Accueil > Monde | Par Pablo Pillaud-Vivien | 8 novembre 2016

Moindre mal pour démocratie malade

À la veille de son incertaine issue, la campagne américaine a déjà rendu le verdict d’un système politique à bout de souffle et à court de crédit. Les lendemains ne s’annoncent pas enchanteurs pour celui ou celle qui l’emportera.

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Soyons honnêtes avec nous-mêmes – et, pour une fois, avec de nombreux éditorialistes outre-Atlantique : cette campagne pour la présidence des États-Unis d’Amérique n’a été qu’un triste enchaînement de piques superficielles au possible et d’absurdités qui confinaient à l’insulte à l’égard du débat démocratique que les deux principaux candidats étaient censés incarner.

Et même si d’aucuns essaient de m’expliquer le contraire, je reste convaincu que ce désastre politique (car c’en est indubitablement un en ce qu’il représente autant qu’en ce qu’il augure) est le fruit des postures et des personnalités de Donald Trump autant que d’Hillary Clinton – et des machines-systèmes-concepts qui sont derrière à l’œuvre. Quant à ce à quoi l’on doit s’attendre pour demain, rien ne sert de se voiler non plus la face : ça va être encore pire.

Car ce matin, en cette veille d’élections, le match est loin d’être plié : si les sondages, et encore faut-il que l’on puisse y projeter un semblant de réalité, sont plutôt défavorables à Trump, certains le voient néanmoins gagnant. Et si tel était le cas, bien malin qui pourrait prédire ce qui se passerait ensuite… Entre le flou quasi-artistique de son programme dans à peu près tous les secteurs, sa volonté délibérée de ne pas respecter les codes diplomatiques qui prévalent le plus souvent dans les relations internationales et un Congrès dont il a déjà décidé de se foutre (sic), le candidat autoproclamé de l’antisystème devra pourtant, s’il l’emporte, s’y confronter. Et sans majorité pour gouverner, vu le nombre de Républicains qui l’ont publiquement désavoué, good luck pour transformer les mots de sa campagne en actions de président.

Populiste vs affairiste

De l’autre côté, avec celle qui a le plus de chance de devenir la présidente la plus détestée de l’histoire des États-Unis (avant même son élection !), il y aura certes moins de vagues, mais ce n’est pas nécessairement pour le meilleur : même si elle n’est pas poursuivie par le Federal Bureau of Investigation, Clinton devra sûrement faire face à une procédure de mise en accusation devant un Congrès qui devrait rester Républicain.

Si l’on ajoute à ces moments politiques toujours délicats une opinion publique qui risque de l’étriller au moindre mouvement politique – ou plutôt au moindre non-mouvement tant il est certain que l’adage same old same old sera sa marque de fabrique –, il est là aussi fort à parier que tous ceux qui commencent à en avoir marre de la magouille politicienne comme fonds de commerce (et qu’ont réveillé aussi bien les campagnes de Bernie Sanders que de Trump), ne la laisseront pas tranquilles de sitôt.

Alors je sais que cela ne se fait pas de dire que ce soir, les Américains auront le choix entre Charybde et Scylla parce que cela met sur le même plan les deux candidats – et je veux bien admettre que cela a peu de sens. Mais ce qui en a, c’est d’affirmer qu’ils représentent tous les deux des dangers pour la démocratie américaine (et on en retrouve des versions déclinées dans beaucoup de pays occidentaux) : d’une part un populisme outrancier qui confine à l’absurde, mais qui rassemble parce qu’il accuse à peu près tout ce qui peut l’être – et ce qui est terrible, c’est que certaines choses doivent vraiment l’être. De l’autre, une politique triste d’affairistes qui syncrétise à elle seule l’entièreté des affres de la démocratie capitaliste.

Bref, la crise de confiance entre les peuples et les élites de plus en plus autoproclamées qui les gouvernent, ne risque pas de se résoudre au matin du 9 novembre. Au contraire, il est à craindre qu’elle ne fasse que commencer. Enjoy.

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