Accueil > Résistances | Par Clémentine Autain | 4 juin 2016

Hugo Melchior, militant criminalisé

Jeune universitaire rennais mobilisé contre la loi travail, Hugo Melchior est "interdit de séjour" dans sa propre ville. Un exemple, parmi beaucoup d’autres, de la répression du mouvement social grâce au prévisible détournement de l’état d’urgence.

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Hugo Melchior est un militant du mouvement Ensemble-Front de gauche, ancien membre de Sud-étudiant et de la LCR, actuellement doctorant en histoire et chargé de cours à l’université de Rennes. La France compte de nombreux Hugo Melchior. Un jeune homme engagé, qui aime défendre ses idéaux, manifester pour les valeurs humanistes qui l’animent, agir contre ce qui le révolte. Mais nous vivons une époque si formidable que la lutte contre Daesh se mue aujourd’hui en traque de militants politiques, une chasse aux sorcières aussi violente que silencieuse si l’on s’en tient aux médias dominants. Et Hugo Melchior en constitue un triste symbole.

Mardi 17 mai, trois fonctionnaires de police sont venus chez lui pour lui remettre en mains propres un procès-verbal lui notifiant une interdiction de séjour dans le centre de Rennes, avec un périmètre assez étendu comprenant la gare, la mairie, le vieux Rennes, et ce pour une durée de quinze jours. Hugo n’est pas seulement interdit de circulation le temps des manifestations, mais à toute heure du jour et de la nuit. Cette interdiction découle de la loi du 3 avril 1955 relative à l’état d’urgence.

Lire aussi : "Interdits de manifestation : l’état d’urgence contre la colère sociale"

La traque du mouvement social

Les raisons invoquées sur le procès-verbal d’Hugo Melchior relèvent d’une logique préventive : sa participation aux manifestations serait susceptible d’engendrer des troubles graves à l’ordre public. Les forces de l’ordre se sont appuyées sur des considérants reposant sur sa trajectoire politique. Ce qui est mis en lumière, c’est sa participation à différentes manifestations les années précédentes : en 2013, Hugo a manifesté à la suite de la mort de Clément Méric, le 22 février 2014 contre l’organisation d’un meeting du FN, en novembre 2014 pour dénoncer la mort de Rémi Fraisse...

La police fait référence à sa proximité avec la mouvance "anarcho-autonome", qui est en effet présente à Rennes depuis quinze ans. Cette proximité est énoncée simplement parce qu’il a participé à des manifestations avec eux. Le fait qu’il ait été un militant de la LCR puis d’Ensemble n’est en revanche pas pointé. À aucun moment, le procès-verbal de son interdiction ne mentionne qu’il aurait lancé des pierres sur les policiers, insulté les forces de l’ordre ou pris part à des affrontements.

En réalité, Hugo Melchior joue un rôle très actif dans la mobilisation contre la loi El Khomri. Serait-ce là le danger ? Hugo Poitevin, militant à la Jeunesse communiste et conseiller municipal, vient lui aussi de recevoir une interdiction de séjour. À travers la France, depuis des mois, les récits de cette traque des acteurs du mouvement social circulent sur les réseaux sociaux. Le détournement de la loi de l’état d’urgence est effective. La lutte contre l’Organisation de l’État islamique est sans fard instrumentalisée pour entraver le militantisme.

Politique de dissuasion

Cette mesure administrative, extra-judiciaire, unilatérale de la préfecture et donc du ministère de l’Intérieur, est pour Hugo Melchior une atteinte à ses libertés fondamentales. Elle a des conséquences concrètes sur sa capacité à militer. Ces semaines sans pouvoir circuler librement dans le centre de Rennes parasitent sa vie quotidienne. L’état d’urgence est sensé lutter contre le terrorisme et nous sommes face à des mesures coercitives qui touchent des secteurs totalement étrangers aux réseaux djihadistes. Ce qui est invoqué, c’est le maintien de l’ordre. Comme l’interdiction est purement individuelle, l’enjeu est autre que de prévenir des débordements lors de manifestations. Il s’agit de distiller la peur en faisant un exemple, de focaliser sur un militant très actif pour le faire craquer, pour qu’il renonce à militer parce que cette interdiction est humainement éprouvante.

Ce qui est à l’œuvre, c’est une logique politique. Le ministère de l’Intérieur, et donc le gouvernement sont en cause dans cet usage politique de la loi de 1955. Au même moment en Bretagne, des journalistes ont été matraqués, des collégiens à Saint-Malo ont été blessés.

Dans un contexte où le gouvernement a choisi de rendre durable l’état d’urgence et d’imposer par le 49.3 une loi El Khomri pour laquelle il n’a ni majorité dans le pays, ni majorité parlementaire, dans ce moment où le patron du Medef, Pierre Gattaz, qualifie la CGT de terroriste, tout devient possible… Sauf si nous sommes suffisamment nombreux à exprimer notre refus de telles atteintes aux libertés dans un État de droit.

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Vos réactions

  • Tout cela bien entendu n’est rien à côté de ce qu’a subit l’étudiant Nicolas Bernard-Buss, qui souvenez vous fût condamné à 4 mois de prison dont 2 ferme avec mandat de dépôt et 1 mois de prison effectué, pour avoir simplement manifesté pacifiquement et fait parti des veilleurs de la ManifpourTous (rien de comparable à la violence des manifestation contre la loi travail).
    Clémentine Autain elle même s’était insurgé à l’époque contre cette condamnation.
    Mais à l’époque la gauche s’était peu émue du totalitarisme de ce gouvernement (hormis d’ailleurs Clémentine).
    En terme de fachisme et d’anti-démocratie Hollande atteint le sommet. Qui aurait pu le croire ?
    L’attitude de Valls et de Hollande face à ces étudiants rennais n’est que la continuité de ce qu’il sont : des dirigeants autoritaristes, alors même que Hollande parlait dans sa campagne de démocratie participative, d’importance du législatif et de son refus du 49.3 dans sa campagne.
    La lutte doit continuer

    Thomas Le 4 juin à 23:22
       
    • Je pense que vous savez assez bien qu’il n’a pas été condamné pour avoir manifesté mais pour le non respect de certaines lois votées pour beaucoup par votre chère droite catho de papier.

      Patrick Le 22 juin à 18:43
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  • Une citation : "Pour rendre la situation intenable ,il faut être prêt à créer un climat de tension maximale avec l’Etat ,en articulant des manifestations de masse avec une certaine radicalité , comme le sabotage économique et la confrontation avec les forces de l’ordre si nécessaire " Hugo Melchior dans "le Monde" du 20 mai 2016.
    C’est ce type de position politique que Regards veut mettre en exergue ?Pour Clémentine Autain, c’est vraiment çà le moyen de lutter contre la loi EL Khomri et son monde ?
    Tout çà pour finir dans les fourgons de J.L. Mélenchon....

    cok-cinelle Le 5 juin à 11:42
       
    • Effectivement, Regards.fr ne met nul part en avant les vrais idées de la personne qu’ils veulent défendre. Hugo Melchior est bien un théoricien (avec mise en pratique apparemment) de la violence "révolutionnaire pour le bien de tous".

      Patrick Le 22 juin à 18:46
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  • L’Union syndicale Solidaires 35 dénonce avec la plus grande fermeté l’acharnement du pouvoir "socialiste" contre Hugo Melchior et la mise en cause du droit fondamental à manifester

    Le 16 mai le préfet de zone de défense et de sécurité Ouest, Patrick Dallennes, a pris un premier arrêté visant à interdire à Hugo Melchior, militant actif de Rennes 2 contre la loi Travail, de séjourner dans le périmètre du centre-ville. Le tribunal administratif de Rennes a suspendu le 23 mai l’arrêté du préfet, en soulignant que « les restrictions apportées à la liberté d’aller et venir » de Melchior portaient « une atteinte grave et immédiate à sa situation ».

    Le mercredi 25 mai, Hugo Melchior a été l’objet d’une nouvelle interdiction de séjour signée par le préfet pour la journée de jeudi. L’Union syndicale Solidaires 35 dénonce avec la plus grande fermeté l’acharnement du pouvoir contre ce militant et la mise en cause du droit fondamental à manifester.

    Cette tentative d’intimidation s’inscrit dans la liste déjà trop longue des mesures liberticides prises pour essayer de museler la contestation à Rennes comme ailleurs. La force du mouvement qui se déploie, prouve que ces tentatives sont vouées à l’échec et ne font que témoigner de la faiblesse d’un gouvernement désormais aux abois.

    Solidaires35 5,rue de Lorraine Rennes

    Solidaires 35 Le 5 juin à 12:43
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  • Bien sur,évidemment que tu as tout mon soutien.,mon cher camarade,des comme toi il en faudrait des milliers.,des millions..!! Un vieux 68 tard que jamais.!! Étienne..

    doreille Le 5 juin à 15:08
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  • Hugo Poidevin conseiller du groupe front de gauche "La gauche debout !" à Cherbourg.

    Lejamtel Ralph Le 5 juin à 15:55
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  • @Maurice
    Vous êtes bien gentils, au PCF, mais vous persistez dans l’alliance électorale avec les socio-kollabos. Le double jeu, ça commence à se voir… Le P "S" est totalement et justement discrédité dans les classes populaires, et si vous persistez comme vous le faites, vous coulerez avec lui. Ne vous en prenez qu’à vous mêmes. Oui, je sais, je sais, "anticommunisme primaire", toussa…

    Auxi Le 5 juin à 16:32
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  • "Sauf si nous sommes suffisamment nombreux à exprimer notre refus de telles atteintes aux libertés dans un État de droit." : et défoncer tous les mobiliers urbains, les vitrines des commerçants, bloquer les transports, attaquer les policiers, c’est une manifestation de l’Etat de Droit ? A "Regards", on ne veut bien voir que ce qui vous sied. "Œillères" vous conviendrait mieux... Et comment osez-vous demander un financement participatif ? Vous commencez à ressembler à ces sales porcs de capitalistes... L’argent-l’argent... Vous me dégoûtez ! LOL !

    GRIGROU Le 16 juin à 14:33
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  • bouh bouh bouh ...
    tout ce que j’ADORE !
    des crétins communisants qui veulent devenir califes à la place des califes ... et qui croient que ça se voit pas !

    stella34 Le 19 juin à 15:50
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  • "Hum, ça donne envie..." être dirigés par un gouvernement issu des gauches totalitaristes qui fleurissent dans notre pays .....
    NEIN DANKE !

    stella34 Le 19 juin à 15:54
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