Accueil > Politique | Par Laura Raim | 22 janvier 2016

Israël : le boycott que Valls veut criminaliser

Alors que le mouvement Boycott, désinvestissement et sanctions (BDS) s’étend contre les produits israéliens, le premier ministre trouve que « ça suffit » et annonce des mesures. Sur ce sujet comme sur les autres, il faut juguler la contestation.

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Manuel Valls préfère la liberté d’expression sur une plaque commémorative que dans la bouche des militants pro-palestiniens. Le 5 janvier il dévoilait l’hommage « à la mémoire des victimes de l’attentat terroriste contre la liberté d’expression perpétré dans les locaux de Charlie Hebdo le 7 janvier 2015 ». Deux semaines plus tard, le premier ministre confiait aux "Amis du CRIF" vouloir durcir les mesures contre les appels au boycott des produits israéliens.

« Je pense que les pouvoirs publics doivent changer d’attitude vis-à-vis de ce type de manifestations », a-t-il déclaré lundi soir. « Je pense que nous allons prendre des dispositifs – mais toujours dans l’État de droit – qui doivent montrer que ça suffit, et qu’on ne peut pas tout se permettre dans notre pays. » Dans la lignée de l’interdiction des manifestations pro-Gaza à l’été 2014, Manuel Valls demeure dans une logique de criminalisation du mouvement de solidarité avec la Palestine.

BDS : des victoires importantes

La manœuvre est toujours la même, et bien rodée : disqualifier les critiques de la politique israélienne en les assimilant à de l’antisémitisme. « On est passé de la critique d’Israël à l’antisionisme et de l’antisionisme à l’antisémitisme. » En décembre dernier déjà, Manuel Valls condamnait devant l’Assemblée nationale le mouvement Boycott, désinvestissement et sanctions (BDS), dénonçant la volonté « de confondre critique légitime de la politique de l’État d’Israël avec l’antisionisme et l’antisionisme qui bascule dans l’antisémitisme » (lire aussi "Israël, le petit boycott qui monte, qui monte...").

Lancée en juillet 2005 par 170 organisations palestiniennes, cette campagne internationale préconise des « mesures de sanction non violentes (...) jusqu’à ce qu’Israël honore son obligation de reconnaître le droit inaliénable des Palestiniens à l’autodétermination et respecte entièrement les préceptes du droit international ». Trois types de mesures sont recommandées : boycott de l’économie et des institutions israéliennes, notamment universitaires, retrait des investissements étrangers, sanctions contre l’État et ses dirigeants.

Le mouvement a remporté des batailles importantes l’année dernière, y compris en France : Orange a promis de rompre son contrat avec la société de téléphonie israélienne Partner Communications, le festival de BD d’Angoulême a annulé le sien avec Sodastream, une entreprise de machines à soda installée dans une colonie de Cisjordanie, et Veolia s’est complètement retiré du pays. Sur le front culturel, des vedettes comme Lauryn Hill et Thurston Moore de Sonic Youth ont refusé d’y jouer.

L’interdiction d’une critique citoyenne

La campagne pourrait toutefois être mise à mal par la décision de la Cour de cassation, qui a déclaré illégal en octobre dernier, l’appel à boycotter des produits israéliens et confirmé la lourde condamnation de quatorze militants BDS. Ces derniers étaient entrés dans des supermarchés à Mulhouse où ils avaient crié des slogans, distribué des tracts et porté des vêtements appelant au boycott. La France devient ainsi le seul pays à pénaliser les appels à ne pas acheter les produits israéliens.

La Cour a invoqué un article de la loi de la presse qui évoque le délit de "provocation à la discrimination, à la haine ou à la violence envers une personne ou un groupe de personnes à raison de leur origine ou de leur appartenance à une ethnie, une nation, une race, ou une religion déterminée". Or cette loi « ne prévoit nullement de protéger la politique d’un État contre une critique citoyenne, lorsque cette critique prend la forme d’un appel au boycott de produits, rappellent les militants et intellectuels signataires d’un appel à renforcer le mouvement BDS. À de nombreuses reprises, des organisations ont appelé dans le monde au boycott de la Birmanie ou de la Russie, de la Chine ou du Mexique, sans que soit jamais évoquée une telle clause ».

Dans le contexte d’un état d’urgence dont on a vu comment il était utilisé contre les mouvements sociaux durant la COP21, la dissuasion et la répression de la contestation étendent leur emprise, activement soutenues par un Manuel Valls dont les combats sont décidément très sélectifs.

À suivre, à signer : pétition pour Salah Hamouri

Laurent Fabius, Ministre des Affaires étrangères : Justice et liberté pour Salah Hamouri, Elsa et leur enfant !

L’acharnement israélien contre Salah Hamouri continue obstinément. Trois ans après qu’il soit sorti de prison où il a passé 7 ans de sa jeune vie, sur la base d’un dossier vide, les dirigeants israéliens le poursuivent pour l’empêcher d’avoir une vie normale sur la terre où il est né : en Palestine. Des ordres militaires succèdent aux ordres militaires restreignant sa liberté de mouvement et d’études, cherchant à l’empêcher de vivre « normalement ».

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  • edrobal Le 22 janvier à 17:52
       
    • Voici ce qu’on lit sur le site en question :
      "... La violation des droits humains en Palestine occupée est bien pire que les quelques morts de Janvier 2015 mais cela ne mérite pas une quelconque reconnaissance par un gouvernement totalement inféodé au lobby juif au point de déclarer illégal l’appel à boycotter Israël. ..."
      Le lobby juif.... Ca ne vous rappelle rien ? " Ensemble " s’honorerait à lutter contre la pollution nazillone sur son site. On finirait par penser à de la complaisance... Voire plus, après le fameux meeting de fin de campagne des régionales, ou encore le triste tweet de C. Autain à propos des viols par les soldats de l’armée rouge...
      Du coup, et jusqu’à preuve que cet appel au boycott relève d’une action politique et républicaine, je soutiens fermement la politique du premier ministre dans ce domaine là.

      Caizergues Le 24 janvier à 21:09
  •  
  • J’ai déjà été traité d’antisémite, maintenant nazillon. Dès que l’on ose critiquer Israël et sa politique voilà ce qui arrive. Vous devriez lire le livre "Le nettoyage ethnique de la Palestine". Écrit par un "nazillon" ? Non ! par un Israélien. Quant au "lobby juif", vous pouvez renier le terme, cela n’empêchera pas le fait d’exister.
    Par ailleurs, vu la logorrhée verbale du sieur Hitler, si l’on devait s’interdire d’utiliser les même mots que lui, il faudrait se taire.
    Enfin le "jusqu’à preuve du contraire" est exactement une méthode totalitaire. Ce qui nous pend au nez avec l’état d’urgence permanent.

    edrobal Le 24 janvier à 21:29
       
    • Qui est le "lobby juif" et comment s’en débarrasser ? Existe-t-il en France ? Vous avez des noms ? des Institutions ? Dites nous ....

      Sinon voici ce qui est dit du "complot juif" dans Wikipédia :

      "Le « complot juif » est une théorie du complot qui prête aux Juifs une volonté de dominer le monde. Ce mythe est particulièrement incarné par les Protocoles des Sages de Sion, document du début du XXe siècle se présentant comme un programme juif de domination du monde, mais en réalité créé par le faussaire antisémite russe Matveï Golovinski pour le compte de la police politique tsariste.

      Relevant originellement de l’antijudaïsme, les théories du complot juif sont plus élaborées que la simple allégation antisémite : ayant un auteur ou groupe d’auteurs précis, elles sont des constructions plus complexes et insistent sur l’accusation de domination.

      La théorie du complot juif connaît un regain de popularité en Europe durant les années 1930, années de crise, après avoir été développée dans le manifeste d’Adolf Hitler, Mein Kampf. À l’époque, une telle théorie est cautionnée principalement à droite et à l’extrême droite : la droite de l’époque est fortement nationaliste et hait donc autant le Juif apatride que le communisme, qu’elle attribue aux Juifs1, tandis qu’à gauche le Juif est parfois accusé de contrôler la finance et se trouve parfois assimilé à la figure du capitaliste (en réalité cela était marginal ; en fait de nombreux leaders de la gauche étaient eux-mêmes Juifs ou d’origine juive, et furent d’ailleurs victimes d’attaques antisémites de la part de la droite - c’est par exemple le cas de Léon Blum).

      Après la mise en œuvre de la « Solution finale à la question juive » par les nazis et la création de l’État d’Israël, le thème du complot juif renaît dans certains milieux antisionistes qui assimilent abusivement les substantifs « sionisme » et « fascisme » et les adjectifs « juif » et « sioniste ». Cette fraction radicale d’antisionistes a développé une opposition à Israël fondée sur l’antisémitisme et la contestation de la Shoah. La théorie du complot sioniste qui en résulte est considérée par Pierre André Taguieff et Jacques Tarnero comme une variante moderne de la théorie du complot juif."

      La thématique du complot juif connaît aujourd’hui une popularité dans certains mouvements extrémistes au Moyen-Orient, comme le Hamas qui se réfère explicitement aux Protocoles des Sages de Sion dans sa charte."
      Voilà. Je maintiens le terme de "nazillon" pour qualifier vos propos.

      caizergues Le 24 janvier à 23:15
    •  
    • James Baker (secrétaire d’Etat aux usa) avait déclaré : "les Etats voisins qui ne coopèrent pas avec la politiques israëlienne se razés, ils retourneront à l’âge de Pierre."

      Résultat : Iran : 8 ans de guerre , destruction de l’Irak, destruction de l’Afghanistan, effondrement de l’Egypte, destruction de la Lybie et de la Syrie, destruction du liban.
      Je ne parlerai pas de Gaza.

      Les sayanims (juifs de haut rang qui travaille pour la politique de l’image d’Israël par le Mossad) agissent dans les médias du monde entier, d’après Jacob Cohen.
      Je vous conseille vivement le lien :
      youtube.com/watch ?v=c5wVjst_Nk4
      Le congrès américain est sous contrôle des sayanims.

      Ce n’est plus une théorie du complot, c’est une réalité criante.
      Sur le lien supprimer l’espace avant le point d’interrogation.

      mimi Le 25 janvier à 22:49
  •  
  • "Caizergues",désolé,mais je pense que vous noyez le poisson,en faisant référence à la shoah, dont la réalité ne peut être contestée,bien sur,mais qui n enlève rien à la légitimité,pour les palestiniens,de disposer d une terre.Contester la politique actuelle de l état d Israël relèverait donc d un tabou.L argument de l antisémitisme sent un peu le réchauffé.On nous le ressert à chaque coin de phrase.
    Oui,le peuple palestinien(comme le peuple juif et comme tous les peuples du monde)a droit à une terre.Oui,le boycott d Israël,vu son parti pris colonialiste,est légitime et nécessaire.

    Rappelez vous l excellent et instructif dessin de Siné montrant un nazi jetant une croix gammée sur la tète d un juif qui,lui,lance une étoile de David sur la tète d un palestinien ....

    Quant à Valls,c est un inconditionnel,sans aucun esprit critique, d Israël,comme il l est vis à vis des pays du golfe.Il n est que de constater son acharnement,dans le dossier Notre Dame des Landes,aux cotés de Vinci (Qatar),à soutenir un projet inutile et nuisible à l environnement.

    HLB Le 25 janvier à 12:43
  •  
  • Je m’étonne de voir la conversation dériver à partir de ce que j’ai pointé en tout début. J’ai relevé que le renvoi sur le site c.lab amenait à la phrase suivante ( je la cite à nouveau ) :
    "... La violation des droits humains en Palestine occupée est bien pire que les quelques morts de Janvier 2015 mais cela ne mérite pas une quelconque reconnaissance par un gouvernement totalement inféodé au lobby juif au point de déclarer illégal l’appel à boycotter Israël. ..."
    Voilà. Ce relativisme est insupportable. C’est limite de l’apologie de terrorisme.
    La réponse est hallucinante :
    " si l’on devait s’interdire d’utiliser les même mots que lui (Hitler), il faudrait se taire".
    Et bien oui, il y a des choses indicibles ; ceux qui ont lutté contre le nazisme veulent les voir disparaître dans les poubelles de l’histoire. C’est cet esprit de résistance qui me fait dire qu’il faut absolument que vous cessiez de claquer du bec. J’ajoutais que le site se grandirait à modérer ce type d’expression. Décidément, la pression sur l’état d’Israël est aussi prétexte à charrier des pensées nauséeuses. Si l’irresponsabilité prévaut, qui regrettera que l’Etat siffle la fin de la récré ? Pas moi. Vive la république !

    Caizergues Le 26 janvier à 07:42
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  • Là où je vous approuve,Caizergues,c est sur la déclaration visant à relativiser la gravité des attentats en France,par rapport au quotidien vécu par les palestiniens.Cela pourrait apparaître comme un dédouanement envers Daesh,qui se moque d ailleurs éperdument du sort du peuple palestinien.
    Par parenthèse,il est flagrant de constater que les attaques et attentats de Daesh et autres djihadistes épargnent systématiquement Israël(tant mieux pour la population)
    Personnellement,je ne choisirai pas entre djihadistes islamistes et colons sionistes.Ils portent en eux le même fanatisme borné,la même incapacité à comprendre et admettre tout ce qui n est pas "eux"

    HLB Le 26 janvier à 09:22
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