photo cc Jacinta Lluch Valero
Accueil > Monde | Entretien par Loïc Le Clerc | 7 septembre 2015

Juan Carlos Monedero : « Podemos fera un meilleur score que le PSOE »

En campagne pour les élections générales, les dirigeants de Podemos étaient ce week-end à Paris. Le politologue Juan Carlos Monedero et l’eurodéputée Tania Gonzalez analysent la situation des gauches européennes et expliquent leur stratégie.

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Juan Carlos Monedero est une des personnes les plus appréciées dans les rangs de Podemos, alors même qu’il a quitté la direction du parti au début de l’année. Ce professeur de Sciences politiques à l’université Complutense de Madrid est un des membres fondateurs de Podemos, mais surtout le penseur du mouvement, tant dans la forme que dans le fond politique. De son côté, Tania Gonzalez est députée européenne, diplômée en sciences politique de la même université. Activiste féministe, cette Asturienne de trente-deux ans accorde une grande place à l’exercice de la citoyenneté.

Regards. Comment analysez-vous la situation politique en Grèce ?

Juan Carlos Monedero. Nous sommes des pays avec des trajectoires différentes, des poids économiques différents, une intégration européenne différente et, par-dessus tout, un passé récent radicalement différent. Avec leur politique de clientélisme, Nouvelle démocratie et le Pasok ont sabordé la Grèce, ils ont fait des Grecs des gens suspects aux yeux des partenaires européens, affublés d’un État faible et d’une dette illégitime. Tout ceci, nous ne l’avons pas en Espagne. De plus, l’Espagne représente 12% du PIB européen là où la Grèce n’en représente que 2%. Alors oui, nous posons les mêmes questions, mais les Grecs ne sont pas à la recherche des mêmes réponses. Mais nous avons appris trois choses de leur expérience : premièrement, il est impossible de tuer un dragon pendant une chasse aux papillons. Deuxièmement, nous devons redoubler d’efforts pour sauvegarder l’unité des forces populaires, car nous avons bien vu que le risque de rupture existe. Et troisièmement, nous devons insister sur le fait que nous sommes une force de gouvernement, et ce quoi que nous décidions. Je crois que Tsipras a commis des erreurs qui auraient pu être évitées. Une figure comme Varoufakis représente une cohérence qui encourage les citoyens à se porter à l’avant de n’importe quel défi. Mais en même temps, je suis convaincu que Tsipras va être obligé de présenter un programme électoral qui lui permettra de résoudre ces erreurs en retrouvant avec sa formation politique le chemin du gouvernement.

« Les gauches européennes doivent conquérir les institutions pour les mettre au service du peuple »

Tania Gonzalez. L’attitude de Syriza, que se soit avec le référendum ou la convocation de nouvelles élections, montre que ce gouvernement met en valeur la démocratie, et c’est pour moi une chose très importante. Cependant, avec ce qui se passe en Grèce, je ne pense pas qu’on puisse être optimiste pour l’avenir des gauches européennes. C’est le but des institutions européennes de nous faire croire qu’une autre politique n’est pas possible. Ils veulent faire peur aux gens pour qu’ils se taisent et n’aillent pas voter. Mais je pense qu’ils n’oseront pas agir de la même manière avec Podemos au pouvoir.

Que pensez-vous de l’appel du Parti de gauche à un « sommet international du plan B » ?

Tania Gonzalez. Je trouve positif ce genre d’action, ayant pour but le changement démocratique. Seulement, je ne pense pas que l’on puisse changer les choses, du moins pas de la même façon, si les forces de gauche ne parviennent pas à atteindre le pouvoir dans leurs pays respectifs. Conquérir les institutions pour les mettre au service du peuple est fondamental pour mettre en œuvre une autre politique. Quant à une éventuelle sortie de l’euro, je pense qu’il faut d’abord se concentrer sur l’Europe actuelle, revenir sur la politique d’austérité, replacer le citoyen au centre afin de la ramener vers ses ambitions originelles de liberté et de respect des droits de l’Homme.

Juan Carlos Monedero. L’Europe doit avoir une discussion au sujet de la sortie de l’euro. Nous avons vu que l’euro ne servait que les intérêts d’une minorité et non l’ensemble des nations. Podemos est très clair, nous ne souhaitons pas sortir de l’euro, parce que les citoyens ne le veulent pas. Mais nous devons reconsidérer le fonctionnement de la monnaie unique, redéfinir le fonctionnement de la BCE, exiger que la politique monétaire soit au service de la croissance et non à celui des banques. Ainsi, la discussion n’est pas tant sur la sortie de l’euro que sur la reconstruction de la politique monétaire européenne.

« Podemos peut être majoritaire aux élections générales »

Les sondages montrent tous qu’aucune formation politique ne parviendrait à obtenir une majorité aux élections générales, excepté si le PP et le PSOE s’allient. Quel serait alors le rôle de Podemos ?

Juan Carlos Monedero. Nous n’avons jamais accordé crédit aux sondages qui, depuis le début, soit nous sous-estiment, soit nous surestiment. Nous préférons nous intéresser aux tendances. Podemos demeure la première force en termes de vote direct, ce qui ne veut pas dire que nous nous prenons pour la première force du pays. Les tendances ne font que nous rappeler qu’il faut continuer à faire des efforts. Et après tous ces mois de processus interne et d’attaques externes, après avoir fait de Podemos la première force du changement en Espagne, nous avons pris une décision très importante : celle d’ouvrir nos listes électorales à tous les citoyens, car ce n’est pas parce que quelqu’un n’est pas dans Podemos qu’il ne partage pas notre volonté de changement.

Tania Gonzalez. Il y a un peu plus d’un an, Podemos a surpris tout le monde en faisant irruption dans le paysage politique espagnol. Les élections générales (qui se tiendront au plus tard le 20 décembre), qui sont pour nous la dernière étape du cycle électoral, sont un moment où tout reste possible. Nous pensons qu’il est possible d’obtenir une majorité seul. Mais nous nous préparons aussi à l’éventualité d’une fragmentation du parlement. C’est pour cela que nous mettons en place une politique d’ouverture vers d’autres mouvements politiques, comme Izquierda unida. Podemos doit être l’outil de participation pour tous ceux qui veulent changer les choses en Espagne. Mais pour ce qui est des alliances, tout dépend du contexte régional, qui est très différent d’une communauté autonome à une autre.

« Le PSOE va devoir choisir entre Podemos et le PP »

Juan Carlos Monedero. Il y a deux grandes approches. Tu peux t’impliquer à court terme dans le circuit électoral ou dans un changement de conscience de ton pays à long terme. Nous avons choisi les deux options. D’abord quand nous étions professeurs de sciences politiques, que nous sommes descendus dans la rue en 2011 et que nous avons créé notre émission de télévision, La Tuerka. Nous avions alors la volonté de faire évoluer les consciences. Puis nous avons créé Podemos, pour nous relier aux cycles électoraux. Non pas pour former un groupe parlementaire et n’être que la béquille de la transformation politique, mais bel et bien afin de gagner les élections. Je crois que, sur ce point, nous avons la même approche que Syriza : donner une réponse politique sociale, nouvelle et différente.

Une alliance entre Podemos et le PSOE paraît inévitable si vous souhaitez gouverner. Quel est votre sentiment à ce sujet ?

Juan Carlos Monedero. Aux élections générales, il n’y a que le PSOE qui va avoir un problème, car nous ferons un meilleur résultat qu’eux. Ainsi, les socialistes vont devoir choisir entre soutenir Podemos pour que nous gouvernions, ou constituer une grande coalition avec le PP. Le PSOE risque de suivre une feuille de route similaire à celle du Pasok : s’il en vient à soutenir une grande coalition, je crois que ce sera sa fin. De fait, le PSOE a quasiment disparu en Catalogne, les socialistes andalous n’ont plus rien à voir avec le PSOE, et à Madrid, ils sont divisés. De plus, ils tiennent un discours soi-disant plus social, mais dès qu’ils vont à Bruxelles, ils soutiennent le TTIP. Toutes ces contradictions font du PSOE un parti confus.

Tania Gonzalez. Nous allons appliquer la même stratégie que pour les municipales et gagner les élections ! À Madrid, à Barcelone, à Cadiz, Podemos prouve qu’il est possible de faire de la politique d’une autre manière. Et dans ces municipalités, ce n’est pas le PSOE qui dirige, ce ne sont pas les socialistes qui mettent en œuvre un quelconque changement dans ce pays. Alors nous ne pensons pas à faire des alliances avec un PSOE qui n’a jamais montré le moindre signe de changement de comportement.

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  • Que pensez-vous de l’appel du Parti de gauche à un « sommet international du plan B » ?
    (Loïc Le Clerc)
    je ne pense pas que l’on puisse changer les choses [...] si les forces de gauche ne parviennent pas à atteindre le pouvoir dans leurs pays respectifs.” (Tania Gonzalez)

    Autrement dit : "On ne met pas la charrue avant les bœufs".

    Que Mélenchon commence donc par le commencement : se remettre en cause en se demandant pourquoi la mayonnaise FdG ne prend pas et, plus grave encore, fait fuir son électorat dans la désillusion et l’abstention.
    Les envolées lyriques en refusant de regarder la réalité crue, ça commence à bien faire !

    Jean-Marie Le 7 septembre 2015 à 11:13
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