photo Christophe Raynaud de Lage
Accueil > Culture | Par Caroline Châtelet | 18 avril 2017

L’histoire, notre chose commune

Reliant l’imaginaire de la résistance du jazz à l’histoire de la Commune de Paris, les artistes Emmanuel Bex et David Lescot composent une forme musicale exploratoire où la révolte est nécessairement plurielle.

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Le 29 novembre 2016, l’Assemblée nationale a voté un texte réhabilitant les victimes de la Commune de Paris. Déposée en 2013 par le député de Paris Patrick Bloche en 2013, et visant à rendre justice aux différentes victimes de la répression – qu’ils aient été exécutés, condamnés à mort ou déportés au bagne –, cette résolution atteste du regain d’intérêt actuel dont bénéficie cet épisode sanglant de l’histoire de France. D’autant que si la Commune de 1871 (re)devient un symbole pour une grande partie de la gauche – au-delà du seul PC – l’attention qui lui est portée excède le champ politique. Un mouvement signalant, peut-être, en cette période électorale, l’intérêt durable pour l’action et la capacité de mobilisation collectives.

S’inscrivant dans ce sillon, les deux artistes Emmanuel Bex et David Lescot se saisissent de cette histoire et créent La Chose commune. Ce faisant, le jazzman et compositeur Bex et l’auteur, metteur en scène et comédien Lescot font un choix pour le moins inhabituel, puisqu’ils décident d’acoquiner à la Commune le jazz. Ainsi, c’est autant à une exploration de l’événement politique qu’à son déplacement que La Chose commune procède.

Echappées musicales et textuelles

En compagnie de la chanteuse et comédienne Elise Caron, du slammeur Mike Ladd, de la saxophoniste Géraldine Laurent et du batteur Simon Goubert, les maîtres d’œuvre du projet conçoivent une forme musicale, transversale et collective. Se succédant ou partageant le plateau, les musiciens et chanteurs passent de mélodies en français à des morceaux spoken word en anglais aux tonalités hip-hop ou slam. Façon de relier la diversité des univers des artistes réunis, manière, aussi, de souligner les racines contestataires des différents styles convoqués. Si le jazz recouvre aujourd’hui des genres extrêmement variés, il incarne, de par son origine, la musique de la révolte et déploie dans sa structure des espaces de libertés.

À bien y écouter, ce sont d’ailleurs non seulement des échappées multiples musicalement, mais aussi textuellement que l’équipe compose. Suivant un déroulé chronologique des événements, les textes offrent une traversée de la Commune et de ses figures, des débuts du soulèvement le 18 mars jusqu’à la semaine sanglante du 21 au 28 mai 1871, avec la répression meurtrière de l’insurrection parisienne.

Sur des écrits d’époque (La Canaille d’Alexis Bouvier, Chant de guerre parisien d’Arthur Rimbaud, Ballade en l’honneur de Louise Michel de Paul Verlaine, etc.) ou contemporains (signés par David Lescot ou Mike Ladd) composés ou arrangés par Emmanuel Bex, La Chose commune traverse toutes les atmosphères de cette histoire. De la fébrilité joyeuse à l’inquiétude sourde jusqu’à la tension et violence finales, le concert met en œuvre dans un souffle commun une multiplicité de regards et de voix, qu’elles soient historiques, politiques ou esthétiques.

La Chose commune, spectacle d’Emmanuel Bex et David Lescot.
Théâtre de la Ville – Espace Cardin, à Paris : du 19 au 29 avril - Location 01 42 74 22 77.
Jazz in Marciac : le 1er août.
CD La Chose commune, le triton.

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