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Accueil > Politique | Entretien par Jérôme Latta | 13 mai 2015

Julien Bayou : « L’échec des partisans d’un retour au gouvernement devrait nous rendre plus audibles »

Julien Bayou, porte-parole d’Europe Ecologie-Les Verts, estime que le débat sur le retour au gouvernement est clos. Et s’il déplore le vote de la loi sur le renseignement par certains députés, il voit surtout se dégager de nouvelles perspectives pour EE-LV.

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Regards. La motion de François de Rugy préconisant une alliance avec le PS aux élections régionales a été massivement rejetée par les militants de sa région. Ce vote disqualifie-t-il un peu plus l’hypothèse d’un retour au gouvernement pour EE-LV ?

Julien Bayou. Il est clair que ce scénario s’éloigne. En tout cas, ceux qui prônent cette option sont de plus en plus discrets et de plus en plus isolés. Surtout avec le constat de la persistance dans l’erreur du gouvernement, avec le recours au 49.3 pour la loi Macron, l’arbitrage budgétaire en faveur de la défense et au détriment du logement ou de la santé. Ces partisans ont réussi à présenter une motion dans les Pays-de-la-Loire, mais cela ne leur a même pas été possible dans le Nord-Pas-de-Calais où ils ne sont pas parvenus à réunir les trente signatures nécessaires.

« Ces parlementaires avaient instrumentalisé, voire hystérisé le débat autour du retour au gouvernement »

Le colloque organisé en avril par des parlementaires favorables au retour au gouvernement s’est soldé par un échec durable, selon vous ?

Ce 4 avril est derrière nous. Nous discutons tous les jours avec des écologistes de gauche ou de centre-droit, comme lors de notre dernière université d’été à Bordeaux. Ce n’est ni un souci, ni un enjeu. Ces parlementaires avaient instrumentalisé, voire hystérisé le débat autour du retour au gouvernement ou même de la création, encore plus problématique, d’une nouvelle force politique. La perspective d’un remaniement et de débauchages individuels s’éloignant, on en revient à des discussions apaisées. Sur le fond, nous sommes assez homogènes : c’est sur la tactique que nous divergeons. Tout le monde peut avoir son opinion sur cette question. La limite, c’est le dénigrement du parti et des militants qui ont mis les mains dans le cambouis lors des départementales, dans des conditions difficiles.

Cette question de la participation au gouvernement n’est donc plus le principal point de discorde au sein du parti ?

C’était un point de discorde au sein du groupe parlementaire – avec une tripartition entre les pro, les anti et un marais un peu indécis –, mais pas au sein du mouvement. Ceux des médias qui aiment bien quand cela sent un peu le sang chez les écolos ont relayé cette petite musique, mais en réalité, personne n’était favorable, parmi les militants, à un retour au gouvernement au moment de la loi Macron…

« Pour des écologistes qui portent un projet, l’autonomie représente un principe de base »

L’autonomie est-elle le meilleur moyen de contenir les divergences entre les partisans d’un rapprochement avec le PS et au-delà, et ceux d’alliances avec la gauche de la gauche ?

Non, c’est le meilleur moyen de présenter nos idées et de les soumettre, en tant que parti politique, au choix des électeurs. Au-delà, cela n’empêche pas un rassemblement plus large, comme celui qui s’organise en Rhône-Alpes Auvergne, sur le modèle de Grenoble – l’objectif étant d’arriver devant le PS. Mais pour des écologistes qui portent un projet, l’autonomie représente un principe de base.

Le choix de Claude Bartolone pour mener la liste socialiste en Île-de-France change-t-il quelque chose pour EE-LV ?

Pas vraiment. C’est un bon candidat. Ce qui change, c’est qu’il n’a pas de bilan, au contraire de Jean-Paul Huchon qui est en poste depuis dix-sept ans. Mais pour notre candidate Emmanuel Cosse, doublement légitime en tant que vice-présidente en charge du logement et secrétaire nationale, je ne vois pas ce que cela change, à vrai dire.

Plusieurs députés EE-LV ont voté à l’Assemblée nationale en faveur du projet de loi sur le renseignement. Ce vote ne va-t-il pas à rebours de valeurs au cœur de l’identité des Verts ?

Tout le mouvement est opposé au projet de loi, qui instaure une surveillance généralisée, porte atteinte à la vie privée et est de surcroît contre-productif comme l’expliquent même les associations de victimes du terrorisme. Cette loi met une pression supplémentaire sur des groupes qui dérangent, comme les faucheurs volontaires, les zadistes, etc., alors que nous avons vocation à porter dans le débat public des enjeux qui touchent à l’environnement et à la santé, à soutenir les résistances citoyennes… En interne, on ne s’explique pas ces votes favorables, qui sont très contestés et même moqués. De la part de députés dont beaucoup ont fait leurs armes dans des mouvements de contestation, la volte-face est incompréhensible. Peut-être ont-il voulu faire de leur vote un geste de soutien au gouvernement…

« La conférence de Paris sur le climat et les élections régionales constituent des perspectives très fortes pour nous »

Comment expliquer une telle contradiction entre les élus d’un parti et leur propre base militante ?

La raison principale est qu’ils ont été élus, pour la plupart, sur la base d’un accord avec le PS, et qu’ils espèrent être réélus de la même façon. C’est pour cette raison que nous avons besoin d’élections à la proportionnelle : plus de 40% des votes – les électeurs de Bayrou, Le Pen ou Mélenchon – ne sont pas représentés à l’Assemblée. Notre démocratie est malade de ce point de vue-là. D’autant que cela a aussi pour effet de limiter l’indépendance des élus, et en l’occurrence de dissuader l’expression d’une franche opposition à ce projet. Il faut cependant tenir compte de la pression de la population, qui attend une réponse aux attentats et à l’émoi qu’ils ont suscité : s’il était si facile de s’opposer au projet de loi sur le renseignement, aussi mauvais soit-il, il n’y aurait pas eu quatre-cents députés pour l’adopter. Il fallait du cran même pour s’abstenir.

« Les écologistes sont de retour » , a affirmé Emmanuelle Cosse lors du conseil fédéral. Ils s’étaient donc éclipsés ?

La Conférence de Paris sur le climat et les élections régionales constituent des perspectives très fortes pour nous. Les régionales nous offrent la possibilité de définir une ligne plus claire, ce que les départementales, dans lesquelles nous nous sommes engagés sans stratégie nationale et avec des choix divers – autonomie, alliances avec le PS, alliances avec le Front de gauche –, ne nous permettaient pas. L’échec de la poignée de ceux qui souhaitaient un retour au gouvernement à tout prix devrait aussi nous permettre d’être plus audibles. Notre discours, sur les questions d’écologie, a été systématiquement passé, par la plupart des médias, au filtre de cette question, ce qui a tendu à nous représenter comme un parti coupé en deux, alors qu’on ne parlait là que d’une fraction très minoritaire d’élus et de soutiens. Si « les écologistes sont de retour », c’est certainement parce qu’ils vont de nouveau pouvoir parler d’écologie !

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Vos réactions

  • Quel échec ?
    puisqu’ils feront alliance au cas par cas,avec le PS région par région.
    Puis ,les vers reviendront au gouvernement,contre les lentilles de proportionnelle pour les législatives de2017 et les très grosses indemnités gouvernementales..

    Maurice Le 14 mai 2015 à 08:39
       
    • Les Verts se sont totalement décrédibilisés. Le sauvetage de la planète et l’économie raisonnée sont en totale contradiction avec l’économie de marché du gouvernement Valls-Macron ou umpéiste.
      À trop aimer les plats de lentilles ministériels, ce parti va finir en diarrhée dans les égouts des futures échéances électorales.

      Jean-Marie Le 15 mai 2015 à 14:18
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  • Les Verts font mine de discuter avec tout le monde, PS, composantes du FdG par des rencontres bilatérales. Après ces rencontres plus de nouvelles. Puis on apprend qu’il font alliance avec... le PS ! tenu d’une main de fer en Côte d’Or par un certain François Rebsamen.
    A la région leur bilan : un caca nerveux lors de la mise en place du pôle nucléaire bourguignon en 2006, ils quittent le bureau pour y revenir un an plus tard et faire liste commune en 2010 avec le PS.
    Quant à la politique pro-nucléaire en Bourgogne elle va de mieux en mieux, merci pour elle.
    A Dijon aucune question sur les emprunts toxiques de la ville. Vote de tous les budgets, vote de la décision de supprimer les dernières terres maraîchères sur le territoire communal remise en valeur par un collectif citoyen afin de bétonner pour créer un ...éco-quartier !
    En Bourgogne-Franche-Comté ils ont décidé l’autonomie pour le premier tour mais n’ont rien dit pour le second, mais ce n’est pas nécessaire , çà sera comme d’habitude.

    jean-Louis Le 14 mai 2015 à 19:27
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  • "La raison principale est qu’ils ont été élus, pour la plupart, sur la base d’un accord avec le PS, et qu’ils espèrent être réélus de la même façon".

    Bien vu.

    ARDUS Le 16 mai 2015 à 11:31
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