenu grand champion des droits LGBT et victime d’une petite erreur de jugement « qu’on ne reproduira pas ». Une erreur qui n’avait cependant pas échappé à Décathlon, Petit Navire, Chanel, Bosch et Disneyland, mais également à Peugeot Citroën et DS, qui ont depuis retiré leurs sponsorings ou investissements publicitaires. L’image fait vendre et le bad buzz est fui comme la peste. « Plus de blagues sur les homosexuels », ânonnait Hanouna en fin d’émission, alors que le président de Stop Homophobie lui rappelait le contexte de persécutions internationales des LGBTI. Ces derniers, redevenus sujets et non objets de moquerie, désormais à même de faire trembler le despote, feront bien de lui rappeler qu’il n’a visiblement pas compris qu’il s’agissait de bien plus que cela…

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Vos réactions

  • J’ai vu la séquence incriminée,
    je n’ai pas de télé
    (tant mieux pour moi :)),
    je ne connaissais pas Hanouna...

    Maintenant je sais que Cyril Hanouna est un porc se vautrant
    dans une émission de télé-poubelle.

    Et c’est du "prime-time", ce machin-là...
    Mesdames et Messieurs,
    si vous aimez manger de la m...,
    bon appétit ! :)

    Concernant le commentaire déplacé de 93,
    bonne réponse de carlos...

    à laquelle j’ajoute, concernant 93,
    qu’essayer de récupérer une histoire tragique
    dans un but purement politicien
    est totalement indigne.

    cavalierbleu Le 23 mai à 17:34
  •  
  • Relire d’urgence "la société du spectacle"de Guy Debord, terriblement prophétique...

    gredin Le 23 mai à 17:41
  •