Accueil > Société | Par Thomas Clerget | 19 mai 2017

L’inspection, premier plan social de la nouvelle ministre du Travail

La nomination de Muriel Pénicaud, ex-DRH de Dassault et Danone, livre un message clair : les "réformes structurelles" seront menées au pas de charge. L’inspection du travail, soumise à de profondes coupes d’effectifs, est en première ligne.

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Moins 16 % de postes à Paris, moins 10 % en Île-de-France, moins 13 % en région Grand-Est… Si ce n’est pas une mise en coupe réglée de l’inspection du travail, cela y ressemble fortement. En Île-de-France, la nouvelle a été annoncée le 2 mai aux représentants du personnel, soit entre les deux tours de la présidentielle. Les ministres passent mais, en silence, pièce par pièce, la casse de l’inspection continue. Loin d’infléchir la tendance, le nouveau gouvernement et sa ministre du Travail nommée mercredi 17 mai, Muriel Pénicaud, ex-DRH chez Dassault et chez Danone, présagent au contraire de son aggravation. Désabusés, les agents de l’inspection espèrent un mouvement de solidarité plus large avec leur profession.

En attendant, ce jeudi, soit au lendemain de la nomination de la successeur de Myriam El-Khomri rue de Grenelle, les salariés du ministère du travail se sont mobilisés un peu partout en France. « Ce n’était pas délibéré, mais le timing est bon », constate Julien Boeldieu, le secrétaire national de la CGT au sein de cette administration [1]. Un appel avait été lancé par une intersyndicale composée de l’intégralité des organisations qui y sont implantées [2]. De quoi donner l’occasion à la nouvelle ministre, qui sera probablement amenée à diriger les prochaines réformes du code du travail et de l’assurance chômage, de démontrer ses qualités en matière de « dialogue social ».


À Aubervilliers, la Direccte occupée

À Paris, un peu esseulés, les agents organisaient un barbecue sur la place Stalingrad pour s’offrir un peu plus de visibilité. Avant une manifestation régionale devant le siège de la Direccte (les services déconcentrés du ministère) à Aubervilliers, qui a tourné en occupation du site, finalement levée en fin de soirée. Les personnels demandaient à rencontrer au plus vite leur nouvelle ministre, et que celle-ci revienne sur les baisses d’effectifs. En Île-de-France, 49 postes d’inspecteur ou contrôleur sur 468 doivent être supprimés d’ici la fin de l’année, dont 24 à paris. Des programmes similaires seraient en préparation dans toute la France.

« L’annonce de ces suppressions de postes a été violente, se désole Émelyne, contrôleuse puis inspectrice à Paris depuis dix ans, syndiquée chez Sud-Travail. Aujourd’hui, on est déjà en sous-effectif, dans l’urgence permanente. Dans le même temps, sur le terrain, on voit sans cesse des salariés épuisés par leur travail. C’est intolérable de supprimer encore des postes. Si nous ne sommes plus là pour limiter les abus, ça va être l’horreur ! »

2.000 agents pour 18 millions de salariés

« Nous devions déjà couvrir des secteurs de 10.000 salariés chacun, confirme sa collègue Louise, une contrôleuse de trente-et-un ans, membre de la CGT. Les collègues sont dépassés par la masse de travail, et les salariés ne parviennent plus à nous joindre. On est au bout de ce que l’on peut faire. En supprimant encore des postes, ils attaquent les os ! » « Le ministère du Travail subit de plein fouet les conséquences des politiques d’austérité et des réorganisations, déplore l’intersyndicale locale dans un communiqué. Entre 2009 et 2017, les effectifs des Direccte ont diminué de près de 20 %, passant de 9.826 à 7.983 [agents]. »

Les inspecteurs et contrôleurs sont parmi les plus affectés par cette hémorragie, qui touche toutes les catégories de personnel du ministère. On compterait aujourd’hui à peine 2.000 agents de contrôle pour 18 millions de salariés concernés. « La nouveauté, détaille Julien Boeldieu, c’est qu’ils ne se contentent plus de ne pas remplacer les départs en retraite. Lorsqu’un poste est vacant, par exemple quand un agent est muté, ils ferment le poste. Cette année, il n’y a que 28 postes ouverts au concours pour toute la France, alors qu’il y en a 27 fermés rien que sur la région Grand-Est ! »

Du contrôle… au conseil aux entreprises

Une neutralisation pure et simple de l’inspection est-elle en cours ? « Ils ne peuvent pas nous démanteler, car la France est signataire de la convention 81 de l’Organisation internationale du travail, relève Julien Boeldieu. Mais ils peuvent nous empêcher de fonctionner, nous orienter, transformer nos missions. » Outre les coupes au sabre dans les effectifs, l’inspection a vu son organisation évoluer ces dernières années. Tandis que les moyens affectés aux salariés diminuent, la hiérarchie demande, de plus en plus, aux inspecteurs de conseiller les entreprises.

« On cherche à nous transformer en service de conseil et d’audit, alerte Julien Boeldieu. Or le renforcement du conseil aux entreprises se fait au détriment du renseignement des salariés, qui est en train de disparaître », complète sa collègue Louise. La contrôleuse s’inquiète des conséquences des réformes passées et futures : « Il y a eu une réforme par an sous François Hollande ! D’une part on réduit sans cesse les droits des salariés. D’autre part, ce sont ces réformes qui rendent le code illisible. Nous sommes à peine formés, et n’avons même plus le temps d’assimiler les changements. »

Une lutte d’intérêt général

La perspective d’une nouvelle réforme, annoncée comme d’autant plus rapide qu’elle serait conduite par ordonnances, n’est donc pas pour rassurer les agents de l’inspection : « Un droit différent par entreprise, ce serait comme supprimer notre métier, estime Louise. On ne pourrait plus contrôler. » « On remet en cause toutes les institutions sur lesquelles les salariés peuvent s’appuyer pour faire valoir leurs droits, insiste Julien Boeldieu. L’inspection du travail, les institutions représentatives du personnel au sein des entreprises, les Prud’hommes... »

Confrontés à la mise en cause de leur métier, ainsi qu’aux attaques contre le code du travail, les inspecteurs se trouvent à la fois en première ligne, et isolés dans leur combat. « Le NPA, le PC ou LO publient quelques communiqués, note Julien Boeldieu. On a aussi été soutenus lors de l’affaire Tefal. Mais cela reste ponctuel. Pourtant, nous ne sommes pas les premiers concernés ! La solution passera par des luttes interprofessionnelles, notamment contre les ordonnances. » Pour Louise, il y a urgence : « Il faut y aller maintenant. Sinon, on va prendre cinq années de réformes. Ça serait terrible. »

@Thomas_Clerget

Notes

[1CGT-TEFP, pour "Travail, emploi et formation professionnelle".

[2Soit la CGT-TEFP, la CFDT, FO-TEFP, Sud-Travail, le SNUTEFE-FSU, l’UNSA et la CNT.

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  • Tristes temps !
    On était en monarchie présidentielle avec Hollande ! Un recul déjà de plus d’un siècle !
    On passe pour le code du travail d’ un code unique pour tous les salariés à un code par entreprise ! C’est le retour de la féodalité ! Un recul de 8 siècles !

    Tristes temps !
    Toute voix en dehors des candidats de la France insoumise permettra cette catastrophe !

    Pierre Magne Le 19 mai à 12:07
  •  
  • Pierre Magne Toute voix en dehors des candidats de la France insoumise (sic)

    Contre .......le PCF osez l’écrire !

    93 Le 19 mai à 15:25
       
    • @93

      Le PCF est l’allié objectif du P"s", qui lui même est l’allié du capital. Le PCF a appelé à voter Macron au deuxième tour . Le PCF est contre rien et contre tout , il est surtout pour lui même . Il est groupusculaire . Tout ça grâce à des dirigeants qui sont dirigeants de père en fils et à vie .

      GG Le 20 mai à 07:06
    •  
    • Je n’ai pas accusé le PCF, car il n’est malheureusement pas seul !
      En France, en effet, la droite ne manque pas d’alliés à gauche !

      Et tous nous pourrons bientôt pleurer des larmes de sang !
      Triste époque !

      Pierre Magne Le 22 mai à 11:27
  •  
  • Tout va pour le mieux ...union et solidarité entre les politicards libéraux et le patronat et division des forces de progrès menées par des chefs par ci , des orgueilleux par là et d’autres imbuvables qui se pensent le sel de la terre et que rien ne peut se faire sans eux ....à gerber !

    rinaldo Le 19 mai à 23:57
  •  
  • rinaldo
    ." gerber ! ’sic)
    C’est ce que l’on peut demander aux Trolls de service.

    93 Le 20 mai à 07:13
       
    • Depuis 1983 à 2017 , À Chassaigne dispose d’un mandat d’élu, soit 34 ans de potentat , élu à vie , pour lui c’est un métier. Son fils Chassaigne 2 lui a succédé à la mairie , ça c’est de la démocratie, ça c’est l’avenir !

      GG Le 20 mai à 08:08
  •  
  • GG tu oublies de dire qu’il était maire d’une commune de 500 habitants, 1000 € / mois ce qui ne couvre pas les frais. Dans les petits villages, les maimais tes ne font pas de politique, ils se sacrifient c’est d’ailleurs ça qui lui a permis de remporter en 2002 une circonscription de droite

    cyril Le 20 mai à 09:11
       
    • @cyril

      VOUS oubliez que le sacrifice à une forte connotation religieuse . Les curés, les bonnes sœurs se sacrifient , ils font don de leur vie à dieu . Comme disait P Bourdieu le don n’est jamais gratuit, il rend les autres redevables , il appelle en retour honneur, reconnaissance , notabilité et pouvoir. Rien n’oblige une personne à se porter candidat à un mandat électif , c’est un choix personnel, c’est une question d’envie pas de sacrifice. Il faut toujours se méfier de ceux qui prétendent se sacrifier .

      GG Le 20 mai à 09:47
  •  
  • GG
    Chassaigne ?

    Et oui , les électeurs ont le droit de choisir !
    Pour votre Avenir, vous entendez l’interdire ?

    93 Le 20 mai à 09:20
       
    • @93

      Oui je pense que 1 , 2 mandats maxi ce seraient plus démocratique , quelque soit l’élection, et un seul mandat à la fois. Cela obligerait un plus grand nombre de citoyens de s’impliquer dans gestion de la cité , et empêcherait de prendre de mauvaises habitudes. Le renouvellement c’est saint.

      GG Le 20 mai à 09:58
  •  
  • GG
    "obligerait " .....de s’impliquer dans la gestion de la Cité...(sic)
    en voila de la démocratie, on n’adhère pas à une action politique par conviction de la justesse d’une analyse et d’un programme mais contraint par défaut ,pourquoi pas par tirage à la courte paille !

    93 Le 20 mai à 10:52
       
    • @93

      Tout à fait tirage au sort pour une part , et référendum révocatoire. La République c’est des droits et des devoirs qui vous obligent , faire de la politique au sens noble du terme c’est gérer les affaires de la cité. Nombreux seront les citoyens qui ne manqueront pas de se sentir obligés . Il n’y a aucune raison que se soit toujours les mêmes et surtout c’est très dangereux pour la démocratie. C’est le cas des dictatures s et des potantats .

      Pour moi la discutions s’arrête là, vous êtes dans la polémique, vous apostrophez , et présentée aucun argument.

      GG Le 20 mai à 11:54
    •  
    • @93 - ben oui c’est une excellente idée ! Le tirage au sort, à la manière des jurés d’assise (sous des conditions reprensées en conséquence) devrait garantir une mixité inconnue jusqu’ici sur les bancs de l’Assemblée Nationale ! Du coup, demain vous voilà député 93 ;) :

       Vous suivez une courte formation pendant laquelle les juristes de l’Assemblée Collegialement fournissent des explications sur le "parcours" (de l’entrée à la sortie, et votre retour dans votre entreprise qui aura soigneusement conservé votre place, ou bien si tel ne pouvait pas être le cas pour X raisons, et un accompagnement spécialisé "individualisé" par un conseiller totalement dédié vers l’emploi ), le périmètre (les projets de loi arrivant par mobilisations citoyennes retransmises par les partis politiques... Le nombre légal de signatures nécessaires étant fixé par l’Assemblée, ou bien par vous-même en tant que député si vous êtes déjà politisé ou que vous développez une conscience politique pendant votre mandat), et la législation auquels vous êtes astreint en tant que "législateurs" (loi anti-lobbies, conflis d’intérêts, non cumul des mandats, etc...). Ils resteront disponibles tout au long de votre mandat.

       Vous regardez un film présentant la fonction que vous allez assumer et la notion d’Intérêt Général à l’issue duquel vous pourrez questionner ou échanger avec un collège consultatif de "l’éthique citoyenne en politique" constitué de représentants élus par des associations sur les droits de l’Homme, des minorités, anti-corruption, etc... Reconnues d’utilité sociale ou écologique (Représentants pour lesquels on s’assurera aussi du respect de la legislation anti-lobbie et des conflits d’intérets) ! Collège qui pourra s’inviter et plaider aux délibérations ou y être invité par les députés-citoyens à l’Assemblée en fonction des sujets traités... (Ce ne sont plus les lobbies de l’agro-alimentaire ou des énergies polluantes qu’on reçoit, mais ceux qui font appel à l’esprit critique).

      Et Hop ! Vous siégez aux audiences du parlement, demandez des auditions ou assisterez à celles recevables légalement sur demande citoyenne (sous conditions de représentativité à établir), et participez aux délibérations à l’issue desquelles vous voterez en motivant de manière obligatoire votre intime conviction (consultable par le grand public). Pouf ! Le projet de loi "93" (du nom du fameux député) est adopté à l’unanimité !

      Aaaaahh... J’attends avec impatience une sixième république pour voir ce qu’il en ressortirait !

      carlos Le 20 mai à 12:25
  •  
  • Nous en devons en finir une dernière fois avec cette fausse gauche droite qui a eu l’hégémonie de la gauche pendant trente ans, dans une quadrature rectugulaire horizontal et verticale.

    Nous devons en finir avec le PCF, nous avons réussi à en avoir la moitié des militants. Il reste une moitié à rassembler derrière la FI.

    Nous devrions renommer le journal "L’humanité" en "Journal des insoumis", et changer de directeur de presse, il faut du renouveau, je pensais y mettre Alexis Corbière à la place de Patrick Appel Muller. Quand à la fête de l’Humanité, elle ne sert plus à rien, le PCF étant mort. Les derniers militatns devraient nous donner ce festival, nous le rendre plutôt, car c’est nous qui l’avons créé, les premiers communistes devenus Insoumis.

    Justice doit être faite.

    Humaniste Le 20 mai à 12:22
       
    • Quand le grand timonier JLM éternue, les insoumis sortent leur mouchoir comme des benets...
      Ah, La FI : le verticalité absolue ( tout comme En Marche ), le chef commande... et les prétendus insoumis gobent tout comme des perroquets...
      Quant à Corbière, il vient de déclarer au Dauphiné Libéré que "Mélenchon faisait partie du ... patrimoine" - rien que ça comme Jeanne d’Arc et la Tour Eiffel !!!

      milhac Le 20 mai à 13:09
  •  
  • Quelles diatribes inutiles pendant que le patronat s’active ! Le temps est au porte à porte, aux marchés, avec nos programmes respectifs sans injures les uns vis à vis des autres...là où l’union se fait, tant mieux, ailleurs essayons de convaincre les électeurs pas de les dégoûter de nos positions. Quant à l’avenir du PCF et de FI c’est aux militant.e.s d’en décider...

    gredin Le 20 mai à 14:36
       
    • Pour les uns, l’important c’est de participer à la compétition , pour les autres c’est d’être majoritaire à l’Assemblée nationale !

      Objectifs non conciliables !

      Une époque se termine ! En général cela ne se passe pas sans souffrance et catastrophe !

      Insoumis ou pourris, il faut choisir !

      Je me permets d’être très brutal dans ce résumé très personnel de la situation, car hier lors d’une diffusion de tracts FI, Melenchon et la France insoumise ont été souvent traités de dictateur et de diviseur de la goche !

      Insoumis ou pourris ?

      Passé un certain stade, les électeurs dégoûtés votent avec leurs pieds, et ne vont plus voter. Voilà ce qui est en jeu le 11 juîn !

      Pierre Magne Le 22 mai à 12:03
  •  
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