Accueil > Culture | Par Catherine Tricot | 16 octobre 2017

"L’Atelier", portrait d’une jeunesse presque ordinaire

Pourquoi une part de la jeunesse ouvrière, aux prises avec l’ennui, la solitude et l’absence de mémoire, se reconnaît-elle dans les discours de l’extrême droite ? C’est le sujet du dernier film de Laurent Cantet, riche et complexe, à la fois thriller et documentaire.

Vos réactions (6)
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Cet atelier, c’est un atelier d’écriture qu’anime une romancière connue et qui est destiné à des jeunes de la Ciotat en insertion. Premier débat, vif, central : définir le temps et le lieu du roman à écrire ensemble. Chacun voit la question de son point de vue.

Malika, petite-fille d’un ouvrier algérien des chantiers naval, veut transmettre la fierté du travail, les combats contre la fermeture des chantiers. La jeune femme imaginerait volontiers l’action dans ce temps homérique où 10.000 ouvriers produisent des paquebots qui sortent du port à grand renfort de fêtes locales. Cette mémoire des luttes du monde ouvrier, repère essentiel pour Malika, n’évoque rien à Antoine, plus déraciné qu’elle. Lui verrait bien l’histoire se dérouler dans le port actuel où accostent les yachts de milliardaires. On y verrait ce luxe qui le fait rêver.

Le film se focalise peu à peu sur ce jeune homme qui habite une cité comme il en existe tant, partout en France. Les histoires orales et familiales transmises par le grand-père de Malika se heurtent aux images qu’Antoine capte sur son ordinateur ou dans des virées où la culture viriliste domine et où le talent se mesure aux canettes dégommées à coups de revolver. L’ennui et la solitude suintent.

Une démonstration percutante

À partir de cet entrelacs de jeux vidéo, de propagande de l’armée, de cours de culturisme, Antoine construit sa vision du monde en gobant les idées d’un Alain Soral quelconque qui abreuve ces jeunes oreilles de principe "d’honneur" et de "valeurs" jamais vraiment précisées.

La démonstration de Laurent Cantet est percutante : l’attrait des idées d’extrême droite sur une partie de la jeunesse tient d’abord à son absence d’ancrage dans une histoire commune de lutte et de solidarité. Et son évocation nostalgique, même forte et sincère, n’y peut rien ! La toute fin du film suggère une possible issue par la reconstruction d’un groupe actif qui seul peut surmonter l’ennui et ses dérives.

Voilà pour l’intérêt politique majeur du propos. On insistera aussi sur la qualité du film. Son rythme, tout d’abord, qui fait basculer le récit d’un quasi documentaire à un thriller angoissant. On passe d’un film choral au portrait subtil d’un jeune homme. L’Atelier montre aussi avec précision la vie ordinaire d’une jeunesse, enregistrant ses mots, ses références, ses fêtes, ses jeux, sa corporalité.

On perçoit ici l’influence de Robin Campillo, compagnon de scénario de Laurent Cantet. Enfin, la richesse des images, qui entremêlent images d’archives, images vidéo, pub, fictions, photos des chantiers et des calanques contribue fortement à la l’intérêt de ce film campé et complexe.

L’Atelier, de Laurent Cantet, actuellement en salles.

Vos réactions (6)
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Vos réactions

  • Ces discours que vous qualifiez d’extrême droite n’en sont en rien, juste une voie de sortie par le haut d’un système qui nous pousse à la dépression. Ce qu’Alain Soral a très bien compris et explique très clairement, contrairement à Laurent Cantet visiblement.

    Anto Le 17 octobre à 15:40
  •  
  • "Antoine construit sa vision du monde en gobant les idées d’un Alain Soral quelconque"
    Vous vous moquez du monde, Catherine Tricot, ou vous le faites exprès ?
    Parler d’Alain Soral, écrivain, essayiste, penseur, comme vous le faites, prouve par a b que vous-même vous sentez quelconque lorsque vous écrivez pour ce site web...
    A bon entendeur, salut !

    Sarah Le 17 octobre à 20:36
  •  
  • Dans le monde daté de mardi 17 octobre, Raphaël Liogier fait une analyse qui fait écho à celle de Laurent Cantet. Il note que les djihadistes n’ont que peu de culture et de pratique religieuse. Ils habillent de références islamistes (comme le héros du film puise dans les discours d’extreme droite) leur recherche de remplir le vide, l’ennui, l’impasse de leur vie.
    Seule solution, si on est croit Cantet et Liogier, remplir d’autres desseins et réalités humanistes les vies de cette jeunesse accablée.

    Catherine Tricot Le 18 octobre à 20:55
  •  
  • Les jeunes qui n’ont pas la pensée de Laurent Cantet, sont des idiots.
    Mais les jeunes, malgré les médias et Laurent Cantet, ne sont pas assez idiots pour rester les "idiots utiles " du système (ultralibéral).
    Je le conçois bien : c’est idiot !

    Térouinard Le 19 octobre à 16:23
  •  
  • Toujours et encore réduire les choses d’une façon binaire et manichéenne, le mal (Alain Soral, l’extrême droite et le vilain fascisme) ; le bien (laurent cantet, le gauchisme et sa bien pensance moralisatrice).
    Le show biz Parisien et son petit milieu culturo mondain persiste et signe (financé par le CNC et l’argent public), en bref rien de nouveau sous le soleil de la Ciotat.
    On retiendra seulement la nature magnifique de la presque ile du Bestouan et des calanques.
    Pour le reste nous sommes bien en France en 2017, triste époque...

    pierrot Le 21 octobre à 10:38
  •  
  • tiens, toute la fachosphère soralienne est venue vomir ici...

    valdo Le 23 novembre à 14:16
  •  
Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.