Accueil > Monde | Par Guillaume Liégard | 15 février 2016

Islande : les Pirates à l’abordage

Dans une Islande particulièrement affectée par la crise financière de 2008, le Parti pirate, doté d’un programme consistant, prend la tournure d’un parti majoritaire. Une exception européenne…

Vos réactions (1)
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Les élections législatives d’avril 2017 sont encore loin, mais l’évolution de l’électorat islandais confirme, sondage après sondage, une poussée massive en faveur du parti Pirate, désormais aux portes du pouvoir. Fondé en 2012, il avait obtenu 5,1% et trois des 63 membres de l’Althing, le parlement islandais, lors des élections législatives de 2013. Actuellement crédité de 35 à 42% dans les différentes intentions de vote (sondages 2013-2016), le parti dirigé par Birgitta Jonsdottir, ancienne porte-parole de Wikileaks, est désormais la première force politique, et de loin, de la petite île scandinave.

Parti Pirate, une spécialité nordique

Le mouvement des partis Pirates est apparu en 2006 d’abord en Suède puis, la même année, en Allemagne et a tout de suite rencontré un réel écho, notamment dans la jeunesse. Lors des élections européennes de 2009, le parti pirate suédois a obtenu 7,1% et deux députés mais semble désormais en perte de vitesse et n’a recueilli que 2,23% au scrutin de 2014.

En Allemagne, si les pirates n’ont jamais pu être élus au Bundestag – obtenant autour de 2% des suffrages –, ils ont en revanche fait de belles percées dans certains Länder : près de 9% à Berlin en 2011 et 7 à 8% dans trois länders en 2012. Des résultats prometteurs qui n’ont pas été confirmés car, depuis, le parti pirate allemand plafonne à 2% dans chacune des élections outre-Rhin.

La difficulté à s’enraciner durablement dans le champ politique est probablement liée à une insondable légèreté du programme politique. Dans un premier temps, les partis pirates ont bénéficié à plein d’une volonté de renouvellement d’espaces politiques sclérosés, notamment dans la jeunesse. Mais la réforme des droits de la propriété intellectuelle (copyrights, brevets), le renforcement des droits fondamentaux relatifs à la vie privé apparaissent un peu justes pour répondre à l’ensemble des mutations sociales, politiques et écologiques que subissent les sociétés européennes. Un rapide tour sur le "programme complet" du parti français est à ce titre édifiant.

Un pays frappé par la crise

L’essor du parti islandais apparaît donc comme à contre-courant de la situation générale des divers partis pirates. Deux éléments peuvent expliquer cette envolée phénoménale : la réalité de la crise islandaise, la capacité à offrir un programme plus généraliste.

Durement touchée par la crise des subprimes en 2008, l’Islande a parfois alimenté le fantasme d’une sortie de crise en douceur pour la population : "L’Islande, modèle de sortie de crise ?", titrait Libération en 2013 quand Marianne osait en août 2015 un improbable "L’Islande une sortie de crise sans douleur". La réalité est pour le moins plus nuancée comme le démontre amplement le quotidien suisse Le Temps, en octobre 2015.

Comme partout, la restructuration des banques a nourri une augmentation de la dette publique, même si le gouvernement islandais n’a pas fait le choix de garantir l’ensemble du passif de ses banques. Mais c’est surtout la dévaluation de 50% de la monnaie nationale par rapport à l’Euro qui a durement frappé les ménages. Dans un petit pays de 320.000 habitants qui doit donc importer une bonne partie des biens courants et d’équipements, cette dévaluation a mécaniquement entraîné un effondrement du pouvoir d’achat des islandais et une inflation qui a atteint 17%. Cette baisse de la consommation a été plus forte que celle de pays comme le Portugal ou l’Irlande. Dans la durée, la dévaluation – impossible en zone euro – a permis aussi de recréer des emplois dans des secteurs confrontés à la concurrence internationale.

Des pirates à l’offensive

Face à cette situation, le parti pirate islandais insiste sur trois aspects fondamentaux : une démocratie horizontale, un renforcement du contrôle des banques et la réduction de temps de travail à 35 heures. La démocratie directe, appelée aussi "démocratie liquide" rencontre un écho d’autant plus large que son application semble amplement à portée de main dans un pays insulaire dont les deux tiers de la modeste population habitent l’agglomération de Reykjavik. Le programme prévoit non seulement de poursuivre l’assainissement du fonctionnement des banques, mais aussi de protéger la vie politique de l’ingérence des entreprises privées.

Pour Birgitta Jonsdottir, la porte-parole, les sondages prédisant la victoire de son parti aux législatives sont « trop optimistes ». Bien des événements peuvent se produire au cours de l’année qui vient mais d’ores et déjà l’ensemble des autres partis est amené à reconsidérer leurs propositions pour regagner le terrain perdu.

En soi, cela constitue déjà une victoire pour les pirates, dont le slogan récurrent est : « Nos idées vous plaisent ? Piratez-les ».

Vos réactions (1)
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Vos réactions

  • Comment et par qui sont financés ces partis ?

    Dis moi qui te paie, je te dirai qui tu es !

    La Renaudie Le 17 février à 07:40
  •