Accueil > Politique | Par Catherine Tricot | 18 octobre 2016

Jean-Frédéric Poisson, extrême onction

Efficace lors du premier débat de la primaire de la droite, l’outsider se démarque : il se dit non-libéral et s’avoue si conservateur qu’on ne voit plus ce qui le sépare du FN. Jean-Frédéric Poisson incarne en toute bonhommie la droite qui se radicalise.

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Connu des seuls militants de la Manif pour tous et des défenseurs du mariage pour tous, Jean-Frédéric Poisson s’est révélé au grand public lors du premier débat de la primaire de la droite. Qualifié grâce à son statut de président d’un parti associé à l’UMP, il n’a pas eu à rassembler les soutiens de militants et de députés. C’est ainsi que ce successeur de Christine Boutin à la tête du Parti chrétien démocrate s’est retrouvé jeudi soir à débattre avec Fillon, Juppé, Sarkozy et les autres. Mais le plus extraordinaire est qu’il est longtemps apparu le plus raisonnable des sept.

« Aimé par Dieu »

Contrairement à ses concurrents, il n’a pas enchaîné les surenchères libérales, promettant la remise en cause du code du travail, le démantèlement de la fonction publique, la mise au pas des syndicats et l’instauration d’une flat tax. Il se paye le luxe de rappeler avoir voter "non" au traité de Maastricht : « Je ne suis pas libéral. Je suis plus à gauche que Macron », se plaît-il à déclarer à L’Express. Qui est cet homme qui a même osé dire qu’on ne pouvait pas enfermer préventivement les fichiers S ? La surprise des téléspectateurs fut si grande que, dès le jeudi soir, son nom est le plus recherché sur Wikipédia ; il est en tête des sujets débattus sur Twitter…

Député des Yvelines, où il succède à Christine Boutin, Jean-Frédéric Poisson a un visage bonhomme, un corps en rondeur. Issu d’une famille de classe moyenne, agnostique, il est frappé par la grâce à dix-neuf ans : « Le 30 janvier 1982, j’ai eu la conviction que j’étais aimé par Dieu. Ma vie a changé », explique-t-il sur RMC. II n’a pas les manières de la grande bourgeoisie de NKM, Juppé et Le Maire.

Philosophe de formation, il se sort avec aisance du débat de la primaire où il crève l’écran : il parvient à incarner une droite raisonnable, quand tous les autres surjouent le libéralisme économique et l’autoritarisme de gouvernement. Dans Libé, il déclare « Je ne suis ni libéral, ni atlantiste, ni fédéraliste ».

« Le plus à droite et le plus conservateur »

C’est sur la conception de la laïcité que tout dérape. Et que docteur Jekyll devient mister Hyde. Ça n’avait pas si mal commencé. Poisson rappelle que la laïcité, c’est la neutralité de l’État et de l’espace public. Chacun est donc libre de vivre et de s’habiller comme il l’entend. Mais une lézarde apparaît. Pour lui, la seule religion avec laquelle il y a un problème, c’est l’islam. Sur Radio Notre-Dame, il ne cache pas son souhait de voir inscrire les racines chrétiennes dans la constitution. Sur Twitter, il précise et globalise : « L’enracinement des Français est une priorité de mon engagement ».

Sur l’antenne de Sud Radio il assène : « La France ne veut pas être une société multiculturelle, je ne fais pas confiance à Alain Juppé ». Il fait du combat contre Daesh l’argument de son soutien à Assad et Poutine. Et d’ailleurs, en tournée pour l’association SOS chrétiens d’Orient, il fut reçu en tête à tête par le premier en juillet 2015. Il en est sorti sous le charme.

Le Figaro voit en lui le seul candidat de la droite classique. Cela lui va fort bien. Il professe dans les colonnes de Valeurs actuelles : « Je suis le candidat le plus à droite et le plus conservateur de cette primaire ». Et de fait, opposé au droit à l’avortement, il est aussi le seul des candidats à la primaire de la droite à s’être rendu à la manif anti loi Taubira, ce dimanche, dont il continue de réclamer l’abrogation. Il y retrouva Marion Maréchal-Le Pen, déjà croisée en mai dernier à Béziers, tous les deux invités par le maire Robert Ménard à la rencontre de "la droite hors les murs". Ces rendez-vous visent à établir des passerelles, voire des ponts, entre la droite et le FN.

« Le FN, un parti comme les autres »

Poisson ne s’en cache pas : « La recomposition de la droite est en marche et je suis libre d’aller où on m’invite ». Sur son compte Twitter, il précise : « On me reproche de parler avec Marion Maréchal-Le Pen. Je ne disqualifie pas une idée en fonction de la personne qui la porte ». Sa proximité avec Robert Ménard est assumée : il le considère comme un homme courageux qui aurait eu son vote s’il habitait Béziers. Au micro de Jean-Pierre Bourdin, il comprend « l’engouement des électeurs de Béziers pour Robert Ménard. Il est lucide sur le problèmes posés par l’immigration, massive ».

Invité sur France Culture, il précise : « Je suis opposé au FN sur sa vision de la laïcité, son souhait de sortir de l’Europe, la promotion de la peine de mort ». Ce qui ne l’empêche pas de contester le cordon sanitaire autour du FN. « Le FN, qui siège dans toutes nos instances démocratiques, doit donc être considéré comme un parti comme les autres », assure-t-il dans le dernier numéro de Valeurs actuelles. Une dernière pour la route : « Je plaide pour le droit du sang comme mode d’attribution principale de la citoyenneté ».

37% des téléspectateurs ont eu une bonne opinion de Poisson. Depuis ce jeudi, articles et invitations sur les antennes télé et radio ce sont multipliés. L’engouement autour de Jean-Frédéric Poisson est une alerte. Face à une droite totalement acquise à l’ultralibéralisme, un homme qui professe un projet sur de très nombreux points semblables au FN trouve les moyens de faire tomber les préventions, pour peu qu’il soit mal identifié politiquement. Le danger est immense.

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  • «  Le FN, qui siège dans toutes nos instances démocratiques, doit donc être considéré comme un parti comme les autres »

    Il n’est pas un parti comme les autres. La preuve, entre autre l’ expulsion du Secours Populaire de ses locaux à Hayange.
    Dès que le FN a le pouvoir quelque part il fait la preuve qu’il est un parti totalitaire.
    C’est bien de parler de poisson dans Regards mais quelqu’un a t’il quelque chose à dire sur la première convention de la France Insoumise de Lille ? C’est tout de même ça l’évènement du mois, non ?

    Francis Le 18 octobre à 14:17
       
    • Ce parti qui incite à la xénophobie, anxiogène, qui prône le repli sur soi-même, incompétent, n’est pas un parti comme les autres . C’est une escroquerie intellectuelle, et politique.

      Bell Le 19 octobre à 16:12
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  • Tant qu’à chercher des racines à la France, ne serait-il pas temps de rappeler que 66% des Français (dont au moins 10% de ceux dits Musulmans) sont incroyants ?

    PLANCHE Jean-Louis Le 24 octobre à 22:25
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