photo cc Generalitat de Catalunya
Accueil > Monde | Par Pablo Castaño Tierno | 19 octobre 2017

L’ambiguïté de Carles Puigdemont divise les indépendantistes catalans

En refusant de déclarer explicitement l’indépendance catalane, le président de la Generalitat allège provisoirement la pression du pouvoir espagnol, mais reste sous celle d’un mouvement indépendantiste désormais fragilisé par les dissensions.

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Il a recommencé. Le président du gouvernement régional catalan Carles Puigdemont a évité donner une réponse claire à la demande du président espagnol, Mariano Rajoy, qui avait exigé de lui qu’il précise s’il avait déclaré l’indépendance de la Catalogne dans son discours du 10 octobre.

C’est la deuxième fois que le président de la Generalitat catalane fait le pari de l’ambigüité, une stratégie qui lui a permis de réduire la tension entre Madrid et Barcelone, mais qui a provoqué aussi les premières divisions dans le mouvement indépendantiste.

Un mélange de résignation et de colère

La position de Carles Puigdemont n’est pas confortable. D’un côté, s’il affirme que son discours du 10 octobre était une déclaration unilatérale d’indépendance (DUI), le gouvernement de Mariano Rajoy appliquera l’article 155 de la constitution qui permet de suspendre l’autonomie de la Catalogne. L’application de l’article 155 pourrait s’accompagner de la détention de Carles Puigdemont, de son vice-président Oriol Junqueras et de la présidente du Parlement régional Carme Forcadell.

En revanche, si le président de la Generalitat affirme ne pas avoir déclaré l’indépendance lors de son discours de la semaine dernière, la réaction du secteur le plus radicale du mouvement indépendantiste risque de mettre en péril le gouvernement de Carles Puigdemont.

L’annonce de la suspension de la déclaration d’indépendance, le mardi 10 octobre, a été reçue avec un mélange de résignation et de colère par les dizaines de milliers de militants indépendantistes qui s’étaient réunis à Barcelone pour écouter le discours de Carles Puigdemont. Beaucoup d’entre eux s’attendaient à la proclamation de la République catalane pour laquelle ils luttent depuis des années. C’était le cas de la Candidatura d’Unitat Popular (CUP), le parti anticapitaliste qui a donné jusqu’ici son appui parlementaire au gouvernement de Carles Puigdemont.

Entre le marteau et l’enclume

L’intervention du président catalan a commencé avec une heure de retard à cause des négociations de dernière minute [1]. Après le discours de Carles Puigdemont, la porte-parole de la CUP, Anna Gabriel, a exprimé la déception de son parti, tandis qu’Arran – la jeunesse de la CUP– a accusé le président catalan d’avoir commis une « trahison inadmissible ». La CUP a donné un délai d’un mois à Carles Puigdemont pour déclarer l’indépendance, et le nécessaire soutien parlementaire des députés anticapitalistes gouvernent catalan ne tient qu’à un fil.

La stratégie de l’ambigüité a permis au président catalan de gagner un peu de temps, mais il est toujours entre le marteau et l’enclume. D’un côté, jeudi prochain expire le délai pour répondre à la demande de Mariano Rajoy. Si Carles Puigdemont ne précise pas qu’il n’a pas déclaré l’indépendance de la Catalogne, le président espagnol entamera les procédures visant la suspension de l’autonomie de la région.

De l’autre côté, la pression indépendantiste sur le président de la Generalitat pour qu’il déclare la République catalane s’est intensifiée après la mise en garde à vue de Jordi Sánchez et Jordi Cuixart, présidents des associations indépendantistes Assemblea Nacional Catalana i Òmnium, qui a eu lieu lundi sur ordre d’une juge de l’Audencia Nacional. Cette dernière attaque de l’État espagnol à l’encontre des partisans de l’indépendance n’a fait qu’attiser le feu du conflit, et éloigner la possibilité d’une issue négociée.

Notes

[1Entre les leaders de Junts pel Sí (la coalition formée par Esquerra Republicana de Catalunya (ERC), le Partit Demòcrata Català (PDCat) de Carles Puigdemont) et les anticapitalistes, qui exigeaient une DUI à effet immédiat.

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