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Accueil > Politique | Entretien par Loïc Le Clerc | 10 septembre 2015

Julien Bayou : « Dans la crise des réfugiés, les pouvoirs publics sont à la ramasse »

Face à la crise humanitaire et à l’afflux de réfugiés, les citoyens ont manifesté une bien plus grande générosité que les autorités. Une mobilisation que le porte-parole d’EELV, Julien Bayou, incarne avec son initiative "Aider les réfugiés".

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À trente-cinq ans, Julien Bayou a déjà un solide passé de militant derrière lui. Co-fondateur de Génération précaire, de Jeudi noir et de Sauvons les riches, le désormais conseiller régional Île-de-France et porte-parole d’EELV a lancé une nouvelle initiative en faveur de l’accueil des réfugiés.

Regards. Que pensez-vous du regain de mobilisation citoyenne face à l’arrivée des réfugiés ? Les Français doivent-ils en faire plus ?

Julien Bayou. Je suis agréablement surpris. Je crois qu’il y a eu un basculement avec la photo d’Aylan, notamment auprès des parents qui ont réalisé qu’il ne s’agissait pas de migrants anonymes, mais de gens auxquels ils pouvaient s’identifier. Le problème est qu’en France, le traitement médiatique et politique a vraiment été en dessous de tout. En Allemagne, les médias jouent le jeu de l’ouverture. Il y a peut-être quelque chose de très fort lié aux déplacements dans l’après-guerre et l’après-réunification, mais clairement, les habitants, les médias et les pouvoirs publics sont tous les trois alignés.

François Hollande a annoncé que la France allait accueillir 24.000 réfugiés en deux ans, comment analysez-vous ces chiffres ?

Les annonces du gouvernement sont très en deçà de ce qu’il faudrait. L’Allemagne a accueilli 14.000 personnes pour le seul week-end dernier… Là, il y a un véritable souci. En plus du manque de moyens, rien n’est fait pour améliorer les infrastructures, alors que c’est la clé pour qu’une immigration devienne intégration. La question est de savoir comment, dans les prochains mois, nous allons organiser le logement des réfugiés et leur entrée sur le marché du travail. Tout cela implique une refonte de notre système d’asile. Quand on met quinze mois à dire à une famille si elle peut obtenir le droit d’asile, on en fait des clandestins. En quinze mois, il faut bien que ces gens vivent, qu’ils habitent quelque part, qu’ils travaillent.

« La société est bien plus réactive, engagée et volontaire que les pouvoirs publics »

Comment faire pour que cet élan citoyen se transforme en une réelle politique publique ?

Je pense que les pouvoirs publics sont clairement à la ramasse. Il y a une espèce de frilosité, de tétanie. Entre les maires et les ministres, il y a cette idée qu’il ne faut pas susciter un appel d’air, comme si, avant de partir, les Syriens s’informaient sur Internet des derniers dispositifs sociaux en France. On manque de volonté, de courage politique. L’association Singa porte une mesure que je trouve intéressante, et qui ferait l’effet d’un big-bang dans la comptabilité. L’accueil des réfugiés a un coût pour l’État et n’offre pas de garantie en matière d’intégration. Alors, on pourrait utiliser une partie de cet argent pour défrayer des familles d’accueil, qui seraient homologuées un peu comme celles qui accueillent des mineurs. Non seulement cela coûterait bien moins cher, mais pour son intégration, il serait infiniment meilleur qu’un réfugié soit accueilli dans une famille qui parle le français tous les jours et qui est insérée dans le tissu économique, le réseau des transports, etc. Le contexte serait vraiment différent d’un CADA (centre d’accueil pour demandeurs d’asile) où les migrants se retrouvent entre compatriotes, et où l’intégration est donc moins facile.

Pouvez-vous nous en dire plus au sujet de la plateforme aiderlesrefugies.fr ?

Avec Anne-Cécile Mailfert, ancienne porte-parole d’Osez le féminisme, nous avons lancé ce petit portail des solidarités vendredi dernier. Nous sentions bien qu’autour de nous, il y avait des gens qui voulaient donner un coup de main, sans savoir vers quelle association se tourner. L’idée est de recenser les différentes initiatives et ainsi de rendre visible cette solidarité, de mettre en contact ceux qui proposent une action et ceux qui veulent agir et héberger quelqu’un. Nous en sommes à plus de 3.000 propositions d’hébergements en un week-end ! François Hollande a dû répondre favorablement aux quotas par pays à la suite de l’appel d’Angela Merkel, mais aussi parce que le désir d’accueil remonte d’un peu partout. Nous voulions montrer que la société est bien plus réactive, engagée et volontaire que les pouvoirs publics.

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